Oxyde nitrique et vasodilatation hypoxique

Umbrello, M., Dyson, A., Feelisch, M. and Singer, M. (2013) The key role of nitric oxide in hypoxia: hypoxic vasodilation and energy supply-demand matching (REV1) Antioxidants and Redox Signaling 19, 1690-1710

(voir l'abstract ici)

Lorsque, dans un tissu, la fourniture énergétique ne répond plus aux besoins, une hypoxie s’installe. Il s’agit d’une réelle menace. L’hypoxie peut aboutir à la mort cellulaire, et à l’insuffisance fonctionnelle de tel ou tel organe.

Cependant, dans l’organisme, lorsque, pour une raison ou pour une autre, la concentration artérielle en oxygène commence à baisser, une réaction salutaire se produit. Elle comporte un accroissement du flux sanguin. Connue sous le nom de «vasodilatation hypoxique», la réaction favorise l’approvisionnement en oxygène.

On sait qu’en cas d’hypoxie, l’oxyde nitrique NO joue un rôle majeur. Il permet, en effet,

- d’augmenter les apports en oxygène, grâce à la vasodilatation  induite,

- de diminuer également la consommation d’oxygène, par une action spécifique sur les mitochondries.

Les auteurs [Milan, Londres et Southampton] proposent une revue synthétique, assez complexe, sur le sujet.

En cas d’hypoxie, l’oxyde nitrique NO agit de multiples manières:

1) Dans la mitochondrie, il entre en compétition avec l’oxygène, sur la cytochrome c oxydase [CcO] [NO reduces mitochondrial metabolic demand by competing with O2 at CcO].

2) Sur la membrane cellulaire, il augmente l’expression et l’activité des perméases du glucose, ou glucose transporteurs [GLUT carriers]. Dans le cytoplasme, il limite la synthèse de glycogène et inhibe l’activité de la pyruvate déshydrogénase [PDH]: d’où, au total, une plus grande disponibilité de la cellule en glucose.

3) Activant la guanylate cyclase soluble [sGC], il augmente la synthèse de guanosine monophosphate cyclique [cGMP].

a)   Dans les cellules musculaires lisses des vaisseaux, la guanosine monophosphate cyclique [cGMP] module les activités de la kinase et de la phosphatase des chaînes légères de la myosine [myosine light chain kinase (MLCK) – myosine light chain phosphatase (MLCP)]. Cette modulation se traduit par une moindre phosphorylation de la myosine; d’où finalement une vasodilatation [(cGMP), in turn, modulates MLCK and MLCP activities, resulting in less phosphorylation of myosin and, eventually, vasorelaxation].

b)  La guanosine monophosphate cyclique [cGMP] intervient également en ouvrant les canaux potassiques membranaires. Hyperpolarisant la membrane cellulaire, la sortie des ions K+ réduit le tonus vasculaire [NO can also cause vasodilation via cGMP-mediated opening of calcium-sensitive (KCa) and ATP-sensitive (KATP) potassium channels. When these ion channels open, the outward efflux of K+ hyperpolarizes the plasma membrane, reducing vascular tone].

 

4) L’oxyde nitrique NO active enfin les canaux ioniques indépendamment de la cGMP, en réagissant directement avec le groupement thiol des cystéines, d’où une S-nitrosylation [NO may also activate those ion channels in a cGMP-independent manner through direct S-nitrosylation of cysteine (SH) residues].

 

Comme on le voit, en cas d’hypoxie, l’effet de l’augmentation des teneurs en oxyde nitrique NO est triple. L’augmentation des teneurs en oxyde nitrique permet:  

- de réduire la consommation en oxygène,

- d’amplifier la production d’ATP provenant de la glycolyse

- d’induire une vasodilatation, qui accroît l’approvisionnement en oxygène et en nutriments

 

[The net effects of an increase in NO levels are reduced consumption of oxygen, increased glycolytic ATP production, and vasodilation that increases the supply of oxygen and nutrients].

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La conférence de Pittsburgh

A Pittsburgh [Pennsylvanie, USA], les 4 et 5 mai derniers, s’est tenu le 5ème symposium international consacré au rôle des ions nitrite et nitrate en physiologie, physiopathologie et thérapeutique [Fifth International Meeting on the Rôle of Nitrite and Nitrate in Physiology, Pathophysiology, and Therapeutics].

(voir le programme ici)

Depuis 2005, sur le sujet, les symposiums ont eu lieu tous les deux ans:

- le premier s’est tenu à Bethesda [Maryland, USA] (National Institutes of Health) les 8 et 9 septembre 2005,

- le deuxième dans la même cité américaine, les 6 et 7 septembre 2007,

- le troisième à Stockholm [Suède] au Karolinska Institute, les 17 et 18 juin 2009,

- le quatrième à Atlanta [Géorgie, USA], du 11 au 13 mai 2011 [Cf. rubrique du 25 avril 2011].

A Pittsburgh, six sessions se sont succédé. Dans le programme et pour cinq d’entre elles, les sessions 1, 2, 3, 5 et 6, les organisateurs scientifiques énoncent un certain nombre de questions qui restent en suspens et méritent une attention particulière.

Session 1: Transport des ions nitrite et nitrate chez l’homme

Alors qu’il est actuellement bien établi, puisqu’il s’agit de «réservoirs de NO» [major reservoirs for NO bioactivity], que les ions nitrate et nitrite jouent un rôle de premier plan dans la régulation du flux sanguin et celle de la tension artérielle, il importe désormais de déterminer comment les mêmes anions sont transportés et stockés.

Questions: 1) Comment les ions nitrite et nitrate rentrent-ils dans les cellules. Comment traversent-ils les membranes? 2) Comment s’effectue le transport actif de l’ion nitrate? 3) Comment s’effectue le contrôle du transport vers la mitochondrie? Les ions nitrate et nitrite sont-ils stockés dans la cellule. Si oui, comment?

Session 2: Mécanismes de l’activation des ions nitrite et nitrate

Questions: 1) Quelles bactéries sont précisément responsables de la réduction des ions nitrate en ions nitrite? D’autres mécanismes physiologiques non bactériens interviennent-ils? 2) Quels enzymes jouent le rôle le plus important lors de la réduction des ions nitrite en oxyde nitrique NO? 3) Comment peut-on expliquer l’éventuelle variabilité entre individus de l’efficacité des ions nitrate et nitrite?

