Absence de sécrétion salivaire active des nitrates chez le jeune porc

Trevisi, P., Casini, L., Nisi, S., Messori, S. and Bosi, P. (2010) Effect of high oral doses of nitrate on salivary recirculation of nitrates and nitrites and on bacterial diversity in the saliva of young pigs. Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition 95, 206-213

(voir l'abstract ici)

Chez l’homme, le métabolisme des nitrates a la remarquable particularité de comporter une circulation gastro-intestino-plasmatico-salivaire. Ingérés, les nitrates de l’alimentation sont absorbés dans la partie haute de l’intestin grêle, c’est-à-dire dans le duodénum et le jéjunum. Ils parviennent dans le sang, où ils se mêlent aux nitrates de source endogène. D’origine exogène et endogène, les nitrates plasmatiques sont soumis à une excrétion rénale passive. Ils sont, en outre, soumis à une sécrétion salivaire active qui les fait passer, dans la salive, à des concentrations 5 à 10 fois supérieures aux concentrations plasmatiques.

Chez l’enfant âgé de plus de six mois et chez l’adulte, les nitrates salivaires sont convertis en nitrites autour des dents, à l’emplacement des plaques microbiennes, ainsi que dans les profonds sillons interpapillaires du tiers postérieur de la langue, où, de même, abondent les bactéries. Cette transformation des nitrates salivaires en nitrites salivaires est à l’origine des différents effets bénéfiques des nitrates, dont de nombreuses rubriques ont eu l’occasion de rendre compte [Récapitulatif dans la rubrique du 20 juillet 2010].

Cette sécrétion active des ions nitrate NO3- dans la salive est-elle une particularité humaine, ou concerne-t-elle d’autres espèces du règne animal?

L’étude de Djekoun-Benoltane et coll. (2007), rapportée dans la rubrique du 18 décembre 2009, montre que la sécrétion active des ions nitrate par les glandes salivaires s’observe chez le lapin.

Chez le rat, l’incertitude demeure. L’habitude est d’affirmer que le rat est dépourvu de sécrétion salivaire active de nitrates (Walker, 1995). Pourtant, on sait que, comme chez l’homme, le tiers postérieur de sa langue comporte de profonds sillons, sièges de très nombreuses bactéries nitrato-réductrices.

Les auteurs italiens, de l’Université de Bologne, étudient le cas du jeune porc. Six jeunes porcs, âgés de 42 jours et pesant en moyenne 11.5 kg, reçoivent une dose orale forte en nitrates: 128 mg NO3- par kg, sous forme de nitrate de potassium. Deux heures plus tard, leur concentration plasmatique en nitrates NO3- atteint un maximum d’en moyenne 200 mg NO3- l-1. Il en va de même pour leur concentration salivaire en nitrates, qui apparaît calquée sur la concentration plasmatique. Avec le même taux moyen de 200 mg NO3- l-1, elle atteint, également, son pic à la deuxième heure.

Au cours de leur expérience, les auteurs ne constatent pas de sécrétion active de nitrates dans la salive du jeune porc [Thus, the blood-to-saliva ratio was high in man, reaching 9/1 (Cortas and Wakid, 1991), and only 1/1 in our pigs].

Notons que, dans un deuxième temps, 3 jeunes porcs reçoivent, sous forme de nitrate de potassium, une supplémentation de 62 mg de NO3- par kg pendant 14 jours. La dose correspond, chez un homme adulte de 70 kg, à l’ingestion supplémentaire de 4340 mg de NO3-, dose 16 fois supérieure à la Dose Journalière Admissible (DJA) de 259 mg édictée en 1962, pour ce poids, par le Comité d’Experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS et de la FAO (JECFA) [Cf., à ce sujet, les rubriques du 27 11 et 18 12 2009 ainsi que celles du 05 01, 09 03 et 30 04 2010]. Ces trois jeunes porcs, âgés chacun d’à peine un mois et demi, tolèrent parfaitement une telle supplémentation élevée en nitrates pendant 15 jours consécutifs. Aucun signe de maladie n’est détecté [For the entire trial period, the piglets did not show any signs of disease].

Commentaire du blog

On sait que le porc vit de 15 à 20 ans; il peut peser plusieurs centaines de kilos. L’étude des auteurs italiens ne concerne que de tout jeunes porcs âgés de 42 jours, dont le poids est de 11.5 kg. Il conviendrait qu’elle soit reprise sur des porcs plus âgés de manière à bien déterminer si l’absence de sécrétion active des nitrates ainsi observée chez le tout jeune porc persiste à l’âge adulte.

