Nitrates salivaires, nitrites salivaires et candidose buccale

Shi, R.T., Qin, L.Z., Xia, D.S., Deng, D.J., Fan, Z.P., Shan, Z.C., Xu, Y.Y. and Wang, S.L. (2009) Increase of saliva nitrate and nitrite level in patients with oral candidiasis. Zhonghua Yu Fang Yi Xue Za Zhi 43, 607-610.

(voir l'abstract ici)

On sait qu’historiquement la première étude qui ait attiré l’attention sur l’effet anti-infectieux des nitrates et des nitrites fut celle de Benjamin et coll. (1994). In vitro, ces scientifiques britanniques observèrent qu’en milieu acide, une concentration de 11,5 mg par litre de nitrite NO2- exerçait une action destructrice à l’égard de la levure Candida albicans.

Si nous gardons cette notion à l’esprit, nous apprécions avec intérêt un travail émanant du Centre des Maladies des Glandes Salivaires de Pékin. L’article est écrit en chinois ; l’abstract est disponible en anglais.

Les auteurs comparent les taux de nitrates dans la salive parotidienne de 33 sujets atteints de candidose buccale aux taux de nitrates dans la même salive parotidienne de 34 sujets témoins. Prélevée directement dans les canaux excréteurs, la salive parotidienne des patients souffrant de candidose buccale contient, en moyenne, 2,3 fois plus de nitrates que n’en contient celle des sujets témoins, prélevée dans les mêmes conditions : respectivement 49,7 mg et 21,5 mg NO3- par litre. Le flux des nitrates dans la salive parotidienne est également doublé chez les patients.

En raison de la présence d’une flore bactérienne importante dans la cavité buccale à partir de l’âge de six mois, la salive que l’on y prélève au-delà de cet âge contient, on le sait, à la fois des nitrates et des nitrites.

Les auteurs chinois étudient aussi, chez les malades et chez les témoins, cette salive "globale". Chez les patients atteints de candidose buccale, la salive "globale", prélevée dans la cavité buccale, contient, en moyenne, respectivement, 5,8 et 2,5 fois plus de nitrates et de nitrites qu’elle n’en contient chez les sujets témoins : respectivement, 6,5 et 1,1 mg par litre pour les nitrates, 8,5 et 3,4 mg par litre pour les nitrites. Après traitement de la candidose buccale, les taux salivaires de nitrates et de nitrites sont l’objet d’une baisse significative.

Selon les auteurs, en cas de candidose buccale, ces modifications des taux des nitrates et des taux de nitrites dans la salive témoignent d’une réaction de défense de l’organisme (« host defense reaction »).

Commentaire du blog

Les auteurs chinois n’ont pas mesuré les taux de nitrates dans le plasma des patients et des témoins. Si, chez les patients, les taux de nitrates dans le plasma n’étaient pas augmentés, la déduction serait que, chez eux, la capacité des glandes salivaires à extraire les nitrates à partir du plasma se serait trouvée accrue. L’hypothèse est peu probable. Si, par contre, chez eux, comme il est plus vraisemblable, les taux de nitrates dans le plasma sont augmentés, le mécanisme en cause peut se résumer ainsi : Par la voie de la L-arginine et sous l’effet enzymatique de la NO-synthase, l’infection mycosique buccale stimule la synthèse endogène des nitrates. Les teneurs en nitrates se trouvent augmentées dans le plasma, puis dans la salive. Sous l’effet de la flore bactérienne buccale, les nitrates salivaires sont partiellement transformés en nitrites. Par l’intermédiaire du NO et de l’ion peroxynitrite ONOO-, les nitrites salivaires  exercent alors  leur effet favorable,  antifongique, à l’égard de la levure Candida albicans  qui a infecté  la muqueuse buccale.

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Troisième symposium international à Stockholm

Lundberg, J.O., Gladwin, M.T., Ahluwalia, A., Benjamin, N., Bryan, N.S., Butler, A., Cabrales, P., Fago, A., Feelisch, M., Ford, P.C., Freeman, B.A., Frenneaux, M., Friedman, J., Kelm, M., Kevil, C.G., Kim-Schapiro, D.B., Kozlov, A.V., Lancaster Jr, J.R., Lefer, D.J., McColl, K., McCurry, K., Patel, R.P., Petersson, J., Rassaf, T., Reutov, V.P., Richter-Addo, G.B., Schechter, A., Shiva, S., Tsuchiya, K., van Faassen, E.E., Webb, A.J., Zuckerbraun, B.S., Zweier, J.L. and Weitzberg, E. (2009) Nitrate and nitrite in biology, nutrition and therapeutics. Nature Chemical Biology 5, 865-869.

