«La France agricole»: un dossier remarquable (1)

Maerten, E. (2013) Nitrates, croire et voir. La France agricole 3478, 3

Après «Science et Vie» et son numéro d’octobre 2012 [Cf. rubrique du 02 -10 -2012], on constate avec intérêt que, dans son numéro du 15 mars 2013, l’hebdomadaire «La France agricole» fait, lui aussi, à l’intention du grand public, le point sur le thème nitrates-santé.

Dans ce numéro de «La France agricole» [n° 3478], on trouve à la fois:

- un éditorial du rédacteur en chef, Eric Maerten: «Nitrates: croire et voir» [p. 3]

- et un dossier spécial de 14 pages: «Nitrates et Santé. L’étonnante contre-enquête», rédigé et composé par le rédacteur en chef adjoint, Philippe Pavard [pp. 38-51].

L’éditorial d’Eric Maerten veut inciter les lecteurs de l’hebdomadaire agricole à faire preuve d’esprit critique. Pour les agriculteurs comme pour tout un chacun, en ce domaine des nitrates et de la santé, il importe désormais de cesser de «croire» sur parole ce qui a pu être répété des centaines de fois, sans preuve ni démonstration, mais, bien au contraire, de «voir» par soi-même, c’est-à-dire de prendre connaissance des documents scientifiques mis à la disposition de tous et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Au vu des éléments qui lui sont présentés et qui sont détaillés dans le dossier spécial, le lecteur ne peut qu’être amené à s’interroger et à «réfléchir sur le bien-fondé des normes» en vigueur, c’est-à-dire, tout particulièrement, sur le bien-fondé de la norme des 50 mg de nitrate NO3- l-1 dans l’eau d’adduction publique, édictée par le Conseil des Communautés européennes en 1980, et jamais modifiée depuis. Comme l’écrit l’éditorialiste: «S’agissant de notre alimentation, la consommation de légumes, à teneur élevée en nitrates, est […] recommandée. Dès lors, qu’en est-il de l’eau de boisson?».

Commentaire du blog

Une remarque et une question aussi simples et aussi basiques que celles-ci attendent toujours une réponse et des éclaircissements de la part des autorités sanitaires, de celles qui, comme l’Organisation Mondiale de la Santé [OMS], ont justement pour rôle de de fixer les normes destinées aux populations. Pourquoi inciter à accroître les apports en nitrate d’un côté et vouloir les maintenir à un niveau très faible de l’autre?

(A suivre)

Posted in Appréciation d'ensemble nitrate santé | Tagged , , , , , , , , | Commentaires fermés

Nitrate, nitrite, nitrosamine, cancers œsophagiens et gastriques

Keszei, A.P., Goldbohm, R.A., Schouten, L.J., Jaksyn, P. and van den Brandt, P.A. (2013) Dietary N-nitroso compounds, endogenous nitrosation, and the risk of esophageal and gastric cancer subtypes in the Netherlands Cohort Study American Journal of Clinical Nutrition 97, 135-146

(voir l'abstract ici)

Entre 1986 et 2002, une étude néerlandaise, la “Netherlands Cohort Study”, s’est penchée de manière prospective sur les éventuels liens entre alimentation et cancer.

Le travail présenté ici par les auteurs [Université de Maastricht, Pays-Bas] porte sur un ensemble de 120.000 sujets, âgés de 55 à 69 ans, se répartissant de façon égale entre 60.000 hommes et 60.000 femmes. Parmi tous ces sujets, il se trouve que 110 ont été atteints de carcinome épidermoïde de l’œsophage, 151 d’adénocarcinome de l’œsophage, 166 d’adénocarcinome du cardia et 497 d’adénocarcinome gastrique hors cardia.

Qu’ils soient indemnes ou atteints, tous répondent à un questionnaire alimentaire de 150 items.

Aucun lien statistiquement significatif n’apparaît entre les apports en nitrate NO3- et les différentes formes de cancer œsophagien et gastrique [Analyses of nitrate intake and esophageal and gastric cancer subtypes are presented in Table 5. Significant associations were not seen for any esophageal or gastric cancer subtypes].

Aucun lien statistiquement significatif n’apparaît entre les apports en nitrite NO2- et les cancers œsophagiens et gastriques de la femme. Aucun lien n’apparaît non plus entre les apports en nitrite NO2- et les adénocarcinomes gastriques de l’homme, que ces derniers affectent ou non le cardia [Associations were not detected among women, and no association was seen for esophageal adenocarcinoma and gastric subtypes].

Concernant ces apports en nitrite NO2-, les auteurs signalent, par contre, une certaine tendance à l’association entre ceux-ci et le carcinome épidermoïde de l’œsophage, chez l’homme (p=0.06). La tendance disparaît lorsque sont pris en compte les cas à la fois masculins et féminins [A combined analysis of men and women showed no association with esophageal squamous cell carcinoma].

Concernant les nitrosamines, aucun lien statistiquement significatif n’apparaît entre les apports en N-nitrosodiméthylamine et les cancers œsophagiens et gastriques de la femme [Among women, models with continuous N-nitrosodimethylamine exposure showed a weak significant association with esophageal squamous cell carcinoma. However, tests for trend were not significant. No association was seen for esophageal adenocarcinoma or gastric cancer subtypes].

Chez l’homme, aucun lien n’existe non plus entre les apports en N-nitrosodiméthylamine et les adénocarcinomes de l’œsophage et du cardia [There […] was not association with esophageal adenocarcinoma or gastric cardia adenocarcinoma]. Par contre, il est à la fois noté, chez lui, un faible lien (p = 0.02) entre les apports en N-nitrosodiméthylamine et le cancer de l’estomac hors cardia et un lien plus soutenu entre ces mêmes apports et le carcinome épidermoïde de l’œsophage (p = 0.01).