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Nitrate, nitrite, NO et tension artérielle (3)

Kapil, V., Milsom, A.B., Okorie, M., Maleki-Toyserkani, S., Akram, F., Rehman, F., Arghandawi, S., Pearl, V., Benjamin, N., Loukogeorgakis, S., MacAllister, R., Hobbs, A.J., Webb, A.J. and Ahluwalia, A. (2010) Inorganic nitrate supplementation lowers blood pressure in humans. Role for nitrite-derived NO. Hypertension 56, 274-281.

(voir l'abstract ici)

(Suite)

Bien que les travaux de cette équipe britannique concernent une population de volontaires sains, il n’est pas interdit de se demander si les apports en nitrates ne pourraient pas avoir une utilité thérapeutique dans le cadre des maladies cardiovasculaires.

Les 1488 mg de nitrate NO3- (24 mmol) ingérés lors de cette étude sont proches de la dose de nitrate NO3- (~ 1240 mg ou 20 mmol) contenue dans le régime DASH [Dietary Approaches to Stop Hypertension diet], qu’aux Etats-Unis, le National Heart, Lung, and Blood Institute [National Institutes of Health – NIH] préconise en raison de vertus hypotensives maintenant avérées et reconnues.

D’autres études sont nécessaires, certes, pour savoir si l’on est en droit de définitivement affirmer que les nitrates alimentaires constituent un traitement préventif et curatif des maladies cardiovasculaires.

Si les nitrates sont en mesure de prévenir la maladie hypertensive, les autorités sanitaires auront alors à leur disposition une stratégie efficace et bon marché pour combattre la prévalence des maladies cardiovasculaires. Elles pourront faire appel

- soit à une supplémentation en nitrate de l’eau de boisson,

- soit à une supplémentation en nitrate de l’ensemble du régime.

Finally, there may be a role for nitrate in delaying and preventing hypertension, and supplementation either in water or by diet may provide a cheap and effective global health strategy to combat the prevalence of cardiovascular diseases].  

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Nitrate, nitrite, NO et tension artérielle (2)

Kapil, V., Milsom, A.B., Okorie, M., Maleki-Toyserkani, S., Akram, F., Rehman, F., Arghandawi, S., Pearl, V., Benjamin, N., Loukogeorgakis, S., MacAllister, R., Hobbs, A.J., Webb, A.J. and Ahluwalia, A. (2010) Inorganic nitrate supplementation lowers blood pressure in humans. Role for nitrite-derived NO. Hypertension 56, 274-281.

(voir l'abstract ici)

(Suite)

L’ingestion de 1488 mg de nitrate NO3- [24 mmol] sous forme de nitrate de potassium est suivie d’une baisse durable de la tension artérielle [BP]. Les chiffres de tension artérielle systolique et diastolique baissent progressivement, surtout à partir de la quatre-vingt dixième minute. Ils atteignent leurs valeurs les plus basses entre la troisième et la sixième heures; elles sont  alors, en moyenne, inférieures de 5 à 7 mm Hg à ce qu’elles étaient au départ, au moment de l’ingestion. La baisse de tension artérielle se prolonge ensuite au-delà de la vingt-quatrième heure.

En comparaison, l’ingestion de 24 mmol de chlorure de potassium n’entraîne aucune baisse de la tension artérielle lors des vingt-quatre heures qui suivent.

Les ingestions de 744 et 248 mg de nitrate NO3- [12 et 4 mmol] sont, elles aussi, suivies d’une baisse prolongée des tensions artérielles systolique et diastolique. Mais la baisse est moins prononcée qu’après l’ingestion de 1488 mg de nitrate. Dans ces nouvelles circonstances, à la troisième heure, la baisse est, en effet, en moyenne, respectivement, de 5 et de 2 mm Hg. Les baisses tensionnelles consécutives à l’ingestion de nitrate NO3- apparaissent ainsi dose dépendantes [The effect of KNO3 on blood pressure was dose dependent].

Comme l’apprend l’analyse des courbes, alors qu’elles ne sont pas corrélées aux modifications des concentrations plasmatique en nitrate, les baisses tensionnelles après ingestion de nitrate le sont, en réalité, aux modifications des concentrations plasmatiques en nitrite [The decreases in BP after nitrate ingestion are not correlated with changes in plasma nitrate concentration but are correlated with changes in plasma nitrite concentration].