(voir l'abstract ici)

Les 17 et 18 juin 2009, le troisième symposium international consacré au « rôle des nitrates et des nitrites en physiologie, physiopathologie et thérapeutique » s’est tenu à Stockholm, au « Nobel Forum » du Karolinska Institute.

Plus d’une vingtaine de communications scientifiques ont été présentées ; elles pouvaient s’intégrer dans l’un des six principaux thèmes retenus :

- Oxyde nitrique, nitrite et mitochondries,

- Biochimie et bioactivation de l’ion nitrite,

- Réduction de l’ion nitrite dans les vaisseaux sanguins,

- Nitrates alimentaires en physiologie et pathologie,

- Nitrate, nitrite et rôle énergétique,

- Possibilités thérapeutiques.

Fruit d’une recherche en pleine expansion, notamment aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Suède, ces communications impressionnent par leur qualité. Le rapport qui en est fait dans ce compte rendu permet de sentir le frémissement des orateurs, conscients des extraordinaires  perspectives dont bénéficie leur champ d’investigation.

En conclusion, le rapport signale de nouveaux horizons thérapeutiques pour les nitrates et les nitrites […]. L’attention est également attirée sur les aspects nutritionnels de la voie des nitrates, des nitrites et du monoxyde d’azote NO. On peut s’attendre à ce que des discussions passionnées entourent la remise en cause du dogme de la toxicité des nitrates et des nitrites. A ce sujet, les effets favorables des nitrates et des nitrites, actuellement portés à notre connaissance, peuvent expliquer certains des effets bénéfiques des régimes qui, comme le régime méditerranéen, sont riches en légumes. D’une telle notion devraient aussi résulter des discussions sur le bien-fondé d’une révision des quantités d’apport acceptables. [This report reveals news perspectives on the therapeutic use of nitrate and nitrite that are emerging […]. The nutritional aspects of the nitrate-nitrite-NO pathway are also particularly intriguing and will motivate a vibrant discussion challenging the dogma that dietary nitrate and nitrite are harmful. Of crucial relevance, the salutary effects of nitrate and nitrite that are emerging may also explain some of the beneficial effects of a diet rich in vegetables, such as the Mediterranean diet, thereby instigating a discussion of the revision of acceptable levels of intake.]

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Ingestion de nitrates et exercice d’intensité maximale

Larsen, F.J., Weitzberg, E., Lundberg, J.O. and Ekblom, B. (2010) Dietary nitrate reduces maximal oxygen consumption while maintaining work performance at maximal exercise.  Free Radical Biology and Medicine 48, 342-347.

(voir ici l'abstract)

Neuf adultes, sept hommes et deux femmes, d’âge moyen 30 ans, acceptent d’entrer dans une étude randomisée, en cross-over et double aveugle. Pendant deux jours, alors que le régime de base est pauvre en nitrates, donc principalement en légumes, lui sont adjoints soit un placebo, soit un apport oral de 0,1 mmol/kg/jour de nitrate NO3- ; pour un adulte de 70 kg, un tel apport équivaut à un peu plus de 400 mg par jour de NO3-, lesquels, en pratique, correspondent à une ingestion quotidienne de 100 à 300 grammes de légumes riches en nitrates (épinards ou betterave, par exemple).

Vérifié le troisième jour, au repos, le taux plasmatique en nitrite NO2- est trouvé supérieur lorsque les sujets ont préalablement bénéficié d’une supplémentation orale en nitrates : respectivement 6,5 versus 2.5 μg NO2- par litre.

Ce même troisième jour, les sujets effectuent un exercice maximal, mettant en jeu les quatre membres par l’intermédiaire d’ergomètres. Les auteurs constatent des différences entre les deux groupes. Lorsque, les deux jours précédents, les sujets ont bénéficié d’une supplémentation orale en nitrates, le VO2max, défini comme la plus haute consommation d’oxygène maintenue pendant 45 secondes à l’occasion d’un effort maximum, se trouve, en moyenne, diminué de 100 ml min-1 (3.62 versus 3.72 l min-1) (p<0.05). Par contre, chez les mêmes, le temps jusqu’à épuisement [time to exhaustion] est, en moyenne, augmenté d’une quarantaine de secondes (9 minutes 22 secondes versus 8 minutes 43 secondes) (p=0.13).

