Nitrates dans les eaux de puits américaines

Postma, J., Butterfield, P.W., Odom-Maryon, T., Hill, W. and Butterfield, P. (2011) Rural children’s exposure to well water contaminants: Implications in light of the American Academy of Pediatrics’ recent policy statement. Journal of the American Academy of Nurse Practitioners 23, 258-265

(voir l'abstract ici)

En 2009, l’Académie Américaine de Pédiatrie [American Academy of Pediatrics] a procédé à une recommandation. Elle a demandé que, dans l’eau de tout puits privé alimentant une famille avec enfant, soient effectués, chaque année, un contrôle des teneurs en nitrates, ainsi qu’un contrôle bactériologique, à la recherche de colibacilles.

Les auteurs américains rapportent les résultats d’une étude effectuée entre juillet 2006 et décembre 2009 dans deux comtés de l’Ouest américain [Gallatin County, Montana; Whatcom County, Washington]. L’étude est intitulée ERRNIE [Environmental Risk Reduction through Nursing Intervention and Education]. Des prélèvements sont réalisés dans l’eau de 188 puits. Ceux-ci sont privés et situés en région rurale; ils appartiennent à des familles à faible revenu. Outre l’évaluation des teneurs en plomb, cuivre, arsenic et fluor, les contrôles permettent celle des teneurs en nitrates et la recherche de colibacilles.

Les résultats sont plus satisfaisants que ceux que rapportaient, sur un plan national, les travaux de l’Environmental Protection Agency [EPA] en 1984 et 1990, et ceux du National Water-Quality Assessment Program [NWQAP] en 2009.

Dans les études de l’EPA [1984/1990], du NWQAP [2009] et de l’ERRNIE [2011], la teneur en nitrate des eaux de puits dépasse la limite réglementaire américaine de 44.3 mg NO3- l-1 dans, respectivement, 4.1, 4.4 et 2 % des cas. Dans les mêmes études, la présence de colibacilles [total coliforms (any present)] est respectivement observée dans 42, 33 et 18 % des cas.

Commentaire du blog

La seule notion de présence ou d’absence de colibacilles dans l’eau de puits apparaît insuffisante pour apprécier correctement le risque de méthémoglobinémie du nourrisson. La transformation des nitrates en nitrites dans un biberon n’apparaît que lorsque, dans ce dernier, le nombre de bactéries dépasse le seuil de 106 germes ml-1. Le nourrisson ne court, à l’inverse, aucun risque de méthémoglobinémie, quelle que soit la teneur en nitrates, lorsque le biberon est préparé avec une eau d’adduction publique, celle-ci contenant toujours moins de 102 germes ml-1 [Cf. rubrique du 8 mai 2010]. Il conviendrait que dans des études comme celles-ci, le nombre de bactéries par ml d’eau de puits soit expressément précisé.

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NOx et rejet de greffe rénale

Bellos, J.K., Perrea, D.N., Theodoropoulou, E., Vlachos, I., Papachristodoulou, A. and Kostakis, A.I. (2011) Clinical correlation of nitric oxide levels with acute rejection in renal transplantation. International Urology and Nephrology 43, 883-890

(voir l'abstract ici)

La transplantation rénale constitue le traitement de choix de l’insuffisance rénale terminale. Malgré l’utilisation de traitements immunosuppresseurs, d’inhibiteurs de la calcineurine entre autres, un rejet aigu de greffe est toujours à craindre. 10 à 30 % des rejets aigus surviennent au cours de la première année qui suit la transplantation. Il n’est pas rare qu’ils soient, même, constatés dès le premier mois.

Le diagnostic de rejet repose actuellement sur la biopsie du greffon;  le geste n’est pas anodin. Le milieu médical est donc à la recherche d’un moyen diagnostique non invasif, simple, reproductible, qui permettrait de détecter le rejet de greffe avant même l’apparition des premières manifestations cliniques et histologiques.

Chez 50 patients ayant eu recours à une transplantation rénale, les auteurs grecs [Athènes] étudient les teneurs sériques en NOx [nitrate NO3- + nitrite NO2-] à J0, J1, J5 et J10. Un patient est exclu en raison de la réapparition au 13ème jour d’une glomérulosclérose focale et segmentaire. Parmi les 49 patients participant finalement à l’étude, 6, soit 12 %, ont un rejet aigu, soit humoral, soit cellulaire; 43, soit 88 %, n’en ont pas.

Chez les patients sans rejet, la teneur sérique en NOx est, en moyenne et respectivement, à J0, J1, J5 et J10 de 77, 59, 45 et 61 μmol l-1. Chez les patients avec rejet aigu cellulaire [5 cas sur 6], elle est, en moyenne et respectivement, de 272, 221, 133 et 314 μmol l-1.

Faisant appel à la «caractéristique de fonctionnement du récepteur» [receiver operating characteristic], les auteurs considèrent que la constatation, au cours des tout premiers jours, d’une élévation, d’une mesure à l’autre, de plus de 70 μmol NOx l-1 pourrait aider à la détection d’un rejet aigu de greffe. Il s’agirait, à leurs yeux, en effet, d’un fort indice prédictif [Differences in NOx measurements higher than 70 μmol/L between consecutive samples strongly predict acute rejection].

Les auteurs reconnaissent quelques limites méthodologiques à leur étude. Ils admettent aussi ne pas avoir d’explication satisfaisante pour les hauts taux sériques en NOx observés à J0 chez les patients destinés à développer un rejet ultérieur [We cannot explain why baseline NOx levels in the acute cellular rejection (ACR) group were higher than those in the uncomplicated group].

Commentaire du blog

Comme les auteurs le font eux-mêmes remarquer, d’autres études sur le sujet sont souhaitables [Further studies are required].