Un élément mérite aussitôt discussion. Dans les pays industrialisés, le carcinome épidermoïde de l’œsophage est connu pour être lié à une haute consommation alcoolo-tabagique. Dans l’étude des auteurs, les sujets appartenant au tertile à fort apport en N-nitrosodiméthylamine (apport moyen: 0.35 μg j-1) sont, en réalité, également ceux qui consomment le plus de bière. La bière est particulièrement riche en N-nitrosodiméthylamine. Dans ce groupe, 80% des apports en N-nitrosodiméthylamine proviennent de la seule consommation de bière.

Les auteurs sont conscients de la difficulté. Le lien qu’ils enregistrent, chez l'homme, entre les apports en N-nitrosodiméthylamine et le carcinome épidermoïde de l’œsophage pourrait n’être, en réalité, que le reflet du lien tout à fait classique existant entre les apports alcooliques et ce type histologique de cancer œsophagien. Comme, après restriction de l’analyse aux sujets non-buveurs de bière, la tendance semble persister, les auteurs maintiennent cependant leur point de vue [Alcohol consumption is associated with the risk of esophageal squamous cell carcinoma. Because there was a strong correlation between alcohol in beer and N-nitrosodimethylamine intake in our study, we evaluated the possibility that the association shown in this study was due to alcohol in beer rather than to N-nitrosodimethylamine intake by restricting the analysis to non-beer drinkers. These analyses also showed a strong positive association between N-nitrosodimethylamine and esophageal squamous cell carcinoma among men, which supports the role of N-nitrosodimethylamine in the association].

Commentaire du blog

Cette étude néerlandaise portant sur le thème nitrates-cancer suscite les mêmes réserves méthodologiques que les précédentes.

Les auteurs signalent eux-mêmes le manque de fiabilité des évaluations d’apports par questionnaire rétrospectif [It is difficult […] to estimate the N-nitrosodimethylamine intake of individuals based on questionnaire and published data on N-nitrosodimethylamine contents of food].

Si l’on en croit les conclusions de l’étude, le lien entre les apports en N-nitrosodiméthylamine et le carcinome épidermoïde de l’œsophage concernerait l’homme, tout en épargnant la femme. Il est pourtant tentant, dans l’un et l’autre sexe, de faire principalement, sinon uniquement, intervenir la responsabilité de l’intoxication alcoolique.

Selon les chiffres fournis par les auteurs, alors que de la consommation moyenne d’alcool dans la population générale masculine est estimée à 9.6 grammes (avec, dans cette population témoin masculine, une consommation quotidienne moyenne de 0.084 μg de N-nitrosodiméthylamine), les hommes atteints de carcinome épidermoïde de l’œsophage consomment chaque jour, en moyenne, 24.6 grammes d’alcool (avec, par l’intermédiaire de la bière, une consommation quotidienne moyenne de 0.104 μg de N-nitrosodiméthylamine).

Alors que la consommation moyenne d’alcool dans la population générale féminine est de 1.6 grammes (avec une consommation quotidienne moyenne dans l’ensemble de cette population féminine de 0.044 μg de N-nitrosodiméthylamine), les femmes atteintes de carcinome épidermoïde de l’œsophage consomment chaque jour, en moyenne, 6.7 grammes d’alcool (avec une consommation quotidienne moyenne de 0.052 μg de N-nitrosodiméthylamine).

Dans cette étude, on le voit, chez les hommes et chez les femmes atteints de carcinome épidermoïde de l’œsophage, la consommation alcoolique est respectivement 2.5 et 4.2 fois plus importante que dans la population générale.

Posted in Grief carcinologique | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Effet du jus de betterave sur la tension artérielle dans la vie courante

Coles, L.T. and Clifton, P.M. (2012) Effect of beetroot juice on lowering blood pressure in free-living, disease-free adults: a randomized, placebo-controlled trial. Nutrition Journal. 11:106

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Lorsque le régime de base est pauvre en nitrates NO3-, la consommation d’un jus de betterave riche en nitrates fait baisser la tension artérielle; d’où des effets bénéfiques cardiovasculaires [The consumption of beetroot juice on a low nitrate diet may lower blood pressure and therefore reduce the risk of cardiovascular events]. On ignore si les mêmes effets bénéfiques de l’ingestion du jus de betterave sont constatés lorsque le régime de base est normal, non modifié [However, it is unknown if its inclusion as part of a normal diet has a similar effect on blood pressure].

Les auteurs australiens [Baker IDI Heart and Diabetes Institute, Melbourne] se proposent de répondre à la question.

30 volontaires adultes, 15 hommes et 15 femmes, participent à l’étude. Leur âge est compris entre 23 et 68 ans. L’âge moyen est de 42 ans. L’indice moyen de masse corporelle étant de 28.2, les sujets sont, dans leur ensemble, en léger surpoids [IMC>25]. Tous sont considérés comme en bonne santé.

L’étude est randomisée, en double aveugle contre placebo, et crossover.

Le régime de base n’est pas modifié. Vers 8 heures du matin, les sujets ingèrent en quelques minutes

- soit 500 grammes d’un placebo, sous forme de jus de pomme, qui n’apporte guère de nitrate

- soit 500 grammes d’un jus de betterave, apportant 450 mg de nitrate NO3-.

Les sujets se reposent ensuite durant une heure, en position assise, avant de reprendre leur activité normale. Par monitoring ambulatoire, la tension artérielle est mesurée au début de l’expérience, toutes les demi-heures de 7h à 23 h, toutes les heures ensuite pendant 24 heures. L’expérience est recommencée 15 jours plus tard, les boissons étant inversées.

Pendant la période d’éveil, pour l’ensemble de la population étudiée, c’est-à-dire pour les 15 hommes et les 15 femmes, la tension artérielle systolique est, en moyenne, de 128.3 mm Hg dans le «groupe placebo», de 126.6 mm Hg dans le «groupe nitrate».

Pendant la période de sommeil, pour l’ensemble de la population étudiée, c’est-à-dire pour les 15 hommes et les 15 femmes, elle est, en moyenne, de 111.0 mm Hg pour le «groupe placebo», de 113.3 mm Hg pour le «groupe nitrate».