Bien qu’il ne soit pas, statistiquement, vraiment significatif, ce dernier résultat étonne ; habituellement, en effet, la réduction du VO2max est trouvée très étroitement couplée à une diminution des performances physiques. Les auteurs émettent une hypothèse : chez les sujets soumis à une supplémentation orale en nitrates, deux phénomènes séparés pourraient coexister, l’un réduisant le VO2max, l’autre améliorant la fonction énergétique musculaire.

Commentaire du blog

Cette étude suscite l’intérêt. Beaucoup reste encore à comprendre sur les mécanismes précis mis en œuvre.

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Une synthèse venant du Royaume-Uni

Gilchrist, M., Winyard, P.G. and Benjamin, N. (2009) Dietary nitrate – Good or bad? Nitric Oxide 22, 104-109

(voir l'abstract ici)

Provenant du Royaume-Uni, cette synthèse est rédigée par des scientifiques de l’Université d’Exeter (Devonshire).

Après un rappel de la physiologie des nitrates, les auteurs abordent le chapitre toxicologique. Comme Avery, ils pensent qu’en l’absence de contamination bactériologique les nitrates NO3- ne sont pas capables, par eux-mêmes, de déclencher, chez le nourrisson, un processus méthémoglobinémique. La limite de 45 ou 50 mg par litre ne leur paraît pas nécessaire. Les gouvernements occidentaux dépensent, malgré tout, disent-ils, des millions, voire des milliards de dollars, pour faire baisser les taux de nitrates dans les eaux de consommation.

[Avery argues convincingly that nitrate per se is not the primary cause, and that without bacterial contamination it is unlikely that nitrates will cause infant methemoglobinemia and that 45 or 50 mg/l limit on drinking water nitrate is not necessary. Despite this, Western governments spend many millions, if not billions of dollars in treating water supplies to lower nitrate levels.]

Les études épidémiologiques ont échoué dans leur tentative de démontrer un lien entre les apports alimentaires en nitrates et l’apparition de cancers. Les experts de l’OMS et de la FAO l’ont encore reconnu dans leur rapport de 2003.

Les auteurs britanniques estiment cependant que l’on ne peut pas exclure que les nitrates puissent être cancérigènes dans des sous-groupes de population. Winter et coll. ont, par exemple, montré, en 2007, qu’en cas de reflux gastro-oesophagien, des quantités accrues d’une nitrosamine comme la N-nitrosomorpholine apparaissent à l’intérieur de l’œsophage. Les nitrosamines ont la réputation d’être cancérigènes chez l’animal. On peut ainsi imaginer que le reflux gastro-oesophagien puisse favoriser l’apparition d’un cancer à l’extrémité inférieure de l’œsophage, par l’intermédiaire de ces nitrosamines, elles-mêmes formées à partir des nitrites et des amines.

Les auteurs britanniques décrivent ensuite les nombreux effets bénéfiques des nitrates alimentaires : les effets favorables cardiovasculaires (pression artérielle, fonction endothéliale, fonction plaquettaire, protection contre les lésions d’ischémie-reperfusion, amélioration des performances au cours des exercices physiques), les effets favorables anti-infectieux   (protection contre les caries dentaires, contre les infections gastro-intestinales, contre les infections cutanées), les effets favorables de protection à l’égard de l’apparition d’ulcérations gastro-intestinales.

Leur conclusion est « balancée ». Les années qui s’annoncent devraient nous dire s’il nous faut augmenter ou diminuer les quantités de nitrates dans nos rations alimentaires. On peut, plus précisément, disent-ils, espérer que nous serons capables d’identifier les individus (ceux qui souffrent, par exemple, d’hypertension et d’athérosclérose) qui devront sans conteste bénéficier d’une augmentation des apports en nitrates et, à l’inverse, les individus (ceux qui souffrent, par exemple, de dysplasie oesophagienne) qui devront éviter de consommer des aliments trop riches en nitrates.

[The next years should bring more clarity so that we can advise whether we should be taking more or less of this substance in our diet. In particular it is hoped that we can identify individuals (such as those with high blood pressure and atherosclerosis) who will definitely benefit from increased nitrate and conversely individuals (such as those with esophageal dysplasia) who should avoid foodstuffs containing a high concentration of nitrate.]