Rappelons que la rubrique du 31 mars 2010 fait état d’une étude similaire dans le cadre de la greffe intestinale: «Sun, Y.et al. (2010) Plasma nitrite and nitrate levels as a noninvasive marker of pathology after human small bowel transplantation. Transplantation 89, 307-311».

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La production intrabuccale en nitrite est-elle plus forte chez la femme que chez l’homme?

Kapil, V., Syed, M., Pearl, V., Allaker, R. and Ahluwalia, A. (2011) Interruption of the entero-salivary metabolism of nitrate to nitrite increases blood pressure in healthy volunteers. Atlanta Nitrite 2011 Meeting Abstracts. P51. Nitric Oxide 24, S35

L’étude des auteurs britanniques [Londres, Royaume-Uni] concerne 19 sujets, 11 hommes et 8 femmes. Elle consiste à renforcer puis à freiner le cycle entérosalivaire des nitrates afin d’en apprécier les conséquences sur les teneurs plasmatiques et salivaires en nitrate [NO3-] et nitrite [NO2-] ainsi que sur la tension artérielle.

Elle comporte deux phases:

Première phase: renforcement du cycle entérosalivaire des nitrates.

Pendant un temps de 1-5 minutes, les sujets gardent dans leur cavité buccale une solution de nitrate de potassium riche en nitrate (49.6 et 496 mg NO3- l-1). Le contenu buccal est ensuite analysé. La tension artérielle est vérifiée pendant un repos d’une heure puis pendant 7 jours en ambulatoire.

Deuxième phase: atténuation du cycle entérosalivaire des nitrates

Les mêmes opérations sont réalisées, mais précédées d’une période de 7 jours, pendant laquelle les sujets reçoivent deux fois par jour un bain de bouche antiseptique [10 ml de gluconate de chlorhexidine [CorsodylR]

Les résultats obtenus sont les suivants:

Première phase:

Teneur plasmatique moyenne en nitrite:

Chez la femme: 19.78 μg NO2- l-1

Chez l’homme: 16.56 μg NO2- l-1

Teneur salivaire moyenne en nitrite:

Chez la femme: 17.94 μg NO2- l-1

Chez l’homme: 11.96 μg NO2- l-1

La production de nitrite dans la cavité buccale est environ 2 fois plus importante chez la femme que chez l’homme [Females exhibited higher oral nitrite production compared to males (2 ~ fold for 49.6 et 496 mg NO3- l-1, p <0.01 for both)].

Tension artérielle systolique moyenne au repos, la première heure

Chez la femme: 105 mm Hg

Chez l’homme: 113 mm Hg

Tension artérielle systolique moyenne en ambulatoire

Chez la femme: 115 mm Hg

Chez l’homme: 122 mm Hg

Deuxième phase:

Les teneurs plasmatiques et salivaires en nitrite se trouvent réduites de manière significative dans les deux sexes. Après 7 jours d’antisepsie buccale, la production de nitrite dans la cavité buccale devient 10 fois moins importante chez la femme, 6 fois moins importante chez l’homme.

Par ailleurs, à la première heure, au repos, la tension artérielle systolique moyenne est trouvée plus élevée que lors de la première phase, l’élévation étant de 5.2 mm Hg chez la femme, de 2.2 mm Hg chez l’homme. En ambulatoire, l’élévation de la tension artérielle systolique moyenne est, par comparaison avec la première phase, de 3.3 mm Hg chez la femme, de 1.4 mm Hg chez l’homme. Les différences observées ne sont significatives que chez la femme.

Déductions

Les auteurs font deux constatations:

Sous l’effet de la répétition de bains de bouche antiseptiques au gluconate de chlorhexidine, l’interruption de la circulation entérosalivaire des nitrates diminue significativement les teneurs plasmatiques et salivaires en nitrite chez la femme comme chez l’homme. Elle augmente significativement  la tension artérielle systolique chez la femme.

Lors du deuxième passage des nitrates dans la cavité buccale, celui qu’entraîne leur circulation entérosalivaire, il semble bien que la production de nitrite soit plus forte chez la femme que chez l’homme. On sait que globalement la femme a une tension artérielle et une propension aux maladies cardiovasculaires plus faibles que l’homme. Sa plus forte production de nitrite dans la cavité buccale pourrait constituer une explication [Our data suggest that females produce more entero-salivary derived nitrite that is likely to contribute to the reduced blood pressure, and perhaps therefore the reduced risk of cardiovascular disease in this sex].

Commentaire du blog

Les teneurs en nitrate des solutions de nitrate de potassium et les durées pendant lesquelles les solutions restent dans la cavité buccale des sujets participant à l’étude n’apparaissent pas clairement précisées.

Cette étude demande confirmation. S’il s’avérait que la production d’ions nitrite salivaires à partir des ions nitrate salivaires soit effectivement plus importante chez la femme que chez l’homme, il resterait à en connaître la raison. On pourrait, par exemple , se demander si, chez la femme et chez l’homme, les flores bactériennes intrabuccales ne seraient pas, qualitativement ou quantitativement, différentes.

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Les nitrates vus par Sciences et Avenir

Ratel, H. (2011) Faut-il manger des nitrates? Sciences et Avenir 775, 51.

La revue «Sciences et Avenir» consacre le dossier de son numéro de septembre 2011 à «La vérité sur le bio». On y trouve un encadré d’une demi-page intitulé: «Faut-il manger des nitrates?»

L’encadré commence de cette manière: «Un refrain surprenant est siffloté par quelques-uns: le nitrate serait un nutriment. Et des soutiens la molécule n’en manque pas».