Des différences s’observent entre les sexes. Avant l’ingestion de la charge en nitrate, on constate, chez la femme, des concentrations plasmatiques en nitrite significativement plus élevées que chez l’homme, et des tensions artérielles de départ, systolique et diastolique, significativement plus basses. Après l’ingestion de la charge en nitrate, on constate, chez la femme, des élévations des concentrations plasmatiques en nitrate NO3- et en nitrite NO2- significativement plus marquées que chez l’homme, et des baisses des tensions artérielles, systolique et diastolique, significativement plus faibles.

A priori paradoxal, ce dernier contraste trouve, peut-être, son explication dans une notion pharmacologique qui peut être considérée comme classique: L’effet d’un médicament hypotenseur s’avère d’autant plus marqué que la tension artérielle de départ est élevée [The magnitude of the BP response is directly related to baseline BP (ie, the higher the baseline BP the graeter the peak BP reduction achieved). This relationship is consistent with the observation that the effect of BP-lowering drugs in patients is also proportional to resting BP]. La tension artérielle de départ étant plus basse chez la femme, on pourrait imaginer qu’on ait là la raison pour laquelle l’effet hypotenseur de la charge en nitrate est trouvé, chez elle, amoindri.

(A suivre)

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Nitrate, nitrite, NO et tension artérielle (1)

Kapil, V., Milsom, A.B., Okorie, M., Maleki-Toyserkani, S. Akram, F., Rehman, F., Arghandawi, S., Pearl, V., Benjamin, N., Loukogeorgakis, S., MacAllister, R., Hobbs, A.J., Webb, A.J. and Ahluwalia, A. (2010) Inorganic nitrate supplementation lowers blood pressure in humans. Role for nitrite-derived NO. Hypertension 56, 274-281.

(voir l'abstract ici)

Comme le rappelait la rubrique du 10 septembre 2010, Webb et coll. ont montré en 2008 que la consommation d’un jus de betterave riche en nitrates procure des effets bénéfiques; il provoque notamment une baisse des tensions artérielles, systolique et diastolique. La même équipe se propose, dans cette étude complémentaire, de déterminer si les mêmes effets bénéfiques peuvent survenir après ingestion de capsules de nitrate de potassium, et si, dans ce cas, ils pourraient être liés à l’intervention de l’oxyde nitrique NO et être proportionnels à la dose ingérée.

21 sujets volontaires sains ingèrent 1488 mg de nitrate NO3- [24 mmol], sous forme de nitrate de potassium. Leur taux plasmatique en nitrate monte rapidement. Le pic est atteint à la troisième heure: 80 mg NO3- l-1. Le taux baisse ensuite progressivement, ne retrouvant ses valeurs de base que tardivement, après la vingt-quatrième heure.

L’élévation du taux plasmatique en nitrite est plus modérée. Elle n’apparaît qu’après la quatre-vingt dixième minute. Après un plateau qui se prolonge de la troisième et la cinquième heure, le pic est constaté à la sixième heure: en moyenne, 76 μg NO2- l-1. La baisse du taux plasmatique en nitrite est ensuite lentement progressive, les valeurs de base n’étant retrouvées qu’après la vingt-quatrième heure.

Des courbes analogues sont observées lorsque les doses de nitrate ingérées sont moins élevées: 744 et 248 mg NO3- [12 et 4 mmol]. Les élévations des concentrations plasmatiques en nitrate et en nitrite sont proportionnelles à la dose ingérée [These effects of KNO3 were dose dependent with plasma nitrate concentration elevated above baseline by ≈35-, 27-, and 7-fold after administration of 24, 12 and 4 mmol (1488, 744 and 248 mg) of KNO3, respectively. The rises in plasma nitrite concentration also showed dose dependency, albeit with a more moderate rise of 4.0-, 2.0-, and 1.3-fold increase, respectively].

Si le début de la hausse des concentrations plasmatiques en nitrites est plus tardif que celui de la hausse des concentrations plasmatiques en nitrates: 1 heure et demie versus ½ heure, avec la dose de 1488 mg de NO3-, c’est parce que la circulation entérosalivaire des nitrates puis la réduction sur la face dorsale de la langue des nitrates en nitrites doivent nécessairement intervenir avant que les ions nitrate d’origine exogène puissent atteindre, sous leur forme réduite d’ions nitrite, le courant circulatoire.