Commentaires du blog

Malgré son aspect « équilibré », cette conclusion n’est pas sans susciter quelque perplexité. On sait, en effet, que les nitrosamines n’agissent pas au site même de leur formation. Elles ont besoin d’une activation métabolique, principalement hépatique (Cf. les travaux de Magee,  1956, sur la dimethylnitrosamine), avec, dans un premier temps, par exemple, une hydroxylation sous l’influence enzymatique du cytochrome P450 (Cf. Archer, 1989), avant de devenir « actives » et d’être en mesure de réagir avec le DNA des tissus cibles. C’est la raison pour laquelle les nitrosamines n’exercent ni de façon exclusive ni de façon prédominante leurs effets au site de leur formation ; si, par l’intermédiaire de leurs métabolites, elles finissent par exercer un effet sur le DNA de certaines cellules cibles, elles les exercent à distance du site de formation, en fonction d’une spécificité d’organe, propre à chacune d’entre elles et liée à leur propre structure chimique.

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Echange de correspondance à propos de la DJA

Derave, W. and Taes, Y. (2009) Beware of the pickle: health effects of nitrate intake. Journal of Applied Physiology 107, 1677.

Benjamin, N., Bailey, S.J., Vanhatalo, A., Winyard, P. and Jones, A.M. (2009) Reply to Derave and Taes. Journal of Applied Physiology 107, 1678.

(voir les textes de ces lettres ici et )

Un récent article, signé d’une équipe britannique (Bailey et coll., 2009), a donné lieu à un échange de correspondance.

L’article britannique rendait compte d’une étude en double aveugle chez 8 hommes âgés de 19 à 38 ans. Celle-ci montrait qu’après l’ingestion, pendant 6 jours consécutifs, de 500 ml par jour de jus de betterave (correspondant à 5 mg de NO3- par kilo de poids corporel et par jour), la concentration plasmatique en nitrite NO2- se trouvait augmentée, tandis que la tension artérielle et la consommation d’oxygène à l’exercice se trouvaient réduites.

Spécialisés respectivement en médecine sportive et en endocrinologie,  Derave et Taes (2009) font part de leurs réserves. Ils font remarquer que les doses ingérées par les sujets de l’étude dépassent la Dose Journalière Admissible (DJA) édictée par le Comité d’Experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS et de la FAO, et fixée à 3,65 mg de NO3- par kilo de poids corporel. Or, par l’intermédiaire des nitrosamines, un soupçon de carcinogénicité ne plane-t-il pas sur les nitrates alimentaires ? Il ne faudrait donc pas qu’en cherchant à améliorer leurs performances les sportifs incorporent dans leurs « cocktails ergogéniques » de fortes doses de nitrates alimentaires et risquent alors, à la longue, de s’exposer à l’apparition de cancers.

Au nom de l’équipe britannique, Benjamin et coll. (2009) leur répondent, en insistant sur deux points :

- Le même Comité d’Experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS et de la FAO a lui-même reconnu en 2003 que les études épidémiologiques avaient finalement échoué dans leur tentative de montrer un quelconque lien de cause à effet entre les ingestions de nitrates et l’apparition des cancers. [These data […] do not provide evidence that nitrate is carcinogenic to humans (2003)].

- La seule étude qui a permis à ce Comité d’Experts sur les Additifs alimentaires de l’OMS et de la FAO de fixer, en 1962, la Dose Journalière Admissible (DJA) pour les nitrates et pour l’homme avait été effectuée sur des rats. Extrêmement succincte, elle était, scientifiquement, fort peu convaincante (Lehman, 1958).  

Commentaire du blog

En fait, il faut savoir qu’en 2007, l’OMS a décidé, dans les termes ci-dessous, de renoncer à sa DJA pour les nitrates: « For chronic exposure, JECFA (Joint Expert Committee on Food Additives) has proposed an ADI (Acceptable Daily Intake) for nitrate of 0-3.7 mg/kg of body weight […] (FAOWHO, 2002). The value for nitrate is based on a NOEL (no-observed-effect-level) of 370 mg/kg of body weight per day in laboratory animal studies; in view of the known interspecies variation in nitrate/nitrite metabolism, however, it was not considered appropriate at this time to use this in the risk assessment for humans.”