Les «soutiens» cités par le rédacteur de l’article sont le docteur Jean-Louis L’hirondel, «rhumatologue à Caen et auteur d’un livre sur la question», ainsi que Léon Guéguen et Gérard Pascal, «chercheurs de l’INRA». Ces auteurs affirment que «non seulement les nitrates ne sont pas toxiques, mais ils ont même des effets bénéfiques sur la santé humaine».

Ces auteurs admettent «la réduction [des nitrates] en nitrites, composés […] responsables de la méthémoglobinémie du nourrisson, une maladie rare». Mais, pour le reste, les nitrates alimentaires sont «bénéfiques par leurs effets bactériostatiques, bactéricides, antiacides et immunoprotecteurs dans la sphère orogastro-intestinale». Ils «interviennent aussi favorablement dans la prévention de l’hypertension artérielle et des troubles cardio-vasculaires».

Restant «réticents face à ces assertions», les partisans du bio sont «prêts à mettre de l’eau dans leur vin et à reconnaître la justesse de ces arguments». Ainsi, selon Claude Aubert, «il est possible que l’on ait exagéré la toxicité des nitrates dans l’alimentation».

Mais, en guise de conclusion, le dernier tiers de l’article de Sciences et Avenir offre aux lecteurs un virage à cent quatre-vingt degrés. L’article cite M. Katan [Institut des Sciences de la santé d’Amsterdam], qui a pu écrire, en 2009: «Tous les éléments plaidant pour une moindre nocivité du nitrate» restent «insuffisants pour desserrer les seuils autorisés de concentration de nitrates dans l’eau potable et dans la nourriture». Il cite aussi une étude publiée en mai 2011 sous le nom d’«European Nitrogen Assessment»,, qui, «sous la plume de 200 chercheurs européens», conclut que «dix millions d’Européens boivent une eau trop chargée en nitrates».

Commentaire du blog

Dès 1996, les docteurs Jean et Jean-Louis L’hirondel ont, en effet, publié un ouvrage consacré aux nitrates et à la santé: «L’hirondel, J. et L’hirondel, J.-L. (1996) Les Nitrates et l’Homme. Le mythe de leur toxicité. Editions de l’Institut de l’Environnement, Liffré, France, 142 p.». [Voir ici]

Quelques années plus tard, en 2001 et en 2004, ils en ont publié une version à la fois corrigée et augmentée, en langue anglaise et en langue française:

- «L’hirondel, J. and L’hirondel, J.-L. (2001) Nitrate and Man. Toxic, Harmless or Beneficial? CAB International. Wallingford. UK, 168 pp.» [Voir ici]

- «L’hirondel, J. et L’hirondel, J.-L. (2004) Les Nitrates et l’Homme. Toxiques, inoffensifs ou bénéfiques? Institut Scientifique et Technique de l’Environnement. Liffré. France. 256 p» [Voir ici]

En 2010, Léon Guéguen et Gérard Pascal ont rédigé un article fort remarqué: «Guéguen, L. et Pascal, G. (2010) Le point sur la valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique. An update on the nutritional and health value of organic foods. Cahiers de nutrition et de diététique 45, 130-143» [Cf. rubrique du 28 mai 2010].

En employant le verbe «siffloter» dès la première phrase, l’auteur de l’encadré fait preuve d’une certaine désinvolture. Comme on peut aussi le regretter, son opinion donne l’impression d’être préétablie.

Le dernier tiers de l’encadré cherche à effacer de l’esprit du lecteur les nombreux effets bénéfiques que les deux premiers tiers viennent d’énoncer. Il ne comporte aucun argument scientifique. Il évoque «la plume de 200 chercheurs européens», faisant ainsi appel au procédé que Feinstein avait repéré pour le dénoncer en 1991, la «vote-them down approach» [Cf. rubrique du 21 septembre 2011].

La dernière phrase de l’encadré pourrait, enfin, laisser perplexe un lecteur attentif. Si «dix millions d’Européens boivent une eau trop chargée en nitrates» sans, on le sait, qu’il n’en résulte, jamais et nulle part, aucun retentissement négatif avéré, c’est que les normes ne doivent pas être scientifiquement justifiées. Il serait alors bon de les réviser.

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Les faux arguments [Feinstein, 1991]

Feinstein, A.R. (1991) Scientific paradigms and ethical problems in epidemiologic research. Journal of Clinical Epidemiology 44, Suppl I, 119S-123S

(voir l'abstract ici)

On considère souvent Alvan R. Feisntein (1925-2001) comme «le père de l’épidémiologie clinique». [voir ici]. Dans un célèbre article, il étudie les réactions humaines aux changements scientifiques quand, par leur impact, de tels changements déstabilisent les tenants des conceptions anciennes.

Il y a plus de cent ans, Léon Tolstoï (1828-1910) remarquait: «Qu’il est difficile à la plupart des hommes de percevoir la vérité la plus simple et la plus évidente si cette vérité les oblige à admettre l’inexactitude des conclusions qu’ils ont eux-mêmes forgées…- conclusions dont ils sont fiers, qu’ils ont enseignées, sur lesquelles ils ont fondé leur vie!».

Il est vrai que la résistance au changement scientifique peut se faire tout à fait honnêtement à l’aide d’arguments scientifiques. Il n’est pas rare toutefois qu’elle prenne une forme non scientifique [The resistance to change in scientific paradigms […] may not always take a scientific form].

En 1991, il y a 20 ans, Alvan R. Feinstein décrivait avec clairvoyance les quatre manières non scientifiques de chercher à maintenir le statu quo, lorsqu’un changement scientifique important se dessine.