Les résultats obtenus sont en accord avec ceux que la même équipe avait enregistrés après ingestion du jus de betterave. Quelle que soit leur source, qu’ils soient ingérés sous forme alimentaire ou sous forme de sels de nitrate, les ions nitrate montrent une pharmacocinétique identique. Il apparaît, en outre, que les concentrations plasmatiques en nitrate et en nitrite sont doses-dépendantes [These findings indicate that, irrespective of source, that is, nitrate salt or in dietary form, the pharmacokinetics of nitrate and nitrite after an oral nitrate load remain largely unchanged and are dose dependent]. (A suivre)

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Nitrates et gliome de l’adulte

Dubrow, R., Darefsky, A.S., Park, Y., Mayne, S.T., Moore, S.C., Kilfoy, B., Cross, A.J., Sinha, R., Hollenbeck, A.R., Schatzkin, A. and Ward, M.H. (2010) Dietary components related to N-nitroso compound formation: a prospective study of adult glioma. Cancer Epidemiology, Biomarkers and Prevention 19, 1709-1722.

(voir l'abstract ici)

Les composés N-nitrosés sont principalement présents dans les viandes en préparation industrielle [processed meat]. Ils sont également formés dans l’organisme, de manière endogène, à partir des nitrates et des nitrites. Cette synthèse endogène de composés N-nitrosés rend compte de 45 à 75 % de notre exposition à ces substances.

Les nitrosamides qui, contrairement aux nitrosamines, pour être réactifs ne requièrent pas d’activation métabolique à distance auraient fait preuve, dans divers modèles animaux, de carcinogénicité à l’égard du système nerveux. Les auteurs américains se proposent de tester, chez l’homme, l’hypothèse selon laquelle une exposition accrue, directe ou indirecte, en composés N-nitrosés pourrait favoriser, chez l’adulte, l’apparition du gliome.

Ils se servent des données épidémiologiques recueillies par une importante étude effectuée pendant les années 1995 et 1996 sur une population de 545 770 sujets âgés de 50 à 71 ans, la «National Institutes of Health – American Association of Retired Persons (NIH – AARP) Diet and Health Study». Les sujets avaient à répondre à un questionnaire de 124 items portant sur leur alimentation [Food Frequency Questionnaire (FFQ)].

Pendant le suivi de cette population jusqu’en 2003, 585 sujets (419 hommes et 166 femmes) développent un gliome.

L’analyse statistique est négative. Des données recueillies il ressort que ni la consommation de viande en préparation industrielle, ni les apports alimentaires en nitrites, ni les apports alimentaires en nitrates n’augmentent le risque d’apparition du gliome de l’adulte. De même, ni la consommation de fruits et de légumes, ni la vitamine C, ni la vitamine E n’en réduisent le risque [Our results suggest that consumption of processed or red meat, nitrite, or nitrate does not increase adult glioma risk, and that consumption of fruit and vegetables, vitamin C, or vitamin E does not reduce risk].

Les auteurs reconnaissent une faiblesse méthodologique de leur étude: la fiabilité des données recueillies par questionnaire est sujette à caution [Food and nutrient intake was measured via a FFQ, which is subject to measurement error].

Commentaire du blog

Conformément à l’erreur n° 7c décrite dans la rubrique du 27 juillet 2010, les auteurs omettent totalement d’envisager la synthèse endogène des ions nitrate et nitrite, pourvoyeuse de composés N-nitrosés au même titre que leurs apports exogènes.  

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Nitrite, nitrate, hémoglobine, méthémoglobine dans le globule rouge

Hon, Y.Y., Sun, H., Dejam, A. and Gladwin, M.T. (2010) Characterization of erythrocytic uptake and release and disposition pathways of nitrite, nitrate, methemoglobin, and iron-nitrosyl hemoglobin in the human circulation. Drug Metabolism and Disposition 38, 1707-1713

(voir l'abstract ici)

L’effet vasodilatateur de l’ion nitrite NO2- résulte de sa transformation métabolique en oxyde nitrique NO. Dans le globule rouge, cette transformation est due à la réduction du NO2-, sous l’effet de la déoxyhémoglobine (HbFe2+). L’oxyde nitrique NO peut ensuite, lui-même, réagir avec une seconde molécule de déoxyhémoglobine, ce qui fait apparaître une molécule de fer-nitrosyl hémoglobine (HbFe2+-NO).