Session 3: Ions nitrate et nitrite en pratique clinique

Au cours des douze derniers mois, les connaissances sur l’intérêt thérapeutique des ions nitrate et nitrite ont fait de remarquables  progrès [There has been remarkable progress in the development of nitrate and nitrite as therapeutics over the last 12 months].

Questions: 1) Quelles sont les limites posologiques? 2) Ions nitrate versus ions nitrite: Quels sont les avantages et désavantages respectifs des uns et des autres? 3) Quelles données pharmacologiques devraient avoir les meilleures applications thérapeutiques? 4) L’utilisation des ions nitrite en même temps que celle des inhibiteurs de la phosphodiestérase du type 5 est-elle bien sans danger? 5) L’efficacité des ions nitrate et nitrite dans le traitement de l’hypertension artérielle systémique comme dans celui de l’hypertension artérielle pulmonaire est-elle définitivement prouvée? 6) Quelles sont les nouvelles cibles thérapeutiques à envisager pour les deux ions?

Session 4: Nouveaux modèles précliniques (maladie de Crohn, syndrome métabolique, hypertension pulmonaire)

Session 5: Mécanismes d’action des ions nitrite et nitrate en aval

Questions: 1) Quand les ions nitrite sont-ils amenés à agir indépendamment de la guanosine monophosphate cyclique (cGMP). Et alors, comment? 2) Quels autres oxydes d’azote sont en mesure d’agir par l’intermédiaire de l’oxyde d’azote NO? Et alors, par quels mécanismes? 3) Quelles protéines subissent alors une modification? Par quels mécanismes spécifiques?

Session 6: Ions nitrite et nitrate et bioénergétique

Les douze derniers mois ont vu une explosion d’études consacrées aux effets des ions nitrate sur l’efficacité des performances physiques. Celle-ci est augmentée. L’ion nitrite augmente le flux sanguin dans les muscles, donc leur oxygénation. La consommation de nitrates s’est rapidement, peut-être d’ailleurs exagérément, propagée chez les athlètes professionnels et olympiques. D’où des questions sur sa sécurité et ses mécanismes d’action [The last year has seen an explosion of studies on the effects of nitrate on increasing exercise efficiency and performance; this has been coupled to studies showing that nitrite increases skeletal muscle blood flow and oxygenation. These studies have led to rapid and possibly extreme use of these agents by professional and Olympic athletes, raising critical questions about safety and mechanisms of action].

Questions: 1) Quels mécanismes moléculaires précis sont à l’origine des effets de l’ion nitrite sur la fonction mitochondriale? Comment la modification mitochondriale ainsi déclenchée se répercute-t-elle en physiologie sur la performance physique? 2) Un certain nombre d’études ayant porté sur l’effet des nitrates alimentaires sur la performance physique et les résultats s’étant avérés, parfois, divergents, comment explique-t-on les différences enregistrées? 3) Les ions nitrate et nitrite améliorent-ils réellement les performances physiques? Ont-ils été utilisés à l’excès lors des derniers Jeux olympiques?

Commentaire du blog

La liste des questions n’est pas exhaustive.

Dans la course scientifique aux informations nouvelles, il n’est jamais inutile de s’arrêter un instant, de faire le point, de considérer les questions restées en suspens.

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Bandelettes salivaires au nitrite et «statut NO»

Bien que de fiabilité ou d’intérêt assez inégaux, des bandelettes salivaires ont déjà été proposées pour:

- évaluer le pH salivaire,

- dépister une intoxication alcoolique (alcootest),

- dépister une consommation de cannabis,

- voire même, dans la mesure où la teneur en sel de la salive changerait qualitativement lors du cycle menstruel, prévoir une ovulation (OvuChek).

A cette liste peuvent maintenant s’ajouter des bandelettes salivaires qui, évaluant la concentration salivaire en nitrite NO2-, renseignent le sujet sur son «statut NO».

Le métabolisme des nitrates est, on le sait, très particulier. Après leur ingestion alimentaire et leur absorption dans l’estomac et la partie haute de l’intestin grêle, les ions nitrate NO3- arrivent dans le secteur plasmatique. La plus grande partie des nitrates plasmatiques sont éliminés passivement par voie urinaire. Cependant, après leur passage plasmatique, 25 % environ des nitrates ingérés sont pompés activement par les glandes salivaires et se retrouvent dans la salive. Après l’âge de six mois, la salive contient un grand nombre de bactéries: 108 germes ml-1. Dès lors, dans la cavité buccale, les nitrates NO3- salivaires sont, en partie, convertis en nitrites NO2- salivaires, avant la transformation en milieu acide, dans la cavité buccale (collet des dents) et dans l’estomac (suc gastrique), de ces mêmes ions nitrite NO2- en oxyde nitrique NO.

Le cycle entérosalivaire des nitrates et la conversion partielle des nitrates en nitrites dans la salive sont à l’origine, on le sait, des nombreux et importants effets bénéfiques des nitrates alimentaires.

Il est donc logique d’essayer d’évaluer, en pratique, la teneur en nitrite NO2- salivaire à l’aide de bandelettes salivaires appropriées. Aux Etats-Unis, deux bandelettes salivaires de ce type sont maintenant proposées au public:

- Les «Neogenis Test Strips» [Laboratoires Neogenis, Austin, Texas, USA]

- Les «Saliva Nitric Oxide Test Strips» du Berkeley TestR [Berkeley, Californie, USA]

1) Les «Neogenis Test Strips» ont été les premières disponibles (voir ici) (et voir là une brève présentation par le Dr Nathan Bryan).

Elles ont, en réalité, été conçues pour vérifier l’efficacité des tablettes de Neo40 Daily, riches en nitrate et commercialisées par les mêmes laboratoires Neogenis.

Le sujet doit être à jeun depuis au moins trois heures. Après s’être soigneusement lavé les mains, il dispose une goutte de salive à l’extrémité de la bandelette. En fonction de la teneur de la salive en nitrite, l’extrémité de la bandelette va changer de couleur, depuis le rose très pâle jusqu’au rose très foncé, proche du rouge. Quatre niveaux sont individualisés:

- < 0.92 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire nettement insuffisant («depleted»)

- de 1.15 à 4.6 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire insuffisant («low»),

- de 4.6 à 13.8 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire normal («normal»)

- et > 13.8 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire optimal («NEO optimal»).