Les différences ne sont pas statistiquement significatives.

Les auteurs insistent sur la situation à la 6ème heure.

A ce moment de la surveillance, pour l’ensemble de la population étudiée, c’est-à-dire pour les 15 hommes et les 15 femmes, on constate qu’après l’ingestion de jus de betterave la tension artérielle systolique a tendance à baisser, la diminution des chiffres de tension artérielle n’atteignant pas le seuil de significativité statistique.

Par contre, à la 6ème heure, si l’on ne prend en compte que la population masculine, après l’ingestion du jus de betterave, la tension artérielle systolique baisse de façon significative: en moyenne, de 4 à 5 mm Hg [Analysis in men only after adjustement for baseline differences demonstrated a significant (P<0.05) reduction in systolic blood pressure of 4-5 mm Hg at 6-h after drinking beetroot juice].

Les auteurs estiment que l’ingestion de jus de betterave a tendance à réduire véritablement la tension artérielle des sujets de sexe masculin, quand ceux-ci sont en bonne santé et soumis, par ailleurs, à un régime de base normal, non modifié [Beetroot juice will lower blood pressure in men when consumed as part of a normal diet in free-living healthy adults]. Si le fait se vérifiait, il ne serait pas sans importance pratique. Ne considère-t-on pas qu’à l’échelle d’une population, une diminution régulière de tension artérielle systolique de 5 mm Hg réduit la mortalité cardiovasculaire d’environ 10%? [A reduction in systolic blood pressure in the magnitude of 5 mm Hg has been correlated to a cardiovascular mortality reduction of approximately 10 % at the population level].

Commentaire du blog

Dans cette étude, effectuée dans le cadre d’un régime de base normal et non modifié, la baisse de la tension artérielle systolique après ingestion de 450 mg de nitrate NO3-, sous forme de jus de betterave, n’atteint le seuil de la significativité statistique que chez les hommes (non chez les femmes) et à la sixième heure.

Il conviendrait de compléter l’étude, en recourant, par exemple, à un plus grand nombre de volontaires, et en répétant l’ingestion des 450 mg de NO3- sur une période suffisamment longue (quinze jours, un mois, voire davantage).

Posted in Effet bénéfique cardiovasculaire | Tagged , , , , , , , | Commentaires fermés

Une maladie congénitale traitée par supplémentation en nitrite de sodium

Nagamani, S.C.S., Campeau, P.M., Shchelochkov, O.A., Premkumar, M.H., Guse, K., Brunetti-Pierri, N., Chen, Y., Sun, Q., Tang, Y., Palmer, D., Reddy, A.K., Li, L., Slesnick, T.C., Feig, D.I., Caudle, S., Harrison, D., Salviati, L., Marini, J.C., Bryan, N.S., Erez, A. and Lee, B. (2012) Nitric-oxide supplementation for treatment of long-term complications in arginosuccinic aciduria. The American Journal of Human Genetics 90, 836-846

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Chez l’homme, l’urée est le principal produit d’élimination du métabolisme azoté. Décrit par Krebs et Henseleit dès 1932, le cycle hépatique de l’ornithine, ou cycle de l’urée, a pour résultat final la transformation de l’ammoniac en urée. L’une des réactions du cycle, qui fait intervenir l’arginosuccinate lyase [ASL], convertit l’acide arginosuccinique en acide fumarique et arginine. On sait qu’ensuite les NO synthases permettent elles-mêmes la conversion de la L-arginine en L-citrulline et oxyde nitrique NO.

L’un des plus fréquents troubles du cycle de l’urée est le déficit génétique en arginosuccinate lyase [ASL]. Connue sous le nom d’acidurie arginosuccinique [ASA], l’affection comprend:

• biologiquement:

-         une hyperammoniémie, commune à tous les troubles du cycle de l’urée,

-         une augmentation des taux d’acide arginosuccinique (accumulation en amont du blocage d’origine enzymatique),

-         une diminution des taux d’arginine (déficit en aval).

• cliniquement:

-         une hypertension artérielle,

-         et des troubles neurocognitifs 

Les auteurs, principalement américains [résidant notamment à Houston, Texas] rapportent le cas d’un enfant de 15 ans atteint d’acidurie arginosuccinique [ASA].

Le diagnostic est fait dès l’âge de 3ans. L’hypertension artérielle apparaît à l’âge de 5ans. Des traitements classiques anti-hypertensifs tels la restriction en sel, les diurétiques thiazidiques et un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, l’enalapril [commercialisé, par exemple, sous le nom de RenitecR], sont essayés sans succès. A l’âge de 15 ans, la tension artérielle systolique se situe entre 16 et 17 cm Hg.

Emettant l’hypothèse que l’hypertension artérielle soit liée à un déficit systémique en oxyde nitrique NO, lui-même consécutif à la déficience en arginine, les auteurs prescrivent un dérivé nitré, le dinitrate d’isosorbide [ISDN] [commercialisé, par exemple, sous le nom de RisordanR]. Les tensions artérielles systolique, diastolique et moyenne baissent d’abord nettement et rapidement, et se normalisent. Mais, neuf mois plus tard, le résultat se dégrade. Les chiffres de tension artérielle tendent, à nouveau, à se situer près de la limite supérieure de la normale [After 9 months of treatment with ISDN, the subjects’s BP started to trend toward the upper limit of normal values].

Pensant à une «tolérance» acquise du dérivé nitré «organique», les auteurs prescrivent alors une supplémentation alimentaire à base de nitrite de sodium [NaNO2], le nitrite de sodium étant couplé, afin d’accentuer la conversion du nitrite en NO, à des produits naturels pourvus d’une activité de nitrite réductase. Le supplément alimentaire prescrit est connu, aux Etats-Unis, sous le nom de Neo40 (Neogenis) [Hence, we started treatment with a uniquely formulated supplement that contains sodium nitrite together with natural products that have nitrite-reductase activity to enhance direct conversion to NO (Neogenis Labs)]. La supplémentation alimentaire, sous forme de tablettes de Neo40, réussit à normaliser la tension artérielle pendant 12 mois [Indeed, this direct NO supplementation normalized the subject’s BP for an additional 12 months].