NO2- + HbFe2+ + H+ → NO + HbFe3+ + OH-

NO + HbFe2+ → HbFe2+-NO

Par ailleurs, selon l’équation de Kosaka, l’ion nitrite NO2- peut aussi, dans le globule rouge, réagir avec l’oxyhémoglobine (HbFeO2) pour former par autocatalyse, conjointement, une molécule de méthémoglobine (HbFe3+) et un ion nitrate NO3-, selon la formule suivante:

4 NO2- + 4 HbFeO2 + 4H+ → 4 NO3- + 4 HbFe3+ + O2 + 2 H2O

Récemment, Basu et coll. (2007) ont suggéré que l’ion nitrite NO2- ait une capacité supplémentaire, celle de réagir avec la méthémoglobine (HbFe3+) du globule rouge pour former une molécule de trioxyde d’azote N2O3, laquelle diffuserait à travers la membrane érythrocytaire et participerait à la formation de S-nitrosothiols.

Les auteurs se proposent d’étudier la cinétique des ions nitrite NO2- et de leurs métabolites chez l’homme.

Avec un modèle physiologique et pharmacocinétique à neuf «compartiments» [nine-compartment physiological pharmacokinetic model] (nitrite artériel, nitrate artériel, nitrite veineux, nitrate veineux, nitrite intra-érythrocytaire, nitrate intra-érythrocytaire, méthémoglobine intra-érythrocytaire, fer-nitrosyl hémoglobine intra-érythrocytaire, nitrite tissulaire), les auteurs américains (National Institutes of Health, Bethesda) et chinois (Université de Tianjin) cherchent à améliorer les connaissances sur la fixation, la libération et les voies métaboliques de ces ions et molécules dans la circulation humaine.

Ils notent, par exemple, que l’ion nitrite NO2- plasmatique pénètre rapidement dans le globule rouge, avec une demi-vie évaluée à 2.71 minute. La formation de fer-nitrosyl hémoglobine (HbFe2+-NO) à partir de l’ion nitrite NO2-, qui, comme il est rappelé ci-dessus, comprend deux réactions successives, la première étant celle qui génère le NO vasodilatateur, s’effectue plus rapidement encore dans le globule rouge, avec une demi-vie évaluée à 0.343 minute, soit 21 secondes.

La formation, dans le globule rouge, de l’ion nitrate NO3- à partir de l’ion nitrite NO2- s’effectue principalement selon l’équation de Kosaka. Par contre, dans le globule rouge, la réduction de l’ion nitrate lui-même constitue bien une voie métabolique insignifiante [Nitrate reduction was an insigificant metabolic pathway].

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Alimentation et tension artérielle

Savica, V., Bellinghieri, G. and Kopple, J.D. (2010) The effect of nutrition on blood pressure. Annual Review of Nutrition 30, 365-401.

(voir l'abstract ici)

Cinquante millions de personnes aux Etats-Unis, un milliard dans le monde, sont atteintes d’hypertension artérielle. Le style de vie joue clairement un rôle dans la pathogénie de cette affection.

Dans cette revue, les auteurs italiens (Messine) et américain (Torrance, Californie) font le point sur les effets de l’alimentation sur la tension artérielle.

La surcharge pondérale et les apports en graisse, les apports en sodium, la consommation excessive en alcool sont, les uns et les autres, des causes classiques d’hypertension artérielle.

Inversement, les apports en potassium, les acides gras polyinsaturés, la vitamine D, le thé, les extraits de grain de café vert, les suppléments en protéine de soja, le chocolat noir  peuvent exercer des effets hypotensifs.

La DASH [Dietary Approaches to Stop Hypertension] study, dont les résultats ont été portés à notre connaissance en 2003, apporte des informations précieuses sur le contrôle diététique de la tension artérielle. Multicentrique et menée chez 459 adultes âgés en moyenne de 44 ans, l’étude compare les effets sur la tension artérielle d’un régime américain standard, pauvre en légumes, en fruits, en produits laitiers, riche en graisses totales et saturées à ceux d’un régime riche en légumes et en fruits. La différence apparaît rapidement, et se maintient. Par rapport à ce qui est observé avec le régime américain standard, les tensions artérielles systolique et diastolique sont plus faibles avec le régime riche en légumes et en fruits ; elles le sont, en moyenne et respectivement, de 2.8 et de 1.1 mm Hg [Thus, this study indicates that a diet high in fruits and vegetables significantly reduces blood pressure].