S’il effectue le test salivaire avant la dissolution dans la bouche de la tablette de Neo40 Daily puis plusieurs heures plus tard, le sujet est en mesure d’apprécier l’utilité de cette dernière et de déterminer dans quelle mesure elle améliore son «statut en oxyde nitrique» [body’s Nitric Oxide status].

2) Les «Saliva Nitric Oxide Test Strips» du Berkeley TestR sont plus récemment proposées (voir ici) (et voir là).

Elles sont, avant tout, conçues pour aider les sportifs dans leur préparation athlétique.

La bandelette salivaire contient deux extrémités renflées. L’une des extrémités [the saliva absorption pad] est placée 3 à 5 secondes sur la langue de manière à prélever la salive. Puis la bandelette est pliée en deux. Les deux extrémités sont mises en contact l’une avec l’autre. Une pression douce est exercée pendant 3 à 5 secondes. La deuxième extrémité [the NO test pad] change alors de couleur en 45 secondes, du rose pâle au rose foncé, en fonction de la richesse de la salive en nitrite. Cinq niveaux sont individualisés

- 0.9 à 2 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire très insuffisant («depleted»),

- 3 à 7 mg NO2- l-1: taux de NO2- insuffisant («low»),

- 6à 12 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire seuil («threshold»),

- 15 à 20 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire cible («target»),

- 30 à 40 mg NO2- l-1: taux de NO2- salivaire élevé («high»).

Le Berkeley test constitue une aide pour le sportif. Il lui permet de mieux profiter des effets positifs d’une alimentation riche en légumes verts, c’est-à-dire riche en nitrate [Berkeley test has been providing inexpensive saliva Nitric Oxide Test Strips to athletes as part of their training program  so they can measure and monitor the positive effects of a whole food diet rich in nitric oxide-potent vegetables]. Avant un entraînement ou une épreuve sportive, l’athlète peut établir, grâce au test, son «statut NO». Si ce dernier est faible ou médiocre, il lui est alors possible de le renforcer, de l’optimiser en faisant appel à une supplémentation alimentaire appropriée, en l’occurrence en faisant appel à une supplémentation riche en nitrate [Elite athletes use Berkeley test to optimize their Nitric Oxide rich diets to complement their workouts]. Il est même possible, si nécessaire, d’effectuer les tests salivaires plusieurs fois par jour, en vue d’ajustements rapprochés [By tracking your saliva Nitric Oxide levels multiple times a day with the Berkeley testR, you can male immediate and real-time dietary lifestyle adjustements].

Aux dires du fabricant, plusieurs athlètes d’un certain renom sont intéressés par le Berkeley test et l’utilisent depuis plusieurs mois: notamment Sofia Oberg (800 et 1500 mètres), John Dahlz (triathlon), William Huffman (triathlon), Elisa Karhu (marathon), Tim Noonan (triathlon), Deborah Maier (course de fond).

Bien sûr, tout comme le «Neogenis Test Strip», le «Saliva Nitric Oxide Test Strip» du Berkeley TestR trouve également son utilité dans un contexte extra-sportif. Il favorise l’établissement continu d’un bon statut NO et contribue au maintien d’une bonne santé cardiovasculaire [Saliva Nitric Oxide Strips are intended to promote a healthy lifestyle that contributes to cardio health and wellness].

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Nitrate alimentaire et sport collectif

Wylie, L.J., Mohr, M., Krustrup, P., Jackman, S.R., Ermidis, G., Kelly, J., Black, M.I., Bailey, S.J., Vanhatalo, A. and Jones, A.M. (2013) Dietary nitrate supplementation improves team sport-specific intense intermittent exercise performance. European Journal of Applied Physiology 113, 1673-1684.

(voir l'abstract ici)

Comme l’ont montré certaines études, l’ingestion de nitrate alimentaire accroît de 15 à 25% le temps jusqu’à épuisement en cas d’exercice intense et soutenu [It has been shown that nitrate ingestion results in 15-25% increase in time-to-exhaustion during severe-intensity, constant work rate exercise]. Bien que la confirmation manque parfois chez l’athlète fortement entraîné [rubriques des 21 août et 1er décembre 2012], il semble bien qu’elle améliore aussi, d’ordinaire, de 1 à 2 % le temps nécessaire pour effectuer l’épreuve lorsque celle-ci appartient à un sport d’endurance, tels cyclisme, course à pied ou aviron [rubriques du 17 mai 2011, des 28 juin, 17 août et 1er septembre 2012] [In addition, some studies have reported a 1-2 % improvement in time-trial performance during high-intensity endurance exercise, although these findings have not been confirmed in well-trained athletes].

Sous forme de jus de betterave, la supplémentation en nitrate est rapidement devenue populaire dans les milieux sportifs [Cf. rubriques des 07 04 et 20 05 2013], l’espoir étant d’améliorer les performances individuelles [Consequently, nitrate supplementation, in the form of nitrate-rich beetroot products, has rapidly gained popularity as an ergogenic aid for athletic performance].

Les auteurs britanniques [Université d’Exeter, UK] se demandent si la supplémentation en nitrate serait ou non susceptible d’améliorer les performances dans des sports collectifs tel le football, au cours desquels l’effort est à la fois intense et intermittent.

Ils recourent à un test connu pour être sensible et reproductible, le «Yo-Yo Intermittent Recovery, level 1 (IR1) test», décrit par Krustrup et coll. il y a dix ans (2003). Il consiste à effectuer des courses répétées sur une longueur de 20 mètres à des vitesses progressivement croissantes et contrôlées par des signaux sonores émis par un baladeur CD. Chaque séquence de course est interrompue par une phase de 10 secondes de récupération active, durant laquelle le sujet trottine autour d’un point situé 5 mètres derrière la ligne de départ. Quand, à deux reprises, le sujet ne parvient pas à atteindre la ligne d’arrivée à temps, la distance parcourue, enregistrée, constitue le résultat du test.

Quatorze hommes jeunes, âgés en moyenne de 22 ans, adeptes, pour leur loisir, de sports d’équipe [recreational team-sport players] participent à l’étude. Randomisée, celle-ci est effectuée en double-aveugle et cross over.