En outre, la supplémentation alimentaire est accompagnée d’une amélioration des troubles neuropsychologiques propres à l’affection. On note une amélioration de la mémoire verbale et une meilleure résolution de problèmes non verbaux [In addition, the NO therapy was assoociated with an improvement in some neuropsychological parameters pertaining to verbal memory and nonverbal problem solving].

L’acidurie arginosuccinique [ASA] n’est pas seulement un trouble pathologique du cycle de l’urée. Elle est aussi, on le voit, un modèle humain de déficit congénital en oxyde nitrique NO. Certes, les constatations relatées ne concernent qu’un seul sujet. Le suivi est limité. Si, cependant, à l’avenir, des cas similaires venaient s’ajouter à celui-ci et confirmer les premières constatations, la supplémentation alimentaire en oxyde nitrique NO, qui emprunte la voie Nitrate-Nitrite-NO, deviendrait le traitement le plus approprié [The data […] are best considered as preliminary observations from a single subject […]. ASA subjects could potentially benefit from NO supplementation].

Commentaire du blog

Les auteurs ne précisent ni la composition exacte du Neo40 (Laboratoires Neogenis), que la Food and Drug Administration [FDA] classe comme un simple supplément alimentaire, ni la dose quotidienne de nitrite de sodium qu’ils ont prescrite. On ignore également la nature des «produits naturels» censés agir comme des nitrite-réductases.

Posted in Effet bénéfique autre, Effet bénéfique cardiovasculaire | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Aspirine et nitrate alimentaire

McCarty, M.F. (2013) Dietary nitrate and reductive polyphenols may potentiate the vascular benefit and alleviate the ulcerative risk of low-dose aspirin. Medical Hypotheses 80, 186-190

(voir l'abstract ici)

Publiée par la société Elsevier, la revue “Medical Hypotheses” se considère elle-même comme un «forum». Elle permet à des auteurs de présenter leurs idées personnelles, en matière de médecine ou en matière de sciences apparentées.

L’auteur de l’article est directeur d’une entreprise américaine «Nutriguard Research», spécialisée dans la nutrition [Encinitias, Californie].

Il fait remarquer que l’administration d’aspirine à faible dose réduit significativement le risque thrombotique. Chez les sujets exposés, elle diminue les risques d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral, d’ischémie cérébrale transitoire [Low-dose aspirine administration has been demonstrated to significantly and quite cost-effectively decrease risk for thrombotic episodes (MI, stroke, TIAs) in at-risk subjects]. L’effet est dû à une inhibition permanente de la cyclooxygénase plaquettaire, source elle-même de thromboxane, dont on sait l’action agrégante.

Il est possible que, prescrite pendant une période de 20 ans, l’administration d’aspirine à faible dose finisse également par diminuer de 20% la mortalité par cancer [Moreover, recent meta-analyses examining long-term health outcomes in subjects who participated in controlled trials of daily low-dose aspirin, have concluded that those randomized to receive aspirin were 20% less likely to have died from cancer in the 20 years following their trial entry].

Même à faible dose, la prescription d’aspirine a, cependant, des inconvénients. Elle peut notamment endommager la muqueuse gastroduodénale, et accentuer le risque d’hémorragie gastro-intestinale [However, oral aspirin, even in low doses, has a propensity to damage the gastroduodenal mucosa and increase risk for gastrointestinal bleeding].

Dans ce contexte, on pense à la prescription concomitante d’inhibiteurs de la pompe à protons, susceptibles d’atténuer le risque hémorragique. Cependant, les inhibiteurs de la pompe à protons ne sont pas non plus, eux-mêmes, dénués d’effets indésirables. On n’oserait affirmer que leur utilisation à grande échelle puisse être vraiment recommandée [However, proton pump inhibitors are not devoid of risks of their own, and it would be of questionable wisdom and practicality to put a high proportion of the adult population on these drugs].

On sait que l’impact de l’oxyde nitrique NO sur la muqueuse gastro-intestinale est similaire à celui des prostaglandines. Le NO provoque une vasodilatation de la microcirculation locale, et majore les capacités de résistance de la muqueuse gastrique aux agressions. Il stimule de même la production de mucus [Nitric oxide [NO] has an impact on the gastrointestinal mucosa similar to that of prostaglandins –it boots mucosal blood flow, stimulates mucus production […]].

Que ce soit de lui-même ou par l’intermédiaire des S-nitrosothiols, l’oxyde nitrique NO exerce, en outre, un effet anti-agrégant plaquettaire. L’effet fait intervenir, en partie et non en totalité, la guanosine monophosphate cyclique (cGMP) [It is well known that NO, either per se or as spontaneously generated S-nitrosothiols, exerts physiologicla anti-aggregatory and anti-adhesive effects that are partially though not wholly mediated by cGMP].

Via leur circulation entérosalivaire, les apports alimentaires en nitrate NO3- fournissent régulièrement des nitrites salivaires, et du NO intragastrique [Salivary nitrite is notably increased by a nitrate-rich diet, as a portion of absorbed nitrate is secreted in saliva and reduced to nitrite by commnensal oral bacteria]. Il se pourrait que la transformation dans l’estomac des nitrites en oxyde nitrique NO soit elle-même accentuée par la consommation d’un certain nombre de polyphénols à groupement catéchol, tels la catéchine, la quercétine, l’acide chlorogénique, l’acide caféique, l’oleuropéine, la cyanidine et les procyanidines, ces substances étant présentes dans le thé, le café, le cacao brut, le vin rouge, le jus de raisin, la pomme, l’olive et des baies diverses [Commonly occurring compounds with this property include (epi)catechin […], quercetin, chlorogenic acid, caffeic acid, oleuropein, cyanidin, and procyanidins, which are supplied by foods and drinks such as tea, coffee, raw cocoa, red wine, grapes, apples, berries, olives, and a host of others].