Dans un chapitre intitulé « Possible role of nitrate in lowering blood pressure », les auteurs de cette revue mentionnent le travail original de Webb et coll. (2008). Chez des volontaires, l’ingestion de jus de betterave augmente les taux plasmatiques de nitrate ainsi que les taux plasmatiques de nitrite, en même temps que les pressions artérielles systolique et diastolique chutent, en moyenne et respectivement, de 10.4 et de 8.0 mm Hg. Si, lors de l’expérience, les sujets crachent régulièrement, au lieu de l’avaler, la salive qui leur arrive dans la bouche, les taux plasmatiques de nitrate augmentent ; ce n’est plus le cas pour les taux plasmatiques de nitrite. Crachant leur salive, les sujets empêchent, en effet, leurs nitrites salivaires de gagner la cavité gastrique. La chute de la tension artérielle systolique devient alors significativement moins prononcée [Systolic blood pressure was significantly higher as compared to when volunteers were allowed to swallow].

Commentaire du blog

Il est intéressant de voir qu’une revue générale sur les liens entre la nutrition et la pression artérielle signale le rôle des nitrates alimentaires. Le fait est nouveau.

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Les précurseurs d’oxyde nitrique chez les sportifs

Petroczi, A. and Naughton, D.P. (2010) Potentially fatal new trend in performance enhancement : a cautionary note on nitrite. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 7:25

(voir le texte entier ici)

Des apports exogènes accrus en nitrates contribuent, on le sait, à améliorer la performance physique. Lors de l’effort, ils permettent à la fois une épargne en phosphocréatine musculaire et une moindre consommation en oxygène (rubriques du 04 12 2009 et du 15 06 2010).

Cette notion commence à se répandre dans les milieux sportifs. Les auteurs britanniques, qui travaillent à l’Ecole des Sciences de la Vie [School of Life Sciences] de Kingston University, à Londres, en font la constatation.

A la disposition des athlètes britanniques et de leurs accompagnateurs (entraîneurs, médecins, professeurs, parents), la Drug Information DatabaseTM (DIDTM) fournit toute information souhaitée sur le statut des médicaments dans le cadre de la compétition sportive. Elle reçoit ainsi, de manière anonyme, 9000 demandes de renseignements par mois.

Consultant cette banque de données, les auteurs s’intéressent aux demandes de renseignements ayant concerné, entre janvier 2006 et juin 2008, les précurseurs d’oxyde nitrique, c’est-à-dire les nitrates (organiques), l’oxyde nitrique, le NO2R et le NO-XplodeR.

Les demandes de renseignements sur les précurseurs d’oxyde nitrique représentent ainsi 2.6% de l’ensemble des demandes en 2006, 4.6% en 2007 et, à l’approche des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, 6.5%. L’augmentation est nette et régulière.

Les auteurs s’inquiètent de l’intérêt que commencent à susciter ces molécules dans les milieux sportifs. Ils considèrent que les avantages et inconvénients au long terme des ions nitrite NO2-  restent à élucider, encore que le Martindale [Martindale: the Extra Pharmacopoeia] signale avec eux des effets secondaires sérieux tels des convulsions, des collapsus vasculaires, des comas et des décès [The long term benefits and risks of nitrite therapy have yet to be elucidated although Martindale:The Extra Pharmacopoeia lists the serious side effects as convulsions, cardiovascular collapse, coma and death].

Ils émettent donc des réserves vis-à-vis de l’emploi des précurseurs d’oxyde nitrique en milieu sportif [Its promotion among athletes as a performance enhancing supplement is ethically and medically questionable].

Commentaires du blog

Quel que soit l’âge du sujet et, exception remarquable à la règle de Paracelse selon laquelle seule la dose fait le poison, quelle que soit la dose ingérée, les ions nitrate NO3- ne sont à l’origine d’aucun effet secondaire aigu ou chronique, réellement avéré et répertorié.

Par contre, avant l’âge de six mois, les ions nitrite NO2- sont réellement dangereux, la méthémoglobine-réductase n’ayant pas, jusqu’à cet âge, atteint sa pleine activité. Chez le nourrisson, ils peuvent déclencher une méthémoglobinémie.

Après l’âge de six mois, il en va tout différemment. Il faut alors des doses majeures en ions nitrite NO2- pour déclencher des symptômes. L’expérience de Kiese et Weger (1969) est classique. Kiese et Weger injectent par voie intraveineuse 186 mg de NO2- à six adultes, 560 mg de NO2- à un septième. L’injection de 186 mg ne déclenche qu’une faible méthémoglobinémie: 7% à la trentième minute, celle de 560mg, une méthémoglobinémie plus marquée: 30% à la soixantième minute. Cliniquement, ces injections ne sont à l’origine que d’une légère hypotension, avec tachycardie, au cours des quinze premières minutes, sans aucune séquelle.