En France, l’année suivante, lui emboîtant le pas, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) (avis du 11 juillet 2008) s’est également montrée disposée à prendre ses distances avec cette DJA pour les nitrates. Ses termes sont les suivants : « L’afssa estime que les données publiées relatives à l’étude pivot de Lehman (1958) sont critiquables sur le plan méthodologique pour établir une valeur toxicologique de référence pour les nitrates. »  

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L’île d’Okinawa et ses secrets

Sobko, T., Marcus, C., Govoni, M. and Kamiya, S. (2010) Dietary nitrate in Japanese traditional foods lowers diastolic blood pressure in healthy volunteers. Nitric Oxide 22, 136-140.

(Lire l'abstract ici)

L’île d’Okinawa est située à l’extrémité méridionale du Japon, non loin de Taiwan. Aux dires des statistiques, ses habitants bénéficient de la plus importante longévité qui soit au monde, particularité qui attire, bien sûr, légitimement la curiosité. Elle s’expliquerait, au moins en partie, par une faible incidence des maladies cardiovasculaires, elle-même liée au régime traditionnel japonais prisé par la population.

Associant riz, soja, poissons, fruits de mer, et légumes en quantité, le régime traditionnel japonais est spécialement riche en nitrates.

Les auteurs proposent à 25 volontaires japonais en bonne santé (moyenne d’âge : 36 ans) de se soumettre à une étude en cross-over, avec, dans un ordre tiré au sort, 10 jours de régime standard et 10 jours de régime japonais traditionnel.

Lorsque le régime est standard, les apports alimentaires en nitrates restent inférieurs à la Dose Journalière Admisssible (DJA), fixée en 1962 à 3,7 mg /kg de poids corporel par le Comité d’experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS et de la FAO. Lorsque le régime est conforme à la tradition japonaise, ils lui sont, par contre, en moyenne, cinq fois supérieurs : 18,8 mg/kg de poids corporel.

A la fin des périodes alimentaires, le taux plasmatique en nitrates est trouvé plus important après le régime traditionnel japonais qu’après le régime standard : en moyenne et respectivement : 6,5 et 2,4 mg NO3- par litre. Il en est de même pour le taux plasmatique en nitrites, le taux salivaire en nitrates, et le taux salivaire en nitrites : en moyenne et respectivement : 8,2 et 5,5 μg NO2- par litre, 37 et 12 mg NO3- par litre, 6,1 et 3,3 μg NO2- par litre.

A la fin de chacune des périodes alimentaires, la pression systolique n’apparaît pas modifiée de façon significative. Par contre, chez les sujets qui terminent leurs 10 jours de régime japonais traditionnel, la pression diastolique se trouve être inférieure de 4,5 mm Hg  à celle des sujets achevant leurs 10 jours de régime standard : en moyenne,  respectivement : 71,3 et 75,8 mm Hg.

Les auteurs rapprochent leur étude de celle de Larsen et coll. (2006) ; celle-ci avait montré, chez 17 volontaires sains qui, pendant 3 jours, avaient ingéré 400 mg par jour de nitrate NO3-, une baisse moyenne de la pression diastolique de 3,7 mm Hg. A l’instar de Larsen et coll. (2006), ils considèrent que ce ne sont nullement les antioxydants, les polyphénols ou le potassium, qui, chez les sujets étudiés, exercent l’effet hypotenseur ; c’est l’ion nitrate [This convincingly suggests that it is nitrate and not antioxidant, polyphenols or potassium that is responsible for the blood pressure effect].

Pour conclure, les auteurs s’interrogent sur le bien-fondé des régulations actuelles sur les nitrates. [The data supporting the toxicity of nitrates and nitrites for healthy adolescent and adult populations is questionable, as is the scientific basis for exposure regulations for nitrate and nitrite – Time might have come to re-evaluate the ADI (Acceptable Daily Intake) recommendations regarding nitrate consumption.]  

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Taux plasmatiques en nitrates inchangés après de fortes ingestions en L-arginine

Bescos, R., Gonzalez-Haro, C., Pujol, P., Drobnic, F., Alonso, E., Santolaria, M.L., Ruiz, O., Esteve, M. and Galilea, P. (2009) Effects of dietary L-arginine intake on cardiorespiratory and metabolic adaptation in athletes. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism 19, 355-365.