La «gloss-it-over» approach [L’approche: «passe-le sous silence»]

Si elle n’est pas signalée, si elle n’apparaît pas dans les références bibliographiques, si elle n’est pas invitée à se faire connaître dans congrès et conférences, si elle ne donne pas lieu à de nouveaux projets de recherche, certains espéreront qu’ainsi la nouvelle façon de voir finisse par se dissiper et s’évanouir [The hope is that it will not be noticed or that the dissenter may simply fade away if not cited in bibliographic references, invited to appropriate conferences, or funded for future research proposals].

La «call-them-dumb» approach [L’approche: «appelle-les sots»]

Le procédé consiste à jeter le discrédit sur les scientifiques qui défendent le changement en mettant en avant leur manque de jugement ou leur manque de compétence [The «call-them-dumb» approach is illustrated with remarks that describe the dissenters as fools or uncredentialed ignoramuses»]. Par exemple, tel professeur, pourtant parfait connaisseur du sujet, sera qualifié d’incompétent s’il n’a pas les diplômes ou certificats jugés appropriés.

L’«impugn-their-integrity» approach [L’approche: «conteste leur intégrité»]

Le procédé est une variante du précédent. Il consiste également à jeter le discrédit sur la personne. Alvan R. Feinstein y voit peut-être la «tactique scientifiquement la plus lamentable» [perhaps the more scientifically lamentable tactic].

La «vote-them-down» approach [L’approche: «repousse leur motion»]

La science est convertie en politique, et prise pour un simple processus électoral [Science is converted to politics, and viewed as though it were an electoral process]. Les partisans du statu quo parleront de consensus, de courant majoritaire, soit pour mettre en minorité ceux qui défendent le changement, soit, même, pour les qualifier de marginaux [The adherents of the status quo will use the idea of mainstream consensus either to outvote the dissenters, or to castigate them as «outliers»].

Commentaire du blog

Notons que la «call-them-dumb» approach n’est que la version inversée, en miroir, de l’«argument d’autorité», dont, en science,  on peut regretter la trop fréquente utilisation.

Remarquables de pertinence, les réflexions de Feinstein méritent d’être gardées en mémoire. Elles s’appliquent au thème des nitrates et de la santé comme à tous les domaines de la science et du savoir.

Seule la recherche de la vérité doit animer le scientifique. Quiconque, dans un livre, un article, un exposé, recourt à l’un des faux arguments dénoncés par Feinstein entame et dégrade sa crédibilité scientifique.

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Sport et nitrate: l’avis de Jones et coll.

Jones, A.M., Bailey, S.J., Vanhatalo, A., Fulford, J., Gilchrist, M., Benjamin, N. and Winyard, P.G. (2011) Reply to Lundberg, Larsen and Weitzberg. Journal of Applied Physiology 111, 619

(voir la lettre ici)

Se sentant concernés par la récente lettre que trois scientifiques du Karolinska Institute de Stockholm, Lundberg, Larsen et Weitzberg, ont adressée à l’éditeur du Journal of Applied Physiology [rubrique du 13 septembre 2011], sept de leurs collègues britanniques [Université d’Exeter, Royaume-Uni] leur répondent par le même canal.

Par trois articles publiés précédemment dans ce même Journal of Applied Physiology, l’équipe de A.M. Jones a, en effet, bien montré qu’une supplémentation alimentaire en nitrate réduit la consommation d’oxygène à l’effort en même temps qu’elle accroît la tolérance à l’exercice [Cf. rubriques des 15 juin, 15 octobre 2010, 5 mars,17 mars et 17 mai 2011].

Les auteurs britanniques font remarquer que dans toutes leurs études destinées à apporter des précisions sur le rôle de la voie métabolique nitrate-nitrite-NO tant lors du repos que lors de l’exercice, ils font appel, non à du nitrate de sodium, comme le font d’autres équipes, mais à un jus de légume riche en nitrate, le jus de betterave. Ils partagent le point de vue exprimé par Lundberg, Larsen et Weitzberg, selon lequel l’apport de nitrates sous forme de légumes ou de jus de légume ne comporte pas de réel risque à court terme [We agree with Lundberg et al. that “with natural sources of nitrate such as whole vegetables or vegetable juices, we do not foresee any acute risks.”]. De même, avec d’autres qui l’ont déjà exprimé, ils partagent le point de vue selon lequel les effets bénéfiques faisant suite à une consommation accrue de fruits et de légumes proviennent, au moins en partie, de l’accroissement des apports en nitrate [We agree with others that the health benefits of increased fruit and vegetable consumption may be consequent, at least in part, to a commensurate increase in nitrate intake].

Les auteurs britanniques font remarquer qu’ils n’ont jamais recommandé l’usage incontrôlé des sels de nitrate ou de nitrite, qu’il s’agisse de sportifs ou du non sportifs. Certes, une supplémentation alimentaire faisant appel aux légumes riches en nitrate exerce des effets bénéfiques: entre autres, une diminution de la pression artérielle au repos, une réduction de la consommation en oxygène à l’effort, une augmentation de la tolérance à l’exercice [Dietary supplementation with nitrate-rich vegetable products, however, appears to afford several possible benefits to human health and performance, including, but not limited to, a reduction in resting blood pressure, a lowering of the whole body O2 cost of physical activity, and increased exercise tolerance]. Mais, comme avec tout supplément nutritionnel, il convient d’avoir à l’esprit le rapport bénéfice/risque [Clearly, as with other nutritional supplements, we must remain alert to the risk/benefit quotient when studying the effects of nitrate ingestion on human physiology].

Commentaire du blog

A la suite de leurs collègues du Karolinska Institute de Stockholm, les auteurs britanniques de l’Université d’Exeter [Royaume-Uni] font assaut de prudence.