Les sujets reçoivent:

- soit un jus de betterave artificiellement dépourvu de nitrate, après action d’une résine échangeuse d’ions [groupe placebo, PL]

- soit un jus de betterave très riche en nitrate, contenant 3628 mg NO3- l-1 [produit commercialisé au Royaume-Uni sous le nom de «Beet it» (James White Drinks Ltd, Ipswich, UK) (Cf. rubrique du 07 04 2013)] [groupe «beetroot», BR]

La veille de l’épreuve, les sujets ingèrent à deux reprises 140 ml de jus de betterave, une fois le matin (10 heures), une fois le soir (19 heures). Le jour de l’épreuve, ils ingèrent 140 ml de jus de betterave 2 heures et demie avant le «Yo-Yo Intermittent Recovery test». Ils ingèrent à nouveau 70 ml de jus de betterave 1 heure et demie avant le test. Les sujets sous concentré de betterave [«Beet it»] ingèrent ainsi un total de 1778 mg de nitrate NO3- au cours des 36 heures précédant le test.

Au repos, avant l’épreuve, dans les groupes PL et BR, la concentration plasmatique en nitrate NO3- est, en moyenne et respectivement, de 1.5 et de 46.5 mg NO3- l-1. La concentration plasmatique moyenne en nitrite NO2- est alors, en moyenne et respectivement, de 5 et 23 μg NO2- l-1. Elle est plus de 4 fois supérieure chez les sujets sous «Beet it» que chez les sujets sous placebo [Resting plasma nitrite concentration was ~ 400% greater in BR compared to PL].

Entre le début et la fin du test, dans les groupes PL et BR, la concentration plasmatique en nitrate NO3- augmente, en moyenne et respectivement, de 0.27 [17 %] et 4.45 [~10 %] mg NO3- l-1, tandis que la concentration plasmatique en nitrite NO2- subit un sort inverse, diminuant, en moyenne et respectivement, de 0.9 [~20 %] et 13 [~54%] μg NO2- l-1.

A cours du «Yo-Yo Intermittent Recovery test», les performances sont, en moyenne, plus marquées chez les sujets soumis au jus de betterave riche en nitrate [groupe BR] que chez les sujets soumis au jus de betterave sans nitrate [groupe PL]. La distance finale retenue est, en moyenne, de 1636 mètres chez les sujets du groupe placebo (PL] et de 1704 mètres chez les sujets du groupe «Beet it» [groupe BR]. La différence est de 4 %. Elle est statistiquement significative (P <0.05).

La supplémentation orale en ions nitrate NO3- semble ainsi améliorer la production d’oxyde nitrique NO par la voie nitrate-nitrite-NO. Les nitrates alimentaires pourraient améliorer la performance physique, non seulement lorsque l’exercice est intense et soutenu, mais également, on le voit, lorsqu’il est intense et intermittent. Les adeptes de sports d’équipe tels le football, le rugby, le basket-ball, le hand-ball ou le volley-ball pourraient en tirer bénéfice [Dietary NO3- supplementation improves performance during intense intermittent exercise and may be a useful ergogenic aid for team sports player].

Commentaire du blog

Les flacons de Beet it (70 ml) utilisés dans cette expérience ont apporté ~ 4.1 mmol, soit ~ 254 mg de nitrate NO3-. La quantité de nitrate apportée par chaque flacon est ainsi, notons-le, inférieure aux 300 mg de nitrate NO3- annoncés officiellement pour le Beet it organic par le fabricant (James White Drinks Ltd).

Du moins lorsqu’il est pratiqué en simple, le tennis n’est ni un sport d’équipe ni un sport collectif. L’effort n’en est pas moins intense et intermittent. Le tennis pourrait être également concerné par l’étude britannique.

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Oxyde nitrique, nitrite, nitrate et service d’urgence

Mian, A.I., Aranke, M. and Bryan, N.S. (2013) Nitric oxide and its metabolites in the critical phase of illness: rapid biomarkers in the making. The Open Biochemistry Journal 7, 24-32

(voir l'abstract ici)

Les auteurs texans [Houston et Austin, Texas, USA] partent du constat qu’aux Etats-Unis la crise économique se traduit actuellement, entre autres conséquences, par un afflux de patients dans les services d’urgence [In fact, with the advent of the economic recession in the U.S. and concomitant loss of health insurance in families, usage of the emergency department [ED] has increased tremendously].

A l’instar de l’augmentation de la créatininémie, dont on se sert pour dépister les perturbations de la fonction rénale et qui, en règle générale, ne se dépiste qu’après 72 heures d’insuffisance rénale aiguë, un bon nombre des tests de laboratoire pratiqués en situation d’urgence ne deviennent positifs que relativement tardivement [Much of the current laboratory testing is cost and time inefficient and presents detectable amounts of the biomarker only in the later periods of the pathological cycle. For example, the most prevalent traditional marker of renal dysfonction and the gold-standard, serum creatinine, can take up to 72 hours to rise in early acute renal failure (acute kidney injury)].

Les auteurs se demandent si, chez les sujets atteints d’affections aiguës, l’étude des taux d’oxyde nitrique NO et de ses métabolites, c’est-à-dire les nitrites NO2- et les nitrates NO3-, ne pourrait pas avoir ainsi une utilité pratique.

Ils passent en revue les travaux ayant concerné les modifications des taux d’oxyde nitrique NO et de ses métabolites, les nitrites et les nitrates, au cours

- des maladies inflammatoires,

- de la grippe et de l’infection par le virus respiratoire syncytial,

- de la méningite bactérienne,

- de la crise d’asthme,

- de l’insuffisance rénale aiguë,

- du sepsis et du choc septique,

- de l’infarctus du myocarde.

Au terme de leur revue, les auteurs américains pensent qu’à l’avenir la mesure des teneurs en oxyde nitrique NO, ou la mesure des teneurs de ses métabolites, les nitrites et les nitrates, pourraient s’inviter parmi les examens de laboratoire à la disposition des urgentistes.

La mesure du taux de NO dans l’air expiré est immédiatement disponible. Elle pourrait permettre d’apprécier l’importance de l’inflammation des voies aériennes au cours d’une crise d’asthme [Measured exhaled NO (feNO) concentration is immediately available and may be a reliable tool for assessment of airway inflammation in an acute asthma exacerbation].