(Voir ici l'abstract)

On sait que l’exercice physique et l’adaptation à la haute altitude ont, chacun, pour effet d’accentuer la synthèse endogène, intracellulaire, des ions nitrate, par mise en jeu de  la voie métabolique de la L-arginine décrite par Stuehr et Marletta en 1985. C’est cette accentuation de la synthèse endogène de NO et de nitrate qui explique l’amélioration des conditions circulatoires à l’effort constatée dans ces deux circonstances (Voir à ce sujet les rubriques du 30 octobre et du 4 novembre 2009)

Dans cette étude, les auteurs espagnols, exerçant à Barcelone et Valence, cherchent à savoir si, chez le sportif entraîné, des ingestions importantes de L-arginine modifient les taux plasmatiques de nitrates et améliorent les conditions circulatoires à l’effort.

Neuf joueurs de tennis de niveau national sont soumis à des régimes de teneurs différentes en L-arginine : régime contrôle avec 5,5 g /j, régime avec 9 g/j, régime avec 20,5 g/l de L-arginine, durant, chacun, 3 jours. Le lendemain sont effectués, le matin, à jeun, un dosage des taux plasmatiques de nitrates, l’après-midi un test cardiorespiratoire d’effort.

Les concentrations  plasmatiques des nitrates sont respectivement, dans les trois groupes, en moyenne, de 1,97, 1,94, et 1,88 mg NO3- par litre. Les auteurs constatent ainsi que ces concentrations sont supérieures aux taux habituellement rapportés chez les personnes sédentaires (aux alentours de 1,20 g NO3- par litre), ce qui suggère l’existence, chez ces sportifs de haut niveau, d’une synthèse endogène accrue de nitrates (Voir à ce sujet la rubrique du  4 novembre 2009) Par contre, l’ingestion de fortes quantités de L-arginine, jusqu’à quatre fois la normale, n’est pas en mesure, chez eux, d’augmenter les taux plasmatiques en nitrates.

La raison de cette absence d’effet de l’ingestion de fortes doses de L-arginine sur les taux plasmatiques en nitrates est vraisemblablement la haute activité métabolique de l’arginase, enzyme hépatique dont le rôle est de transformer l’arginine en urée.

Notons au passage que les aliments les plus riches en L-arginine sont la fleur de soja, la graine de soja, la graine de tournesol, la graine de sésame ; elles contiennent entre 2 et 3 g de L-arginine pour 100 grammes.

La consommation d’oxygène et la fréquence cardiaque à l’effort sont trouvées identiques dans les trois groupes de joueurs de tennis. Les auteurs concluent que, chez le sportif de haut niveau, un régime riche en L-arginine pendant 3 jours n’améliore pas, le jour suivant, les conditions circulatoires à l’effort.

Commentaire du blog

L’absence de retentissement de l’ingestion de grandes quantités de L-arginine sur les taux plasmatiques de nitrate explique directement, chez ces sujets, l’absence d’amélioration des conditions circulatoires à l’effort.

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La Bible parle-t-elle des nitrates ?

Barnum, D.W. (2003) Some history of nitrates. Journal of Chemical Education 80, 1393-1396

(voir l'abstract ici)

Certes, la Bible ne parle pas précisément du sujet de notre blog, des liens entre les nitrates alimentaires et la santé. Il ne faudrait cependant pas en déduire que les nitrates en sont totalement absents.

Les chapitres 13  et 14 du Lévitique, livre de l’Ancien Testament rédigé entre 500 et 1000 avant J.-C., décrivent, en effet, successivement, deux lèpres : la lèpre de l’homme et la « lèpre des maisons », avant de détailler toutes sortes de mesures de purification jugées appropriées.

La « lèpre de la maison » est reconnue si, « après examen », il est constaté « sur les murs de la maison des cavités verdâtres ou rougeâtres, qui font creux dans le mur ». Si le mal prend de l’ampleur, le Lévitique prescrit alors de procéder au « décapage et au crépissage de la maison ».

Les commentaires actuels concernant ce passage de la Bible ne sont pas tous concordants.  Certains, cependant, comme D. W. Barnum (2003), émettent l’hypothèse selon laquelle l’auteur du Lévitique n’aurait rien décrit d’autre, ici, dans ce chapitre 14, que les efflorescences de salpêtre, connues pour se développer sur mur humide. On sait que le salpêtre est du nitrate de potassium.

A vrai dire, l’existence du salpêtre est rapportée sur des documents encore plus anciens. Selon J. Thorwald  (1962), il en est, en effet, fait mention sur le papyrus égyptien Ebers, rédigé entre 1600 et 1500 avant J-C pendant le règne d'Amenhotep Ier (Nouvel Empire), et également sur une tablette sumérienne en argile, datant de 2200 à 2100 avant J.-C.