En réalité, quand il s’agit des apports en nitrate NO3- et de leur quotient bénéfice/risque, on voit bien que, quelles que soient les doses ingérées, les charges sur les deux plateaux de la balance sont fort inégalement réparties. Sur le plateau «bénéfice», les charges sont nombreuses et de poids. A l’inverse, sur le plateau «risque», malgré plus de 60 ans de recherche soutenue, aucune charge réelle n’a, jusqu’à présent, été scientifiquement retenue.

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Sportifs, ne confondez pas nitrate et nitrite

Lundberg, J.O., Larsen, F.J. and Weitzberg, E. (2011) Supplementation with nitrate and nitrite salts in exercise: a word of caution. Journal of Applied Physiology 111, 616-617

(voir la lettre ici)

D’un certain nombre de travaux scientifiques récents [Cf. rubriques des 4 décembre 2009, 15 juin et 15 octobre 2010, 5 et 17 mars, 9 et 27 mai 2011], il ressort qu’une supplémentation en nitrate inorganique [NO3-] réduit la consommation d’oxygène au cours de l’exercice physique. L’athlète d’endurance se trouve incité à y recourir, pour accroître ses performances [Cf. rubrique du 10 septembre 2011].

Bien qu’il n’ait pas encore été vérifié dans de réelles conditions de compétition, un tel effet se trouve commenté dans des forums sur internet, dans des articles, dans des discussions à l’intérieur des communautés sportives. La supplémentation en nitrate a aujourd’hui tendance à se répandre chez les athlètes [Although the true performance-enhancing effects of nitrate are yet to be proven under actual competitive conditions, it is clear from internet forums, articles, and discussions within the sports community that the use of nitrate supplementation currently is spreading rapidly among athletes].

Par cette lettre à l’éditeur, les auteurs suédois [Karolinska Institute, Stockholm] veulent attirer l’attention du milieu sportif sur les risques de confusion entre supplémentation en ions nitrate [NO3-] et supplémentation en ions nitrite [NO2-].

L’ion nitrate [NO3-] est dénué de toxicité, même à forte dose [Nitrate is nontoxic even in higher doses]. Il est à l’origine d’effets bénéfiques. Dans notre organisme, la transformation lente et contrôlée des ions nitrate d’origine alimentaire en ions nitrite exerce un effet hypotenseur. La consommation en oxygène est également réduite. La supplémentation en nitrate pourrait, à l’avenir, être utilisée dans le traitement et la prévention des maladies ischémiques comme l’infarctus du myocarde ou l’artériopathie périphérique [This slow controlled release of nitrite from dietary nitrate may have desirable health effects, including a lowering of blood pressure. Also, the reduction in oxygen cost obtained by nitrate may be used in the future in treatment and prevention of ischemic conditions such as myocardial infarction and peripheral artery disease].

Pour les auteurs suédois, à l’occasion de l’activité sportive, une supplémentation alimentaire en ions nitrite [NO2-] n’est pas, par contre, dénuée d’inconvénients.

L’ion nitrite peut déclencher une méthémoglobinémie, affection potentiellement mortelle. En outre, notamment s’il est associé à d’autres substances vasodilatatrices, il peut favoriser l’apparition d’indésirables phénomènes hypotensifs [Acute nitrite toxicity is a result of its rapid reaction with hemoglobin in blood, which may cause methemoglobinemia, a potentially life-threatening condition. In addition, nitrite in higher doses may cause hypotension, especially if combined with other vasodilatory drugs]. Un forum pour joggers ou coureurs à pied sur Internet aurait récemment rapporté le cas d’un athlète qui, par mégarde, ayant ingéré, avant l’effort, un sel, non de nitrate, mais de nitrite, aurait vu apparaître des symptômes évocateurs de méthémoglobinémie [The subject had taken a nitrite salt before exercise in the belief that it was nitrate, and he developed symptoms suggestive of methemoglobinemia].

Les auteurs rappellent que la contamination d’une nourriture nitratée par des bactéries nitratoréductrices pourrait donner lieu à une accumulation de nitrites. Le sportif évitera aussi de confondre les nitrates inorganiques [NO3-] avec des nitrates organiques comme la nitroglycérine, connue dans le monde médical sous le nom de trinitrine, et le nitrite d’amyle, puissants vasodilatateurs dont l’usage inconsidéré exposerait à des collapsus plus ou moins sévères.

En conclusion, alors que la toxicité aiguë de l’ion nitrate [NO3-] est très faible, pour ne pas dire absente, le danger serait, en fait, pour le sportif, de faire appel, par erreur, à une forte supplémentation en ions nitrite [NO2-] ou à de fortes doses de nitrates  organiques [While the acute toxicity of nitrate is very low or absent, any confusion leading to a large unintentional intake of nitrite or organic nitrates and nitrites is potentially life-threatening].

Commentaire du blog

Le risque d’un emploi inconsidéré par le sportif de nitrites ou de nitrates organiques, facilité par le phénomène d’homonymie, est bien réel.

Par contre, chez l’adulte, le risque de forts apports en ions nitrite NO2- mérite discussion. Tout dépend de la dose. Contrairement à ce qui s’observe chez le nourrisson de moins de six mois, il faut, chez l’adulte, de très importants apports per os en ions nitrite pour que le taux de méthémoglobine commence à s’élever significativement.

On sait qu’en Europe, les apports quotidiens habituels en nitrite sont estimés, selon les pays, entre 1.2 et 8.7 mg NO2- [Gangolli, S.D et al. (1994) Nitrate, nitrite and N-nitrosocompounds. European Journal of Pharmacology, Environmental Toxicology and Pharmacology Section 292, 1-38].