La mesure, par chromatographie en phase liquide à haute performance (CLHP), des concentrations de nitrate et nitrite [NOx] dans le plasma, l’urine, les sécrétions nasales ou le liquide céphalorachidien a pour avantage de se faire rapidement. Le résultat est obtenu en moins de dix minutes [Concentration of NOx in multiple biological samples (plasma, urine, nasal secretion, CSF) measured via HPLC can also be reliably obtained in a rapid manner since the HPLC run per sample takes an average of 8 minutes].

Mais, comme les auteurs le signalent, les résultats de ces diverses mesures ne se contentent pas de refléter l’activité des NO synthases. [NOx concentration cannot be an entirely accurate measure of NO synthase functionality]. Les concentrations de nitrite et de nitrate dans le plasma et les urines dépendent aussi

- de la fonction rénale

- et des apports alimentaires.

La méthode a donc ses limites.

En outre, les modifications des teneurs en NO et en ses métabolites, les nitrites et les nitrates, ne sont pas spécifiques. Aux yeux des auteurs, il ne s’agit pas, à terme, de remplacer les tests actuellement utilisés dans les services d’urgence, mais seulement de fournir aux urgentistes d’intéressants moyens d’investigation supplémentaires [Given the non-specific nature of NO and its metabolites, they will be unlikely to entirely replace pre-existing tests. Hence, this type of analysis should be in addition to the standard diagnostics and biomarkers].

Les auteurs encouragent les recherches en ce domaine. Leur espoir est qu’à l’avenir on puisse mieux préciser les diagnostics, les stades évolutifs et les pronostics de diverses affections aiguës [Developing standard protocols for the aforementioned disease states, centered on concentrations of NO and its metabolites, can prove to revolutionize diagnostics and pronostication along a spectrum of clinical care].

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Les nitrites volatils des «poppers»

McCabe, A., McCann, B. and Kelly, P. (2012) Pop goes the O2: a case of popper-induced methaemoglobinaemia. BMJ Case Reports; doi:10.1136:bcr-2012-007176

(voir l'abstract ici)

Les auteurs irlandais rapportent le cas d’un homme âgé de 39 ans adressé aux urgences hospitalières en raison d’une chute dans le cadre d’une forte intoxication alcoolique.

Agité, le patient se plaint de céphalées. Il est apyrétique (36°7). Sa tension artérielle est normale (135/87). L’alcoolisme est connu pour être ancien.

On note deux faits inattendus:

- Les lèvres du patient sont cyanosées [He had blue discoloration to his lips]

- Alors qu’il est sous oxygénothérapie, sa saturation en oxygène n’est que de 86% [His oxygen saturation was 86%, despite being administered 100% oxygen through a non-rebreather mask].

Aucune obstruction des voies aériennes n’est observée. Le scanner crânien ne détecte aucune lésion cérébrale aiguë.

La cyanose et la faible saturation en oxygène sont expliquées par les gaz du sang artériel. Il existe, en effet, une élévation du taux de méthémoglobine. Celui-ci est évalué à 14%.

A titre thérapeutique, les médecins ajoutent à l’oxygénothérapie l’administration de 10 ml de bleu de méthylène à 1%.

L’évolution est régressive. Comme les gaz du sang vérifiés ultérieurement permettent de le vérifier, le taux de méthémoglobine redevient normal: 0.8%.

Interrogé à distance de son épisode ébrieux, le patient reconnaît avoir utilisé illégalement, la nuit antérieure, des «poppers», ainsi d’ailleurs que, précédemment, de la cocaïne [This time, he admitted to use illegal poppers the night before and use of cocaine in the past].

Les auteurs rappellent que le taux normal de méthémoglobine est compris entre 0 et 2%.

La méthémoglobinémie est rarement consécutive à des anomalies congénitales de l’hémoglobine. Chez l’adulte, elle est généralement acquise et secondaire à l’effet oxydant de substances exogènes tels divers anesthésiques locaux (lignocaïne, prilocaïne), la dapsone, les sulfonamides ou la phénacétine [In a acute presentation, methaemoglobinaemia is generally acquired, secondary to the oxidising effects of exogenous substances including local anaesthetic agents (lignocaine, prilocaine), dapsone, sulphonamides and phenacetin].

Les principaux agents à usage récréatif en cause dans l’apparition des méthémoglobinémies de l’adulte sont

- les nitrites volatils présents dans les «poppers»,

- ainsi que la cocaïne, lorsque celle-ci est frelatée, du fait de l’adjonction d’anesthésiques locaux ou de phénacétine

[The primary recreational agents which cause methaemoglobinaemia are volatile nitrite (poppers) and cocaine which have been adulterated with agents such as local anaesthetics or phenacetin].

On sait que, depuis les années 1970, les nitrites volatils (notamment les nitrites d’isopropyle, d’isobutyle, de butyle et d’amyle) sont utilisés de manière croissante dans un but récréatif, du fait de leurs effets vasodilatateurs. Ils sont connus dans le public sous le nom de «poppers». Comme ils induisent un relâchement du sphincter anal, ils ont tendance à être spécialement utilisés dans le milieu homosexuel [In particular, their use is prevalent among men who have sex with men as they act as anal sphincter relaxant and heighten sexual experiences].

Le bleu de méthylène, ou chlorure de méthylthioninium, s’administre par voie intraveineuse, en une durée de 5 minutes, à la dose de 1 à 2 mg kg-1. Comme donneur d’électrons, le chlorure de méthylthioninium réduit efficacement le Fe3+ de la méthémoglobine en Fe2+ de l’hémoglobine. L’amélioration clinique survient habituellement en moins d’une heure. Dans les cas sévères, l’administration de bleu de méthylène doit cependant être répétée.

Commentaire du blog

Rappelons que dans les tout premiers mois de l’existence, l’activité de la méthémoglobine-réductase est limitée, environ deux fois plus faible que celle de l’adulte. Le nourrisson est ainsi tout particulièrement exposé au risque de méthémoglobinémie induite par les nitrites. Chez le nourrisson, une méthémoglobinémie peut apparaître après l’ingestion d’un biberon préparé avec une eau de puits riche en nitrite NO2-, c’est-à-dire après l’ingestion d’une eau de puits contenant à la fois des ions nitrate NO3- et une très forte pullulation bactérienne [>106 germes ml-1].