Dans ces conditions, aux yeux de l’auteur, lorsqu’un traitement au long cours par aspirine doit être prescrit, il apparaît logique de proposer qu’on lui associe désormais un régime riche en nitrate, ou encore un régimes riche, à la fois, en nitrate et en polyphénols [It is therefore straightforward to propose that low-dose aspirin regimens may be notably safer in individuals ingesting nitrate-rich diets – particularly if these diets are also rich in catechol-bearing polyphenols].

De telles supplémentations alimentaires auraient le double mérite de renforcer la sécurité vasculaire et de diminuer le risque d’ulcère digestif [Hence, diets rich in nitrate and reductive polyphenols have the potential to amplify the vascular-protective benefits of low-dose aspirin, while diminishing its pro-ulcerative risk].

L’auteur imagine la fabrication, à l’avenir, de gélules qui comprendraient à la fois du potassium de nitrate et un polyphénol, par exemple la quercitine. Les patients les ingéreraient au cours des repas, plusieurs fois par jour [One very simple way to implement this idea would to produce a capsule featuring both potassium nitrate and an appropriate polyphenol – such as quercitin – that could be taken with meals several times daily].

Commentaire du blog

En réalité, les effets indésirables des inhibiteurs de la pompe à protons, tel l’oméprazole (MopralR ou ZoltumR), sont généralement bénins et réversibles. Diarrhée, constipation, flatulences, douleurs abdominales, céphalées sont les troubles les plus fréquemment signalés.

Comme l’indique le nom de la revue dans laquelle l’article est publié, l’auteur ne fait que livrer ici une hypothèse. L’intérêt de la supplémentation alimentaire à base de nitrate lors du traitement par aspirine au long cours reste théorique. Il sera intéressant d’en vérifier le bien-fondé en pratique.

Posted in Effet bénéfique cardiovasculaire, Effet bénéfique gastroduodénal | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Nitrate, nitrite et fonction plaquettaire de la souris

Park, J.W., Piknova, B., Huang, P.L., Noguchi, C.T. and Schechter, A.N. (2013) Effect of blood nitrite and nitrate level on murine platelet function. PLoS One 8 (2): e55699

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Les auteurs américains [National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, National Institutes of Health, Bethesda, Maryland] modifient, par divers moyens, les concentrations en nitrate NO3- et en nitrite NO2- du sang complet [whole blood] de la souris. Après quoi, ils étudient les répercussions des modifications réalisées sur la fonction plaquettaire.

• Chez les souris contrôles, les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 3.03 mg NO3- l-1 et de 30.8 μg NO2- l-1.

• Chez les souris soumises, par l’intermédiaire d’une eau de boisson, à un inhibiteur de la NO synthase, le L-Nitroarginine Methyl Ester [ou L-NAME], les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 2.13 mg NO3- l-1 et de 21.5 μg NO2- l-1. Elles sont ainsi, l’une et l’autre, diminuées d’environ 30%.

• Chez les souris qui reçoivent, par l’intermédiaire d’une eau de boisson, une antibiothérapie combinant bacitracine, néomycine et tétracycline, exerçant de la sorte un effet inhibiteur sur la réduction bactérienne intrabuccale nitrate-nitrite, les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 3.71 mg NO3- l-1 et de 25.3 μg NO2- l-1. Les premières sont augmentées de 22%, les secondes diminuées de 18%.

• Chez les souris auxquelles est fourni un régime particulièrement pauvre en nitrate et nitrite, les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 0.85 mg NO3- l-1 et de 11.1 μg NO2- l-1. Par rapport aux souris contrôles, les diminutions sont importantes, respectivement de 72 et 64%.

• Chez les souris qui, pendant une semaine, reçoivent une supplémentation en nitrate par l’intermédiaire d’une eau de boisson contenant 1000 mg NO3- l-1, les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 4.96 mg NO3- l-1 et de 69 μg NO2- l-1. Par rapport aux souris contrôles, les augmentations sont importantes, respectivement de 64 et 220 %.

• Chez les souris qui reçoivent une supplémentation en nitrite par l’intermédiaire d’une eau de boisson contenant 100 mg NO2- l-1, les concentrations sanguines moyennes en nitrate et en nitrite sont, respectivement, de 3.1 mg NO3- l-1 et de 120 μg NO2- l-1. Comme on peut l’observer, la concentration sanguine en nitrate n’est pas réellement modifiée; l’apport en nitrite est, sans doute, assez faible comparativement aux teneurs endogènes préalables en nitrate. La concentration sanguine en nitrite est augmentée de 380 %.

Si tous les moyens employés retentissent, comme on le voit, sur les concentrations sanguines en nitrate et en nitrite, c’est avec la restriction alimentaire que les concentrations sont les plus faibles [We found that all of these perturbations affected nitrite and nitrate levels but that the lowest whole blood values were obtained by dietary restriction].

Chez les souris soumises à la restriction alimentaire en nitrate et nitrite, l’agrégation plaquettaire en présence de collagène (0.5-3 μg ml-1) est significativement augmentée. A l’inverse, chez les souris soumises à la supplémentation alimentaire en nitrate, ou à la supplémentation alimentaire en nitrite, l’agrégation plaquettaire en présence de collagène (0.5-3 μg ml-1) est diminuée [In contrast with the results from the low NOx diet group, both nitrite and nitrate treatment inhibited collagen-induced aggregation].

Le temps de saignement des souris contrôles étant, en moyenne, de 150 secondes, on constate que, chez les souris soumises à la restriction alimentaire en nitrate et nitrite, le temps de saignement est diminué: il est alors, en moyenne, évalué à 100 secondes. Chez les souris soumises à la supplémentation alimentaire en nitrite, il est augmenté, évalué alors, en moyenne, à 270 secondes.