En 1969, Kiese et Weger injectent, par voie intraveineuse, 186 mg de NO2- à six adultes et 560 mg de NO2- à un septième. L’injection intraveineuse de 186 mg de NO2- ne déclenche qu’une faible méthémoglobinémie: 7% à la trentième minute. L’injection intraveineuse de 560 mg de NO2- déclenche une méthémoglobinémie plus marquée: 30% à la soixantième minute. Cliniquement, ces injections ne sont à l’origine que d’une légère hypotension, avec tachycardie, au cours des quinze premières minutes, sans aucune séquelle.

En 2009, Hunault et coll. demandent à neuf adultes sains volontaires d’ingérer des doses de nitrites comprises entre 93 et 126 mg et entre 193 et 253 mg. Les ingestions sont suivies de quelques nausées et céphalées transitoires, d’une discrète hypotension, d’une élévation modérée et transitoire du taux de méthémoglobine, respectivement autour de 4 et 10% [Cf. rubrique du 5 janvier 2010].

Per os, quoique diversement évaluée, la dose mortelle de nitrite chez l’adulte est, en réalité, considérable: entre 1 670 et 15 000 mg de NO2-.

Ces considérations chiffrées relativisent la crainte exprimée par les auteurs [Cf. rubrique du 7 septembre 2010].

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«Le Cycle» et l’«effet nitrate»

Galtier, D. (2011) De la «nitro» pour les cyclistes? Le Cycle 414, 102

Dans son numéro d’août 2011, consacrant sa rubrique diététique à la betterave rouge, la revue mensuelle «Le Cycle» évoque l’intérêt, pour les cyclistes, des nitrates alimentaires. Le jus de betterave, précise-t-elle, «est entré dans le monde sportif par la grande porte».

L’auteur de l’article évoque des études britanniques parues dans la revue «Hypertension»: «Chez des volontaires sains, la pression artérielle diminuait une heure après avoir bu 500 ml de jus de betterave. La baisse de la tension était maximale 3 à 4 heures après la consommation, et cette baisse était observable pendant 24 heures».

Il évoque aussi des travaux récemment effectués par une équipe anglaise «sous la houlette du physiologiste Andrew Jones», ainsi que par une équipe suédoise, celle de l’Institut Karolinska. «Dans les deux cas, les nitrates apparaissent comme améliorant la puissance musculaire, la résistance à la fatigue et surtout l’endurance, en favorisant une moindre consommation d’oxygène.»

«Mais attention», poursuit l’article «ces études demandent des confirmations à plus grande échelle, puisque le nombre de sujets est faible. On peut alors simplement conclure et conseiller que pour bénéficier de cet «effet nitrate», n’hésitez pas, durant la semaine qui précède une compétition ou une sortie intense, à consommer du jus de betterave (500 ml par jour sur une semaine) que l’on peut trouver dans les magasins diététiques spécialisés (jus de betterave bio Beet It, par exemple). Si vous n’aimez pas le goût, mangez des épinards, de la chicorée, des carottes, de la betterave rouge de préférence crue, de la laitue et autres salades, car ces végétaux sont naturellement riches en nitrates

Commentaire du blog

Le jus de betterave rouge Beet it (75, 25 et 15 cl) n’est pas le seul jus de betterave disponible sur le marché. On trouve aussi, par exemple, les jus de betterave rouge Bonneterre (75 cl), Lovella (75cl), Pajottenlander (75 cl), Voelkel (75 cl), Biotta (50cl) et Alain Milliat (33 cl).

Les études britanniques parues dans la revue «Hypertension» sont les suivantes:

“Webb, A.J., Patel, N., Loukogeorgakis, S., Okorie, M., Aboud, Z., Misra, S., Rashid, R., Miall, P., Deanfield, J., Benjamin, N., MacAllister, R., Hobbs, A.J. and Ahluwalia, A. (2008) Acute blood pressure lowering, vasoprotective, and antiplatelet properties of dietary nitrate via bioconversion to nitrite. Hypertension 51, 784–790”.

et “Kapil, V., Milsom, A.B., Okorie, M., Maleki-Toyserkani, S. Akram, F., Rehman, F., Arghandawi, S., Pearl, V., Benjamin, N., Loukogeorgakis, S., MacAllister, R., Hobbs, A.J., Webb, A.J. and Ahluwalia, A. (2010) Inorganic nitrate supplementation lowers blood pressure in humans. Role for nitrite-derived NO. Hypertension 56, 274-281.

Elles ont été présentées aux lecteurs du blog les 10 et 28 septembre et les 1 et 5 octobre 2010.

Les travaux britanniques et suédois révélant l’existence d’une amélioration sous nitrates de la puissance musculaire, de la résistance à la fatigue et de l’endurance, avec, en outre, moindre consommation d’oxygène sont également connus des lecteurs du blog. Les travaux et les effets enregistrés ont été présentés dans les rubriques du 4 décembre 2009, des 15 juin et 15 octobre 2010, ainsi que dans celles des 5 et 17 mars et 17 mai 2011.

La conclusion de l’article du  journal «Le Cycle» (selon ses dires, «Le magazine n°1 des pratiquants») comporte, semble-t-il, des éléments contradictoires, les termes: «attention» et «n’hésitez pas» se succédant d’une phrase à l’autre. On retiendra surtout que la notion selon laquelle les nitrates alimentaires exercent des effets bénéfiques durant l’exercice physique perd actuellement son caractère de confidentialité. On la voit s'introduire dans les milieux sportifs.