Par contre, jamais une seule méthémoglobinémie du nourrisson, même bénigne, n’a pu être scientifiquement attribuée à l’ingestion d’un biberon préparé avec une eau d’adduction publique, quelle qu’ait pu être, par ailleurs, sa concentration en nitrate. L’eau d’adduction publique est, en effet, toujours bactériologiquement contrôlée [<102 germes ml-1]. Les nitrates du biberon ne peuvent, alors, être transformés en nitrite (Cf. rubriques du 7, 11 et 14 mai 2010).

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Nitrates alimentaires et diabète de type 2

Gilchrist, M., Winyard, P.G., Aizawa, K., Anning, C., Shore, A. and Benjamin, N. (2013) Effect of dietary nitrate on blood pressure, endothelial function, and insulin sensitivity in type 2 diabetes. Free Radical Biology and Medicine 60C, 89-97

(voir l'abstract ici)

Les régimes alimentaires riches en légumes verts sont connus pour exercer un effet hypotensif et réduire le risque cardiovasculaire [Diets rich in green, leafy vegetables have been shown to lower blood pressure and reduce the risk of cardiovascular disease]. Les légumes verts, tout comme les betteraves, sont particulièrement riches en ions nitrate NO3-. Chez le sujet sain et par l’intermédiaire d’une réduction de l’ion nitrate NO3- en ion nitrite NO2- puis en oxyde nitrique NO, la supplémentation alimentaire en nitrate tend à abaisser la tension artérielle. Elle améliore la fonction endothéliale [Green, leafy vegetables and beetroots are particularly rich in organic nitrate. Dietary nitrate supplementation, via sequential reduction to nitrite and NO, has previously been shown to lower blood pressure and improve endothelial function in health humans].

Une équipe britannique [Université d’Exeter, Royaume-Uni] cherche à vérifier si les bénéfiques cardiovasculaires de la supplémentation alimentaire en nitrate ainsi constatés chez le sujet sain s’observent également chez le patient atteint de diabète de type 2.

On sait que le diabète de type 2 se caractérise par une hyperglycémie par résistance à l’insuline. En résultent toutes sortes de complications micro- et macro-vasculaires. Le risque d’apparition des maladies coronariennes, des artériopathies et des affections cérébrovasculaires est multiplié par 3 (entre 2 et 4). La mortalité cardiovasculaire est multipliée par 4. L’hypertension artérielle qui accompagne volontiers le diabète de type 2 joue un rôle de premier plan dans l’accentuation des risques [The hypertension which typically accompanies type 2 diabetes mellitus appears to be the most significant contributor to this increased risk].

27 patients [18 hommes et 9 femmes], dont l’âge moyen est de 67 ans, participent à l’étude. Tous les patients sont atteints de diabète de type 2. Ou bien ils ont une tension artérielle supérieure à 125/85 mm Hg, ou bien ils reçoivent un traitement anti-hypertenseur.

L’étude randomisée, en double aveugle et crossover, compare deux régimes de 15 jours. L’un comprend l’ingestion de 250 ml par jour d’un jus de betterave déplété en nitrate, l’autre l’ingestion de 250 ml par jour d’un jus de betterave riche en nitrate. Le premier régime apporte 0.12 mg NO3- j-1, le second 465 mg NO3- j-1.

Au 15ème jour, la concentration plasmatique en nitrate est, en moyenne, de 1.9 mg NO3- l-1 chez les sujets du premier groupe, de 9.3 mg NO3- l-1 chez les sujets du second. La concentration plasmatique en nitrite est, en moyenne, de 10.7 μg NO2- l-1 chez les sujets du premier groupe, de 17.9 μg NO2- l-1 chez les sujets du second.

Au 15ème jour, chez ces sujets diabétiques, les auteurs ne constatent aucune répercussion des apports en nitrate sur la tension artérielle, la fonction endothéliale et la sensibilité à l’insuline.

Vérifiée en ambulatoire, la tension artérielle systolique est, en moyenne, de 134.6 et de 135.1 mm Hg dans le premier et le deuxième groupes. La différence n’est pas significative.

La fonction endothéliale macrovasculaire est mesurée, à l’artère brachiale, par un procédé de dilatation flux-dépendante. Elle n’est pas modifiée par le régime riche en nitrate. Il en est de même pour la fonction endothéliale microvasculaire, mesurée par un procédé d’iontophorèse à l’acétylcholine.

Pour évaluer la sensibilité à l’insuline, les auteurs utilisent la méthode du clamp euglycémique hyperinsulinémique. Elle consiste à mettre en place une perfusion d’insuline à débit constant, de manière à induire un hyperinsulinisme, et à mettre parallèlement en place une perfusion de glucose pour stabiliser la glycémie à 1 g/l. Plus il consomme de glucose pendant le clamp, plus le sujet est considéré comme sensible à l’insuline. Les auteurs notent que le régime riche en nitrate ne modifie pas de façon évidente la sensibilité à l’insuline. La consommation en glucose est évaluée, en moyenne, à 5.8 mg/kg/min dans le premier groupe, à 6.00 mg/kg/min dans le second. La différence n’est pas statistiquement significative.

Ainsi, les effets bénéfiques cardiovasculaires de la supplémentation alimentaire en nitrate constatés chez le sujet sain ne semblent pas s’observer de la même manière chez le patient atteint de diabète de type 2. Il est possible qu’une telle constatation négative s’explique par une moindre réactivité vasculaire dans le cadre du diabète de type 2, à moins qu’il ne s’agisse d’une moindre réactivité vasculaire liée à l’âge. Il en résulterait une moindre réponse vasculaire à la présence d’oxyde nitrique NO [This may reflect diminished vascular reactivity in type 2 diabetes, or with ageing, and particularly impaired responsiveness to NO].

Il conviendrait cependant, maintenant, d’envisager en ce domaine des travaux de durée plus prolongée. Les 15 jours de la présente étude sont peut-être insuffisants [The effect of longer term dietary nitrate supplementation on vascular function and cardiovascular outcomes is unknown at present and remains worthy to further consideration based on epidemiological evidence linking green leafy vegetable consumption to reduced cardiovascular risk].