Ainsi il ne serait pas impossible que la mesure des teneurs endogènes (sanguines ou plasmatiques) en nitrate et nitrite puisse servir, à l’avenir, à mieux apprécier, en pratique, la fonction plaquettaire [Our study suggests that endogenous levels of nitrite and nitrate may be used as a biomarker for predicting platelet function].

De même, à l’avenir, il ne serait pas impossible que l’ingestion de nitrates et nitrites alimentaires finisse par être conseillée par les praticiens, en raison des effets favorables qu’elle exerce sur les plaquettes, l’hémostase et la prévention des thromboses [These results imply that dietary nitrite and nitrate could be used to modulate hemostasis and thrombosis by regulating platelet reactivity].

Posted in Effet bénéfique cardiovasculaire, Etude expérimentale | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Apports en nitrate et nitrite et cancer du rein

DellaValle, C.T., Daniel, C.R., Aschebrook-Kilfoy, B., Hollenbeck, A.R., Cross, A.J., Sinha, R. and Ward, M.H. (2013) Dietary intake of nitrate and nitrite and risk of renal cell carcinoma in the NIH-AARP diet and health study. British Journal of Cancer 108, 205-212

(voir l'abstract ici)

S’appuyant sur les données de la «National Intitutes of Health–American Association of Retired Persons [NIH–AARP] Diet and Health Study» auxquelles elle a accès, une équipe américaine a déjà présenté cinq études portant sur les liens éventuels entre les apports en nitrate et en nitrite et divers cancers. Elle a étudié le gliome de l’adulte [rubrique du 17 septembre 2010], le cancer de la thyroïde [5 novembre 2010], les cancers œsophagique et gastrique [5 décembre 2010], le cancer du pancréas [29 octobre 2011], le carcinome épithélial de l’ovaire [26 février 2012]. Tous ces travaux suscitent, on le sait, des réserves méthodologiques.

La même équipe présente maintenant une étude portant sur les liens éventuels entre les apports en nitrate et en nitrite et le risque de cancer du rein.

Avec un suivi de 9 ans, les auteurs identifient 1816 cas de cancer du rein. Souvent, la forme histologique n’est pas précisée. Quand elle l’est, on reconnaît 498 carcinomes à cellules claires et 115 carcinomes papillaires.

Les apports en nitrate et en nitrite sont évalués à l’aide d’un questionnaire rétrospectif. Pour 124 items alimentaires, le questionnaire cherche à déterminer la fréquence de consommation et la taille des portions  tout au long des 12 mois précédents.

Les auteurs ne constatent aucun lien entre les apports en nitrate NO3- et le risque de cancer du rein, ni aucun lien entre les apports en nitrate et le risque d’apparition de l’une ou l’autre des formes histologiques [We did not observe any signficant associations between intake of nitrate and risk of total renal cell carcinoma or clear cell or papillary subtypes].

De même, ils n’observent aucun lien statistique entre les apports totaux en nitrite NO2- et le risque global de cancer du rein [We did not observe any statistically significant associations between nitrite intake from plant sources or total nitrite intake and risk of total renal cell carcinoma].

Par contre, en multipliant les catégories, ils observent une association significative entre les apports en nitrite NO2- d’origine animale et le risque global de cancer du rein, cette association concernant aussi la forme histologique à cellules claires [Individuals in the highest quintile of nitrite intake from animal sources compared with those in the lowest quintile had an increased risk of total renal cell carcinoma and clear cell subtype]. A l’inverse, avec les apports en nitrite d’origine animale, le risque de carcinome papillaire rénal semblerait plutôt nettement diminué, le «hazard ratio» étant de 0.43 [We also observed a decreased risk of papillary renal cell carcinoma among individuals in the highest quintile of nitrite from animal source excluding processed meats (HR = 0.43)].

Commentaire du blog

Pour des raisons qui ont déjà été signalées, cette étude suscite des réserves:

1) Les apports en nitrate provenant de l’eau de boisson ne sont pas pris en compte.

2) La fiabilité du questionnaire rétrospectif est discutable.

3) Les auteurs ne disent pas un mot de la synthèse endogène en nitrate et en nitrite par la voie de la L-arginine (ou voie de la NO synthase). Ils omettent de la prendre en compte.

Posted in Grief carcinologique | Tagged , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Nitrates alimentaires, muscles et fibres rapides (2)

Hernandez, A., Schiffer, T.A., Ivarsson, N., Cheng, A.J., Bruton, J.D., Lundberg, J.O., Weitzberg, E. and Westerblad, H. (2012) Dietary nitrate increases tetanic [Ca2+]i and contractile force in mouse fast-twitch muscle. Journal of Physiology 590, 3575-3583

(voir l'abstract ici)

Un lien entre les nitrates alimentaires et les fibres rapides des muscles squelettiques a déjà été évoqué lors d’une rubrique récente [rubrique du 2 février 2013]. Une étude expérimentale du Département de Physiologie et de Pharmacologie du Karolinska Institute [Stockholm, Suède] le met, également, en évidence.

Dans cette étude, sont comparés deux lots de souris,

- des souris «témoins», recevant une eau de boisson sans nitrate,

- des souris «traitées», recevant une eau de boisson riche en nitrate. A ce deuxième lot de souris, l’eau apporte, en moyenne, 232 μg NO3- j-1. Compte tenu du poids de l’animal, l’apport en nitrate est ici similaire à celui qui est en mesure, chez l’homme, d’exercer des effets bénéfiques sur la tension artérielle et les performances physiques et sportives. Chez l’homme, cet apport peut être atteint avec un régime dit “normal” [The amount of inorganic nitrate per kg body mass used in these experiments is similar to that given to humans in studies on blood pressure and performance and represents amounts that are easily achieved with a normal diet]

Au septième jour de l’expérience, les auteurs dissèquent

- le long extenseur des doigts [extensor digitorum longus, EDL], muscle à fibres rapides,

- et le soléaire [soleus], muscle à fibres lentes.