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Nitrate et nitrite dans le lait maternel en début de post-partum

Dans une lettre adressée au mois d’août 2009 au « Dietary Guidelines Advisory Committee » des Etats-Unis, Nathan Bryan fait état des évaluations des taux de nitrite NO2- dans le lait maternel en début de post-partum : selon ses propres travaux, près de 50μM, soit près de 3, 2 mg par litre (Hord et Bryan, résultats non publiés). 

Ces résultats sont en concordance avec les taux rapportés il y a une dizaine d’années par une équipe japonaise: en moyenne, en début de post-partum, de J2 à J5 : 43,6 μM, soit 2,1 mg par litre, avec un maximum de 3, 8 mg par litre (Iizuka et coll., 1999).

Cette même équipe japonaise constatait d’importants taux de nitrates NO3- dans le lait maternel en ce même début de post-partum, de J2 à J5 : en moyenne 11 mg par litre.

On sait depuis les travaux d’Eisenbrand et coll. (1980) qu’en raison de l’absence de flore bactérienne dans la cavité buccale au cours des six premiers mois de la vie, la salive du nouveau-né et celle du nourrisson contiennent des nitrates, sans contenir de nitrites ; à cet âge, les nitrates salivaires n’ont pas la possibilité d’être réduits en nitrites dans la cavité buccale. Comme les ions nitrite  NO2- apparaissant dans la salive après l’âge de six mois jouent alors un rôle majeur dans la prévention des infections intestinales,  Eisenbrand et coll. (1999) envisageaient la possibilité que, par sa richesse en nitrites, le lait maternel du début de post-partum joue le rôle de la salive de l’enfant de plus de six mois ou de celle de l’adulte et protège ainsi le nouveau-né d’éventuelles infections intestinales, qu’elles soient bénignes ou sévères.

Dans sa lettre d’août 2009, Bryan partage ce point de vue. Il fait, de plus, remarquer que la Dose Journalière Admissible (DJA) fixée par le Comité d’Experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS et de la FAO,  pour les ions nitrite NO2-, à 0.07 mg par kg de poids corporel ne convient manifestement pas pour le nouveau-né, lequel, de J2 à J5, en ingère, au fur et à mesure des tétées, des quantités beaucoup plus importantes, sans dommage particulier.

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Fruits et légumes « bio » 90% plus chers

Les légumes sont riches en nitrates. Un travail récent effectué par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa) (Ménard, C. et coll., 2008) confirme s’il en était besoin que, dans notre pays comme dans les autres, la concentration moyenne des légumes en nitrates (NO3-) peut être très importante ; elle va jusqu’à atteindre 1240 mg par kilo pour le céleri en branches, 1974 mg par kilo pour les laitues, 1873 mg par kilo pour les autres salades.

Contrairement à une idée répandue, les enquêtes effectuées sur le sujet n’ont jamais mis en évidence de différence véritablement significative entre les teneurs en nitrates des légumes issus de l’agriculture traditionnelle et les teneurs en nitrates des légumes issus de l’agriculture "biologique" (Tassin et Michels, 1992 ; MAFF, 1992 ; Maleyson et Michels, 1993 ; Laegreid et al. 1999). Quelle que soit l’opinion que le consommateur ait, ainsi, à l’égard des conséquences, ou négatives ou positives, des apports nitratés, il n’apparaît pas justifié de lui recommander, du moins pour cette raison, la consommation de légumes issus de l’un ou de l’autre de ce type d’agriculture.

Par contre, un élément mérite sans doute d’être pris en considération. Le Magazine Linéaires, le mensuel de la distribution alimentaire, vient de publier les résultats d’une enquête effectuée à Rennes, entre le 8 et le 12 octobre 2009, dans les enseignes Carrefour, Intermarché, Leclerc et Géant Casino de cette ville. Elle a porté sur 664 produits, ce qui a permis 332 comparaisons.

Dans l’ensemble, les produits « bio » sont 72% plus chers que les produits « non bio ». Si l'attention est portée sur les seuls fruits et légumes, il s'avère que ceux-ci sont 90% plus chers lorsqu’ils proviennent de l’agriculture "biologique" que lorsqu’ils proviennent de l’agriculture conventionnelle.

(voir un résumé de l'enquête ici)

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