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Chez le patient atteint de diabète de type 2  il conviendrait aussi, peut-être, d’étudier les effets d’apports en nitrate plus importants, aux alentours de 1000 mg de NO3- j-1 par exemple. De tels apports seraient susceptibles de faire monter les concentrations plasmatiques en nitrite jusqu’à une trentaine de μg NO2- l-1.

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400 mg de nitrate dans Fit Rabbit

(voir la documentation en allemand ici)

(et là)

Implantée à Hofkirchen im Traunkreis, commune autrichienne du district de Rohrbach (dans le land de Haute-Autriche), la Maison «Voglsam GmbH – Hasenfit BIO-Fruchtsäft» commercialise, à l’intention des sportifs, un nouveau supplément alimentaire riche en nitrate: le Fit Rabbit.

Ce produit est un jus de betterave concentré, auquel, pour une question de goût, ont été ajoutés une pointe de jus de citron et un peu de guarana. Originaire de l’Amazonie brésilienne, connu également sous le nom de «Wara», le guarana a pour particularité de former des graines à très haute concentration en caféine.

Dans les 80 ml de jus de betterave «amélioré» de ce produit, on trouve 400 mg de nitrate NO3-. La concentration en nitrate est de 5000 mg NO3- l-1.

Il n’est pas nécessaire de conserver le produit au réfrigérateur. Il est cependant plus agréable à boire s’il reste froid.

Dans la présentation commerciale qu’elle en fait, la société décrit son produit comme un «NO-booster», à prendre 1 à 3 heures avant l’épreuve sportive ou la séance d’entraînement. Un entraînement précédé de l’ingestion du produit serait, à ses yeux, l’équivalent d’un entraînement effectué en altitude.

De même, un certain nombre de sportifs seraient des adeptes du Fit Rabbit autrichien. Les noms mis en avant sont les suivants: Thomas Bravo, Thomas Engelbrechtslehner, Holger Solbach, Hendrik Auf’mkolk, Mag Tanja Starl, Gerd Dietrich-Rosenbrok et Thomas Bosnjak, dit «B’jak», célèbre coureur autrichien de «trail» (semi-marathon, marathon, ultra-marathon, raid de plusieurs jours).

Le produit est sur la «Cologne liste», une liste conçue pour permettre aux athlètes de réduire leur risque de se voir involontairement accusé de dopage.

Fit Rabbit vient s’ajouter aux produits de nutrition riches en nitrate déjà connus, dont la rubrique du 7 avril 2013 fournit une présentation: Beet it Organic, Beet it Sport et GO Plus Nitrates.

Avec ses 5000 mg NO3- l-1, Fit Rabbit n’est pas le produit dont la concentration en nitrate NO3- est la plus élevée; la concentration en nitrate NO3- de Beet it Sport lui est, en effet, supérieure: 5714 mg NO3- l-1. Les concentrations en nitrate NO3- de Beet it Organic et de GO Plus Nitrates sont, par contre, moindres: respectivement 4285 et 4167 mg NO3- l-1.

Avec ses 80 ml, Fit Rabbit contient davantage de produit de nutrition que les trois autres: Beet it Sport, Beet it Organic et GO Plus Nitrates, qui en contiennent respectivement 70, 70 et 60 ml.

Avec ses 400 mg de nitrate NO3-, Fit Rabbit apporte autant de nitrate NO3- que Beet it Sport [400 mg NO3-], mais plus de nitrate que Beet it Organic [300 mg NO3-] et GO Plus Nitrates [250 mg NO3-].

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On l’aura remarqué, les concentrations en nitrate NO3- de ces différents produits diététiques, mis sur le marché pour leur effet favorable sur les performances sportives, sont 114, 100, 86 et 83 fois plus importantes que la limite administrative de 50 mg NO3- l-1, artificiellement fixée pour l’eau d’adduction publique par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1971 ainsi que, quelques années plus tard, par le Conseil des Communautés européennes en 1980. Depuis, plus de 30 années se sont écoulées. Malgré toutes les données scientifiques à leur disposition, les autorités sanitaires n’ont jamais accepté de reconsidérer leur position.

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N° 300: Nitrates et rhumatismes inflammatoires au dix-neuvième siècle

Le blog «Nitrates et santé» parvient aujourd’hui à sa trois-centième rubrique. Il saisit l’occasion pour présenter un article britannique paru au dix-neuvième siècle, il y a cent soixante-quatre ans. L'article mérite de trouver une place dans l’histoire des nitrates.

Basham, W.R. (1849) On the employment of nitrate of potash in acute rheumatism, with suggestions for the use of saline solutions as external applications in local rheumatic inflammation. Medico-Chirurgical Transactions 32, 1-25.

(voir l'article entier ici)

Au dix-neuvième siècle, William Richard Basham (1804-1877) était un médecin de renom du «Westminster Hospital». Le célèbre hôpital londonien était, à l’époque, situé en plein cœur de la capitale, en face de l’abbaye de Westminster, dont il n’était séparé que par le «Broad Sanctuary».

Relatant son expérience de clinicien, William Richard Basham attire l’attention de ses collègues sur l’intérêt du nitrate de potassium [KNO3] dans le traitement des pathologies articulaires inflammatoires.

En réalité, il ne cherche pas à se présenter comme un novateur:

• La première autorité médicale qui ait préconisé l’emploi du nitre (ou nitrate de potassium) dans le rhumatisme aigu [acute rheumatism] fut ainsi le docteur Brocklesby, dans: «Oeconomical and Medical Observations», en 1764.

• Quelques années plus tard, en 1772, dans un autre ouvrage: «A Methodical Introduction to the Theory and Pratice of Physic», le docteur Macbride plaidait pour le recours à des doses plus importantes de nitre (ou de nitrate de potassium). Pour traiter la fièvre des affections inflammatoires, notamment celle du rhumatisme articulaire aigu […in fever of the inflammatory species, and particularly in rheumatic fever], il recommandait des doses quotidiennes de KNO3 allant de 6 à 10 drachmes, soit de 19.4 à 32.4 grammes.

• En France, en 1843, Matin Solon présentait également, devant l’Académie Royale de Médecine, 33 cas de rhumatisme articulaire aigu traités avec succès avec des doses quotidiennes de nitrate de potassium KNO3 comprises entre 14.7 et 56.7 grammes.

Fort de ces références, W.R. Basham utilise, au «Westminster Hospital», pour le traitement du rhumatisme aigu, du nitrate de potassium KNO3 à des doses orales quotidiennes comprises entre une et trois onces, c’est-à-dire entre 28.3 et 85.1 grammes.