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Eutrophisation des eaux marines: Le débat azote-phosphore hors de nos frontières

Howarth, R. and Paerl, H.W. (2008) Coastal marine eutrophication. Control of both nitrogen and phosphorus is necessary. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA 105, E103

Schindler, D.W. and Hecky, R.E. (2008) Reply to Howarth and Pearl: Is control of both nitrogen and phosphorus necessary? Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA 105, E104

Bryhn, A.C. and Hakanson, L. (2009) Coastal eutrophication: Whether N and/or P should be abated depends on the dynamic mass balance. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA 106, E3

Schindler, D.W. and Hecky, R.E. (2009) Reply to Bryhn and Hakanson: Models for the Baltic agree with our experiments and observations in lakes. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA 106, E4

(voir les correspondances ici)

Comme l’a montré la fameuse expérience de Schindler et coll., dite du Lac 227, l’eutrophisation en eau douce est due, non à l’azote, mais au phosphore. Pour combattre ou prévenir l’eutrophisation d’un lac, l’effort doit porter, non sur la diminution de l’apport azoté, mais sur celle de l’apport phosphoré [rubrique du 15 décembre 2009].

En fin d’article, Schindler et coll. (2008) se posent une question: « Les constatations faites sur les eaux douces du Lac 227 sont-elles applicables aux estuaires, qui sont des milieux salins, de salinité plus ou moins prononcée?». Ils ne répondent pas vraiment. Par prudence, ils se gardent d’extrapoler. Ils considèrent que, sur le sujet des estuaires, les données à la disposition des scientifiques ne sont pas encore suffisamment étayées pour qu’il leur soit possible de se forger une conviction définitive.

Cet article a eu des suites, sous forme, lors des mois suivants, de correspondances au journal [PNAS].

R. Howarth et H.W. Paerl [Etats-Unis] considèrent que la lutte contre le phosphore seul, comme il convient de la mener dans les lacs menacés d’eutrophisation, n’est pas efficace en milieu marin. C’est ce qu’ont tenté, sans résultat, les autorités des décennies durant. Depuis plus de dix ans, les scientifiques des eaux des estuaires partagent le même point de vue: la lutte contre l’eutrophisation des milieux marins et côtiers repose, en réalité, sur un contrôle, à la fois, de l’azote et du phosphore [For decades, governments relied on phosphorus controls alone to solve coastal eutrophication. That experiment failed, and a strong consensus of estuarine and coastal scientists has for more than a decade stated the need to control both nitrogen and phosphorus].

D.W.Schindler et R.E. Hecky [Canada et Etats-Unis] ne semblent pas convaincus. L’archipel de Stockholm est le plus important de toute la mer Baltique. (Il s’étend sur une soixantaine de kilomètres à l’est de Stockholm, jusqu’aux îles d’Åland, et sur plus de 120 kilomètres le long de la côte Est de la Suède). On sait que la réduction des arrivées de phosphore y a permis une importante diminution de la production algale [At least one low-salinity estuary, the Stockholm Archipelago, showed greatly reduced abundance of algae in response to reduction of phosphorus inputs]. La notion selon laquelle l’azote est l’élément permettant de contrôler la réduction de l’eutrophisation en milieu marin repose assez souvent sur les mêmes indicateurs [taux de substances nutritives dissoutes, études de courte durée] dont la défaillance a été constatée lorsqu’il s’est agi naguère de comprendre l’eutrophisation en eau douce du Lac 227 [In many studies the conclusion that nitrogen must be controlled to reduce eutrophication is based on many of the same indicators (dissolved nutrient ratios, short-term bioassays) that gave misleading results in Lake 227]. En conclusion, l’hypothèse selon laquelle le contrôle de l’azote permet d’éviter l’eutrophisation en milieu marin mérite, au moins, un deuxième regard [The assumption that nitrogen will recover coastal waters form eutrophication deserves a second look].

Bryhn et Hakanson [Uppsala, Suède] renchérissent. Pour eux, la solution est dans le contrôle des rejets de phosphore, la diminution de l’azote ressemblant plutôt à un saut dans l’inconnu, particulièrement onéreux. [An abatement plan for the Baltic Sea, which will cost $4billions per year, was signed by all Baltic Sea countries in 2007. According to calculations by the Swedish Department of Agriculture, N reductions in the plan cannot be fulfilled unless a large part of Swedish agriculture would be permanently shut down. However, upgrading urban sewage treatment of P in the catchment could decrease the trophic state of the Baltic Sea to levels of the years 1900-1920. Conversely, N abatement is a very expensive shot in the dark that may favor cyanobacteria instead of the water quality].

Schindler et Hecky confirment le coût fort élevé de la lutte contre l’azote, et ses éventuels retentissements néfastes sur l’agriculture [As the authors point out, control of nitrogen in runoff could be costly enough to cripple agriculture in some areas]. A ce sujet, ils reprennent l’expression “shot in the dark” de leurs collègues suédois. Tant qu’en milieu marin, des études à grande échelle et sur une longue période [comme celles qui, pour l’eau douce, ont eu lieu dans le Lac 227] n’auront pas été menées, la lutte contre l’azote en milieu marin constituera un saut dans l’inconnu, et un saut fortement onéreux [We agree with them that until ecosystem-scale evidence is obtained, «N abatement is a very expensive shot in the dark»].

Commentaire du blog

Ce blog consacré aux nitrates et à la santé se permet ici une incursion sur une question annexe, environnementale, celle des mécanismes de l’eutrophisation en milieu marin. Il lui paraît, en effet, intéressant de rendre compte du débat courtois et sérieux auquel, sous forme de lettres à une grande revue, une demi-douzaine de scientifiques américains, canadiens et suédois ont participé en 2008 et 2009.