Hunault et coll. (2009) demandent à neuf adultes sains volontaires d’ingérer des doses de nitrites comprises entre 93 et 126 mg et entre 193 et 253 mg. Les ingestions sont suivies de quelques nausées et céphalées transitoires, d’une discrète hypotension, d’une élévation modérée et transitoire du taux de méthémoglobine, respectivement autour de 4 et 10% (rubrique du 05 janvier 2010).

Per os, quoique diversement évaluée, la dose mortelle de nitrite chez l’adulte est, en réalité, considérable: entre 1 670 et 15 000 mg  de NO2-.

De telles considérations chiffrées devraient modérer ou relativiser la crainte exprimée par les auteurs.    

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Taux de NOx chez le prématuré avant et après transfusion

Ergenekon, E., Bozkaya, D., Goktas, T., Erbas, D., Yucel, A., Turan, O., Hirfanoglu, I., Onal, E., Turkyilmaz, C., Koc, E. and Atalay, Y. (2010) Are serum nitric oxide and vascular endothelial growth factor levels affected by packed red blood cell transfusions ? Hematology 15, 170-173.

(voir l'abstract ici)

En condition ischémique, l’oxyde nitrique NO synthétisé dans les cellules endothéliales et les globules rouges (Cf. rubrique du 6 juillet 2010) est à l’origine d’une vasodilatation bénéfique, connue sous l’appellation de «vasodilatation hypoxique».

Les auteurs (Université Gazi, Ankara, Turquie) supposent que les taux sériques de NOx (nitrates + nitrites) sont élevés chez les nouveau-nés anémiques, et qu’ils se normalisent après  transfusion sanguine.

Pour vérifier leur hypothèse, ils étudient les taux sériques de NOx chez 34 nouveau-nés prématurés (24 garçons, 10 filles). En moyenne, l’âge gestationnel, le poids à la naissance et le taux d’hémoglobine sont, respectivement de 29.6 semaines, 1296 grammes et 9.3 g pour 100 ml. Les taux sériques de NOx sont vérifiés avant et 30 minutes après une transfusion de concentrés érythrocytaires.

Contrairement à leur attente, chez ces nouveau-nés prématurés, les taux sériques de NOx ne sont pas modifiés de façon statistiquement significative par la transfusion de concentrés de globules rouges (15 ml/kg en 3 heures). Avant et après transfusion, ils sont, en effet, évalués, en moyenne, à 18.65 et 18.1 μg/l.

Les auteurs pensent que ces résultats négatifs s’expliquent par la faible anémie initiale des nouveau-nés inclus dans l’étude. D’ailleurs, ni leur rythme cardiaque ni leur pression artérielle ne subissent, non plus, de modification notable à l’occasion de la transfusion. Ils suggèrent que ce genre d’étude soit repris chez des sujets dont l’anémie serait plus prononcée [The fact that no change in heart rate and blood pressure was observed with transfusions could demonstrate that tissue hypoxia was indeed mild. The effect of packed red blood cell transfusions should also be investigated in patients with lower Hb levels resulting in more profound tissue hypoxia].  

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Nitrates après radiothérapie salivaire

Chen, C., Ren, F., Lu, T., Friis, T., He, T., Zhang, X. and Jian, Y. (2010) Involvement of salivary glands in regulating the human nitrate and nitrite levels. Archives of Oral Biology 55, 613-620.

(voir l'abstract ici)

Les ions nitrate NO3- sont connus pour être l’objet d’une circulation entéro-plasmatico-salivaire. Les glandes salivaires les extraient du plasma pour les faire passer activement, à plus forte concentration, dans leur produit de sécrétion, la salive. Avec 108 germes ml-1, la flore bactérienne buccale est suffisamment développée pour qu’une partie des ions nitrate NO3- salivaires soit alors transformée en ions nitrite NO2- salivaires.

Les auteurs (Université Sun Yat-sen, Guangzhou, Chine populaire; Kelvin Grove, Australie) étudient les répercussions de la radiothérapie sur la sécrétion salivaire active des ions nitrate.

Quinze patients (14 hommes, 1 femme), de 43 ans d’âge moyen, atteints de carcinome du nasopharynx [NPC] de stade III-IVb, reçoivent en guise de traitement 5 séances par semaine de radiothérapie locale pendant 6 semaines. L’irradiation englobe les glandes salivaires. Au terme des 30 séances, la dose totale atteint les soixante grays.