Il se montre satisfait à la fois de l’efficacité et de la tolérance des prescriptions.

L’inflammation clinique des articulations, dit-il, s’en trouve souvent améliorée [The internal use of the nitrate relieves, in a most marked manner, the swelling, heat, and pain of the joints in this disease]. On ne note jamais de nausées ni de vomissements. Seuls sont parfois observés des phénomènes diarrhéiques mineurs et transitoires, qu’accompagnent quelques douleurs abdominales [In a few cases pinching or griping pains of the abdomen, with a few watery evacuations which have quickly ceased on discontinuing the salt, are the only unpleasant or undesirable effects that I have witnessed].

Dans la même indication, l’auteur utilise aussi le nitre, ou nitrate de potassium KNO3, en application locale, sous forme de fomentation [saline fomentation]. Il se déclare, également, satisfait du résultat. Selon lui, certains patients apparaissent nettement et rapidement soulagés [Many rheumatic patients […] have declared that they marvelled at the speedy abatement of the pain, redness, and swelling, for they had never experienced such unexpected relief before].

Commentaire du blog

Le diagnostic décrit ici sous le nom de “acute rheumatism” est imprécis. On peut supposer que certains patients souffraient de rhumatisme articulaire aigu, tandis que d’autres avaient des rhumatismes inflammatoires plus chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde, le rhumatisme psoriasique ou la spondylarthrite ankylosante.

On sera prudent dans l’interprétation des résultats cliniques. Leur présentation n’est pas rigoureuse.

Par contre, on constatera que des doses orales pouvant aller jusqu’à 85 grammes de KNO3, soit 52 grammes de NO3-, ont été, dans l’ensemble, bien tolérées par les patients du «Westminster Hospital». Ils n’enregistrèrent aucun phénomène indésirable majeur.

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Supplémentation en nitrate et force musculaire

Fulford, J., Winyard, P.G., Vanhatalo, A., Bailey, S.J., Blackwell, J.R. and Jones A.M. (2013) Influence of dietary nitrate supplementation on human skeletal muscle metabolism and force production during maximum voluntary contractions. Pflügers Archiv – European Journal of Physiology 465, 517-528

(voir l'abstract ici)

Les effets de l’oxyde nitrique NO sur la production de force musculaire ne sont pas encore parfaitement déterminés. Certaines études effectuées in vitro ont montré que l’oxyde nitrique NO diminuerait la production de force musculaire lors de contractions isométriques, lorsque la contraction du muscle s’effectue sans modification de sa longueur [However, the effect of NO on muscle production is equivocal. Studies have shown that NO depresses force output during isometric contractions in single-muscle fibres and in muscle fibre bundle preparations]. Inversement, si l’on en croit une étude récente effectuée chez la souris, puisqu’elle apporte le NO par la voie Nitrate-Nitrite-NO, l’ingestion de nitrate à la dose de 232 μg NO3- j-1 renforcerait la force contractile des muscles à fibres rapides [rubrique du 16 février 2013]

Les auteurs britanniques [Université d’Exeter, Royaume-Uni] se proposent d’examiner, ici chez l’homme, les effets de la supplémentation alimentaire en nitrate sur la force musculaire.

Huit sujets, de 24 ans en moyenne, de sexe masculin, physiquement actifs mais non spécialement entraînés, participent à une étude randomisée, double aveugle et crossover.

Ils consomment pendant 15 jours

- soit 500 ml par jour, en deux prises, l’une matinale, l’autre vespérale, d’un jus de betterave soumis à une déplétion en nitrate. Le jus de betterave ne leur apporte que quelque 5 mg NO3- j-1 [groupe placebo PL]

- soit 500 ml par jour, en deux prises, l’une matinale, l’autre vespérale, d’un jus de betterave riche en nitrate. Celui-ci leur apporte 316 mg NO3- j-1 [groupe BR (pour «beetroot»)].

Deux heures et demie, cinq jours, et également quinze jours après le début de la période de supplémentation, les sujets effectuent une série de 50 contractions isométriques, maximales et volontaires, du quadriceps droit.

Chez les sujets du groupe BR, aux trois contrôles de 2h1/2, 5j et 15j, la concentration plasmatique en nitrite NO2- est élevée. Comparativement aux conditions de départ, elle est augmentée, en moyenne et respectivement, de 97, 79 et 92%.

• La supplémentation alimentaire en nitrate, qui augmente très vraisemblablement la biodisponibilité en oxyde nitrique NO, n’exerce pas d’influence particulière sur la force musculaire. Aucun effet significatif n’est enregistré à chacun des trois temps de l’expérience [No significant BR supplementation effect was found relative to PL for the peak contraction, the mean force, the end force, the end force as a percentage of the maximum or the fatigue index. No significant time effect was found for either BR or PL condition over the course of the supplementation period for any of the variables […] The results of this study suggest that, under physiological conditions, up to 15 days of NO3- supplementation, which was associated with elevated plasma [NO2-], did not result in a reduction of force-generating capability in skeletal muscle].

• Par ailleurs, on sait que le muscle au repos contient une importante réserve de phosphocréatine. Cette réserve sert à la formation locale d’ATP, la catalyse de la créatine phosphoryltransférase ayant pour effet connu de transférer le groupe phosphoryle de la phosphocréatine vers l’ADP.

A la fin des 50 contractions musculaires volontaires maximales, il apparaît aux auteurs, par comparaison avec ce qu’ils observent chez les sujets du groupe placebo [groupe PL], que le coût en phosphocréatine est diminué chez les sujets du groupe BR, c’est-à-dire ceux qui ont bénéficié de la supplémentation orale en nitrate NO3- [The assessment of muscle energy metabolism during exercise revealed, however, that the phosphocreatine (PCr) cost of maximal force production was reduced following NO3- supplementation at the end of 50 consecutive maximal voluntary contractions].

Si elle maintient l’aptitude du muscle à produire la force sans cependant la majorer, la supplémentation orale en nitrate NO3- semble, par ailleurs, réduire le coût en phosphocréatine durant l’effort. La supplémentation orale en nitrate NO3- pourrait ainsi conférer au muscle une meilleure efficacité énergétique […indicative of improved muscle efficiency].

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