Avec des fréquences de stimulation faibles, inférieures à 50 hertz [Hz], fréquences des mouvements habituels [which are those used most often for normal movement], la force contractile des muscles à fibres rapides est significativement plus importante chez les souris «traitées» par l’ingestion de nitrate que chez les souris «contrôles» [Force in Nitrate EDL muscles was significantly greater over the range 1-50 Hz compared to Control mice].

Par contre, quelle que soit la fréquence des stimulations, la force contractile des muscles à fibres lentes est identique dans les deux groupes de souris [In contrast, there was no significant differences in force at any stimulation between Nitrate and Control soleus muscles].

L’ingestion de nitrate pendant 7 jours entraîne également, dans les muscles à fibres rapides de la souris, et non dans ses muscles à fibres lentes, une augmentation d’expression de protéines fixatrices de Ca2+, tels la calséquestrine 1 [CASQ1] et le récepteur à la dihydropyridine [DHPR] [These changes in nitrate treated mice were accompanied by increased expression of the Ca2+ handling proteins calsequestrin 1 and the dihydropyridine receptor].

Ainsi, l’augmentation, après ingestion de nitrate pendant 7 jours, de la force contractile des muscles à fibres rapides résulte de modifications structurelles (modifications liées aux protéines) du muscle squelettique [Thus the longer-term nitrate supplementation used in the present study resulted in «structural» (i.e. protein-linked) changes to squeletal muscle].

Un nouveau mécanisme, rendant compte de l’action bénéfique des nitrates alimentaires sur la fonction musculaire, notamment au cours des activités sportives, est ainsi identifié [These results provide a new mechanism by wich nitrate exerts beneficial effects on muscle function with applications to sports performance].

Cette nouvelle notion pourrait, en outre, avoir un intérêt thérapeutique. Des anomalies de fixation du Ca2+ dans les cellules musculaires ont, en effet, été décrites chez des patients atteints de myopathie mitochondriale. Il conviendrait d’étudier les effets d’une supplémentation alimentaire en nitrate dans ce genre de pathologie [Nitrate supplementation may be used to improve contractile function in diseases with muscle weakness involving Ca2+ handling].

Posted in Effet bénéfique sur exercice physique, Etude expérimentale | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Intérêt des nitrates alimentaires entre 60 et 70 ans

Kelly, J., Fulford, J., Vanhatalo, A., Blackwell, J.R., French, O., Bailey, S.J., Gilchrist, M., Winyard, P.G. and Jones, A.M. (2013) Effects of short-term dietary nitrate supplementation on blood pressure, O2 uptake kinetics, and muscle and cognitive  function in older adults. American Journal of Physiology – Regulatory, Integrative and Comparative Physiology 304 (2), R73-R83

(voir l'abstract ici)

Les effets bénéfiques des régimes riches en légumes sur la santé cardiovasculaire et la longévité sont maintenant bien connus. Ils sont en partie liés aux ions nitrate NO3-, présents en quantité dans les légumes verts et la betterave [The beneficial effects of a vegetable-rich diet upon cardiovascular health and longevity have been well described. These positive effects have been attributed, in part, to inorganic nitrate [NO3-] which is particularly rich in leafy greens and beetroot].

On sait que, chez de jeunes adultes, une supplémentation alimentaire en nitrate NO3- diminue la tension artérielle et modifie favorablement la réponse physiologique à l’exercice. Les auteurs britanniques [Université d’Exeter, Royaume-Uni] cherchent ici à savoir si les mêmes effets s’observent chez le sujet âgé [We investigated whether these effects might also be evident in older adults].

Leur étude, randomisée, en double-aveugle et crossover, porte sur 12 sujets en bonne santé (6 hommes et 6 femmes), d’âge compris entre 60 et 70 ans.

Pendant 3 jours, les sujets ajoutent à leur régime, soit du jus de betterave  artificiellement sans nitrate (groupe placebo), soit du jus de betterave riche en nitrate (groupe nitrate). Les premiers ajoutent ainsi à leur régime une quantité négligeable de nitrate: 0.6 mg NO3- jour-1, les seconds 595 mg NO3- jour-1.

Chez les premiers, la concentration plasmatique moyenne en nitrite est de 11.4 μg NO2- l-1. Chez les seconds, elle est quatre fois plus élevée: 47.7 μg NO2- l-1.

Chez les premiers, les pressions artérielles systolique et diastolique sont, en moyenne, de 120 et 73 mm Hg. Chez les seconds, elles sont, en moyenne, de 115 et 70 mm Hg. Les différences entre groupe placebo et groupe nitrate sont statistiquement significatives (P<0.05).

Par contre, lors d’un effort de marche la consommation en oxygène n’est pas trouvée réellement différente d’un groupe à l’autre [There was no significant difference in VO2 between PL (placebo) and BR (beetroot) during the baseline walking period]. La seule différence observée par les auteurs concerne le début de l’effort, lors du passage du repos à la marche sur tapis roulant. En cas de supplémentation en nitrate, la consommation d’oxygène croît plus rapidement en début d’effort [The VO2 kinetics was accelerated during treadmill walking]. Un temps dit de réponse moyen [MRT] est ainsi de 28 secondes dans le groupe placebo, et de 25 secondes dans le groupe supplémenté en nitrates [Nitrate supplementation resulted in a speeding of the VO2 mean response time (BR: 25 vs. PL:28 s; P<0.05) in the transition from standing rest to treadmill walking].

Au vu de tels résultats, une augmentation des apports alimentaires en nitrate pourrait être légitimement envisagée chez les sujets de la soixantaine, tant dans un but thérapeutique que dans un but prophylactique. Il s’agirait de réduire le risque hypertensif, peut-être aussi d’améliorer la cinétique de la consommation en oxygène [The results suggest that increased dietary NO3- intake may provide a practical therapeutic and/or prophylactic intervention for reducing the risk of hypertension and improving VO2 kinetics in older adults].