Les auteurs constatent que l’irradiation des glandes salivaires diminue nettement le flux salivaire total. Evalué, en moyenne, à 3.9 ml toutes les 10 minutes avant traitement, il est réduit, respectivement, après 10, 20 et 30 séances de radiothérapie, à 1.7, 1.3 et 1.1 ml toutes les 10 minutes. En d’autres termes, les 30 séances de radiothérapie font baisser la sécrétion salivaire de plus de 70%; elle passe de 560 à 160 ml par jour.

L’irradiation des glandes salivaires a également des répercussions sur la sécrétion active des ions nitrate, qui baisse progressivement. En moyenne, avant l’irradiation puis au terme des 30 séances, les taux salivaires en nitrates NO3- sont, respectivement, de 69 et 20 mg NO3- l-1, leurs taux sériques, respectivement, de 8.0 et 3.0 mg NO3- l-1. Après irradiation salivaire, les taux de nitrates salivaires et sériques diminuent donc, respectivement, de 71% et 64%.

L’évolution des taux salivaires en nitrites NO2- semble s’effectuer d’une façon relativement indépendante de celle des taux salivaires en nitrates. En effet, les taux salivaires en nitrites sont de 8 mg NO2- l-1 avant traitement, puis, respectivement, après 10, 20 et 30 séances de radiothérapie, de 26, 4 et 6 mg NO2- l-1.

Le flux salivaire en ions nitrate NO3- [flux salivaire total x concentration en ions nitrate] diminue ainsi de plus de 90% après l’irradiation des glandes salivaires. On aurait pu s’attendre à ce qu’un tel ralentissement du cycle entérosalivaire des nitrates se traduise par une élévation concomitante de leur taux sérique [We hypothesised that if active nitrate secretion was attenuated, either by complete salivary gland ablation or iatrogenically by radiation, there would be a corresponding rise in serum nitrate levels, however, this was not the case]. Le phénomène constaté est, en fait, inverse.

Comme la baisse des taux sériques en ions nitrate NO3- après irradiation salivaire n’est pas consécutive à une accentuation de leur excrétion urinaire, celle-ci diminuant, en réalité, de 52%, la raison exacte du phénomène enregistré reste à expliquer [The exact mechanism still remains unknown […], a mechanism which is worthy of further investigation].

On aurait pu s’attendre aussi à ce que l’irradiation de la cavité buccale ait des répercussions négatives sur la population bactérienne, et qu’en résultent une moindre réduction des nitrates en nitrites salivaires, voire même une disparition des nitrites salivaires. Tel n’est pas non plus le cas. Après les dix premières séances de traitement, les taux salivaires en nitrites augmentent même nettement.

On sait que la réduction bactérienne des nitrates en nitrites salivaires a lieu, pour une bonne part, dans les profonds sillons interpapillaires du tiers postérieur de la langue, où les bactéries abondent. La face dorsale de la langue n’ayant pas été particulièrement ciblée par la radiothérapie [The lingual dorsum is not the radiation target volume of NPC patients and the cumulative radiation dose to this area was kept to a minimum in our cohort], le nombre des bactéries y est, vraisemblablement, resté suffisamment important pour que la réduction des nitrates salivaires en nitrites salivaires continue à y être assurée.

Commentaire du blog

Dans cette étude, les fortes teneurs salivaires et sériques en nitrates, observées avant traitement, peuvent surprendre. Avant traitement, elles sont, ici, évaluées, en moyenne et respectivement, à 69 et 8 mg NO3- l-1, alors qu’habituellement, dans les autres études, chez le sujet sain à jeun, on les évalue autour de 5 à 9 et de 1 à 3 mg NO3- l-1. Le contexte inflammatoire lié au carcinome du nasopharynx pourrait être l’explication. L’inflammation de la sphère nasopharyngienne pourrait, par la voie de la NO synthase, avoir fortement stimulé la synthèse endogène des ions nitrate NO3-.

Après les trente séances de radiothérapie salivaire, et l’administration de 30 grays, le taux sérique en NO3- est évalué, en moyenne, chez les patients, à 3.0 mg l-1, ce qui fait qu’il revient à peu près à la normale. Outre son action anti-tumorale, la radiothérapie est connue pour exercer des effets anti-inflammatoires. On pourrait donc supposer, dans le même ordre d’idées, que la diminution du taux sérique en nitrate enregistrée après traitement par les auteurs ait été, en fait, consécutive à l’effet anti-inflammatoire des rayonnements ionisants.  

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