En France, sur le sujet des «marées vertes» en Bretagne, le climat est tout autre. Le 28 juillet 2011, le journal Le Monde intitule son éditorial de première page: «Algues vertes: l’insupportable déni». Avec véhémence, il s’en prend à ceux qui émettent des doutes sur «la responsabilité des effluents agricoles dans la prolifération des algues vertes». En page 7 du même journal, dans un article intitulé: «Sur le terrain, les défenseurs du nitrate ne désarment pas», G. Allix se montre plus explicite. Il s’appuie sur des propos de P. Aurousseau, «chercheur à l’INRA et président du conseil scientifique de l’environnement en Bretagne»: «La responsabilité des nitrates agricoles», affirme ce dernier, «est parfaitement démontrée».

Certains regretteront le ton supérieur et intimidateur. Il aurait, sans doute, été préférable que les journalistes du Monde, et P. Aurousseau, présentent réellement une argumentation scientifique, sans que soient, par ailleurs, occultés les points de vue émis hors de nos frontières.

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Les légumes et leurs nitrates «oubliés»

Guéguen, L. (2011) L’agriculture rend-elle vraiment notre assiette toxique? Science et pseudo-sciences 297, 26-32

(voir la présentation du n° 297 de Science et pseudo-sciences ici)

En partenariat avec le Réseau Environnement Santé [RES] et l’Organisation Française du Fonds Mondial pour la Nature [WWF France], l’association «Générations Futures» et le réseau européen «Alliance pour la Santé et l’Environnement» [HEAL] ont récemment effectué une enquête sur les substances chimiques d’origine alimentaire susceptibles d’être cancérigènes. Les résultats en ont été rendu publics en décembre 2010 (voir les résultats de l'enquête ici).

Entre juillet et septembre 2010, les enquêteurs achètent dans divers supermarchés des aliments «non bio» composant, pour une journée, le repas type d’un enfant d’une dizaine d’années. Ils y découvrent 128 «résidus chimiques», représentant 81 substances différentes, 36 pesticides différents, 47 substances différentes éventuellement cancérigènes. Ils s’inquiètent de la présence de résidus de pesticides, d’additifs alimentaires, de dioxines, de furanes, de polychlorobiphényles [PCB], de métaux lourds, de plastifiants tels des phtalates, de bisphénol A [BPA], de perfluorocarbures [PFC]. Et concernant les nitrates, ils signalent la découverte d’«1 résidu de nitrate dans l’eau», [30.2 mg NO3- l-1], sans s’attarder davantage.

Volontairement alarmiste, le message conclut: «La réalité de l’exposition des consommateurs aux contaminants possiblement cancérigènes et/ou perturbateurs endocriniens [PE] est préoccupante

Par contre, conformément à la recommandation inscrite dans le Programme National Nutrition Santé [PNNS], les enquêteurs conseillent de manger au moins 5 fruits et légumes par jour.

Directeur de recherches honoraire de l’Institut National de la Recherche Agronomique [INRA], membre de l’Académie d’Agriculture de France [AAF], membre du comité de parrainage de l’Association Française pour l'Information Scientifique [AFIS], Léon Guéguen s’insurge, dans son article, contre la faible valeur scientifique de l’enquête ainsi présentée.

Ce n’est pas la présence des substances chimiques énumérées qui compte, explique-t-il, mais leur quantité. Les doses des «résidus chimiques» trouvés dans l’assiette des enfants sont, en réalité, infimes. «Avec le progrès, le zéro devient de plus en plus petit», remarque, de façon imagée, l’académicien. Il souligne que «tant que la dose limite acceptable n’est pas dépassée, il n’y a pas lieu de s’inquiéter». De même, le soi-disant effet «cocktail», qui serait consécutif à l’association de plusieurs substances chimiques, n’a jamais reçu ni preuve ni démonstration.

Notant que l’étude ne porte que sur des produits «non bio», il propose l’observation suivante: «Il est évident que, même dans l’hypothèse de l’absence totale de pesticides de synthèse (ce qui n’est pas garanti), les aliments «bio» contiennent aussi des dizaines de «résidus chimiques»».

Comme il le fait, enfin, remarquer, le terme «résidu» employé pour parler des nitrates est impropre dans la mesure où ces aliments de la plante y sont naturellement présents. Il ajoute que, même présents en grande quantité, comme c’est le cas dans certains légumes, les nitrates «sont inoffensifs (sauf chez les enfants en bas âge) et [que] plusieurs études récentes leur attribuent même des effets bénéfiques sur la santé.»

Commentaire du blog

La restriction formulée par L. Guéguen: «sauf chez les enfants en bas âge» mérite une brève explication. Les nitrates présents dans le biberon ne sont dangereux pour le nourrisson, lui faisant courir un risque de méthémoglobinémie, que si, bactériologiquement contaminé, le biberon contient plus de 106 germes ml-1. Si, à l’inverse, il contient moins de 106 germes ml-1, les nitrates restent à l’état de nitrate dans le biberon; le nourrisson ne court alors aucun risque de méthémoglobinémie, quelle que soit la quantité de nitrate ingérée. [Cf. rubriques du 7, 11 et 14 mai 2010].

Il est instructif de constater que les enquêteurs trouvent, pour reprendre leur expression, «1 résidu de nitrate dans l’eau» et qu’ils s’abstiennent, dans les légumes qu’ils ont achetés et analysés (salade, scarole, haricots verts), de signaler la présence de nitrates en grande quantité. [La salade, par exemple, ne contient-elle pas, en moyenne, quelque 1000 mg NO3- l-1?]. L’«oubli» ne peut être que volontaire. S’ils l’avaient signalé, il leur aurait ensuite été difficile de concilier leur conception négative du «résidu chimique» avec la recommandation officielle, et justifiée, d’ingérer 5 fruits et légumes par jour. Idéologie et science n’ont jamais été vraiment compatibles.

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