Posted in Effet bénéfique cardiovasculaire, Effet bénéfique sur exercice physique | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés

Flore bactérienne buccale et tension artérielle

Kapil, V., Haydar, S.M.A., Pearl, V., Lundberg, J.O., Weitzberg, E. and Ahluwalia, A. (2012) Physiological role for nitrate-reducing oral bacteria in blood pressure control. Free Radical Biology and Medicine 55C, 93-100

(voir l'abstract ici)

Traditionnellement, la flore bactérienne de la cavité buccale a mauvaise réputation. On lui reproche volontiers des effets négatifs sur la santé. On la rend, par exemple, responsable d’haleines défectueuses, de caries, de parodontites, voire, même, de maladies cardiovasculaires [The metabolic activity of oral bacteria has traditionnally been associated with negative health effects ranging from halitosis and caries to more serious condtions such as periodontitis and even cardiovascular disease]. De nos jours, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, 30 à 45% des personnes adultes recourent régulièrement à des bains de bouche antiseptiques.

S’intéressant à l’influence de la flore bactérienne buccale sur le métabolisme des nitrates et des nitrites, les auteurs britanniques et suédois [William Harvey Institute, Londres; Karolinska Institute, Stockholm] présentent une étude crossover de 14 jours portant sur 19 sujets sains, non-fumeurs, âgés en moyenne de 23 ans.

Deux périodes de 7 jours se succèdent. Pendant les 7 premiers jours, les sujets participant à l’étude n’utilisent aucun bain de bouche. Pendant les 7 jours suivants, ils reçoivent deux bains de bouche antiseptiques quotidiens: 10 ml de CorsodylR, contenant 0.2% de chlorhexidine, deux fois par jour.

Chaque visite est précédée d’un régime alimentaire pauvre en nitrates de 24 heures et d’un jeûne de 12 heures [For all clinic visits individuals were requested to arrive fasted for 12 h and having adhered to a low-nitrate diet for the previous 24 h to study the effect of endogenously derived nitrate only].

Lors de chacune de ces visites sont effectués des prélèvements sanguins et salivaires, destinés à mesurer les concentrations en nitrate NO3- et en nitrite NO2-, ainsi que des contrôles de tension artérielle.

Les auteurs constatent que l’utilisation des bains de bouche à la chlorhexidine retentit nettement sur les concentrations salivaires et plasmatiques en nitrate et en nitrite, ainsi que sur les chiffres de tension artérielle.

Initialement évaluée à 14.5 mg NO2- l-1, la concentration salivaire moyenne en nitrite chute de 90%; après utilisation de bains de bouche à la chlorhexidine, elle n’est plus, en effet, que de 1.5 mg NO2- l-1. De même, la concentration plasmatique moyenne en nitrite chute de 25%, passant de 13 à 10 μg NO2- l-1.

Les concentrations en nitrate NO3- suivent un chemin inverse. Sous l’effet des bains de bouche à la chlorhexidine, les concentrations moyennes salivaire et plasmatique en nitrate NO3- augmentent toutes deux de manière significative (chiffres non fournis) [In contrast, salivary, plasma and urinary nitrate concentrations were significantly elevated after mouthwash treatment compared to baseline levels].

Après sept jours de bains de bouche antiseptiques, parallèlement à la diminution des concentrations plasmatiques en nitrite, les chiffres de tension artérielle systolique et diastolique sont trouvés significativement élevés [Seven days’ use of antiseptic mouthwash caused a rise in clinic systolic (SBP) and diastolic BP (DBP) that was associated with a significant decrease in plasma nitrite concentration (p = 0.002)]. En fonction des techniques de mesure utilisées, l’augmentation de la tension artérielle systolique liée aux bains de bouche antiseptiques peut être évaluée, en moyenne, entre 2.4 et 3.5 mm Hg, celle de la tension artérielle diastolique, en moyenne, entre 2.0 et 2.2 mm Hg. Comme le montre un monitoring ambulatoire de pression artérielle également effectué, l’élévation tensionnelle débute dès le premier jour d’utilisation des bains de bouche, pour se maintenir, inchangée, durant les 7 jours suivants.

Ainsi, comme le montre l’étude, la flore bactérienne buccale exerce des effets bénéfiques. Elle participe au contrôle de l’homéostasie cardiovasculaire dépendante de l’oxyde nitrique et module la tension artérielle [In contrast, our results presented herein support the notion that oral nitrate-reducing bacteria are beneficial to the host and participate in the control of cardiovascular NO homeostasis to modulate blood pressure].

A première vue, l’augmentation de tension artérielle qui fait suite à l’utilisation des bains de bouche antiseptiques peut paraître modeste: elle n’est, en moyenne, que de 2 à 3.5 mm Hg. En réalité, comme le font remarquer les auteurs, il est fort probable que l’implication soit défavorable. Une étude a montré que chaque élévation de tension artérielle systolique de 2 mm Hg augmente, respectivement, la mortalité par infarctus du myocarde et par maladie vasculaire cérébrale de 7 et 10% [Although the increases in blood pressure may seem small (Δ~SBP 2-3.5 mm Hg), it is estimated each 2 mm Hg increase in systolic blood pressure increases mortality due to ischemic heart disease and stroke by 7 and 10%, respectively (Lewington et al., 2002)].

A l’inverse, la réduction des nitrites par la flore bactérienne buccale apparaît bénéfique. Elle pourrait contribuer à diminuer, nettement, la morbidité et la mortalité cardiovasculaires. [Our study also suggests that oral nitrate reduction may play an important role in decreasing cardiovascular disease morbidity and mortality].

Ainsi, chez le sujet sain, l’utilisation régulière de bains de bouche antiseptiques mérite d’être déconseillée. Elle a de possibles implications négatives sur la santé cardiovasculaire [(Our study) intimates possible adverse cardiovascular effects of antiseptic mouthwash use in healthy individuals].

Posted in Effet bénéfique cardiovasculaire | Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés