Enfant, trouble respiratoire obstructif du sommeil et NO

Kaditis, A., Alexopoulos, E., Ntamagka, G., Chaidas, K., Karathanasi, A., Gougoura, S., Papathanasiou, A. A., Liakos, P., Zintzaras, E. and Gourgoulianis, K. (2010) Serum nitrite and nitrate levels in children with obstructive sleep-disorder breathing. Sleep Medicine 11, 258-262.

(voir l'abstract ici)

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil est fréquent; sa prévalence avoisinerait celle du diabète ou celle de l’asthme.

Les épisodes d’occlusion des voies aériennes supérieures sont à l’origine d’épisodes d’hypoxie et d’hypercapnie.

On sait maintenant que ce syndrome constitue un facteur de risque cardiovasculaire, venant s’ajouter aux facteurs traditionnels: obésité, hypertension, hyperlipidémie, tabagisme. Des études récentes montrent qu’il favorise l’apparition de l’hypertension artérielle, des maladies coronariennes, de l’insuffisance cardiaque ; il est ainsi associé à une élévation de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaires.

Plusieurs équipes ont déjà procédé à des mesures des taux plasmatiques de nitrate et de nitrite (NOx), le matin au réveil, chez des adultes atteints d’apnées obstructives du sommeil: Schulz et coll., 2000 ; Ip et coll., 2001 ;  Teramoto et coll., 2003 ; Ozkan et coll., 2008 ; Alonso-Fernadez et coll., 2009. Les études ont, toutes, montré, par rapport aux sujets témoins, une diminution de ces taux plasmatiques. Par contre, la diminution n’est plus constatée si, au cours de la nuit précédente, les mêmes sujets sont soumis à un traitement par ventilation nasale spontanée en pression positive (Schultz et coll., 2000; Ip et coll., 2001; Alonso-Fernadez et coll., 2009)

Les auteurs grecs de cet article (Larissa, Thessalie) remarquent qu’aucune étude sur le sujet n’a, jusqu’à présent, eu lieu chez l’enfant. Ils regroupent donc 97 enfants souffrant de troubles respiratoires obstructifs du sommeil. Leur âge moyen est de 6 ans. 54 d’entre eux n’ont qu’une discrète hypoxémie nocturne, la saturation de l’hémoglobine en oxygène mesurée par oxymétrie de pouls pouvant, chez eux, baisser jusqu’à 91 %. 43 enfants ont une hypoxémie nocturne plus prononcée, qualifiée de «modérée à sévère», la saturation de l’hémoglobine en oxygène pouvant, chez eux, baisser jusqu’à 86 %. Vingt enfants de même âge, indemnes de troubles respiratoires obstructifs du sommeil, constituent le groupe de référence.

Les mesures des taux plasmatiques de nitrite NO2- et de nitrate/nitrite (NOx) sont effectuées le matin à jeun, et les résultats soumis à une transformation logarithmique [«Nitrite and NOx levels were ln-transformed to approach a normal distribution»]. Par comparaison à celles des sujets témoins, les teneurs plasmatiques en nitrite NO2- et en nitrate/nitrite (NOx) des enfants atteints de troubles respiratoires obstructifs du sommeil sont trouvées, dans l’ensemble, diminuées.

Plus l’hypoxémie nocturne est prononcée, plus les taux plasmatiques des métabolites du NO sont bas. Par contre, chez ces enfants, la baisse des taux plasmatiques de nitrite et de NOx n’a pas de retentissement statistiquement significatif sur les chiffres de la tension artérielle systémique.  

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NOx et rejet de greffe intestinale

Sun, Y., Zhu, Z., Langnas, A.N., Grant, W.J., Botha, J.F., Zhao, Y., Sudan, D.L. and Mercer, D.F. (2010) Plasma nitrite and nitrate levels as a noninvasive marker of pathology after human small bowel transplantation. Transplantation 89, 307-311.

(voir l'abstract ici)

Si elle offre des chances de survie au patient atteint d’insuffisance intestinale sévère, la transplantation d’intestin grêle a un inconvénient : le patient risque un rejet de greffe. La détection précoce du rejet de greffe intestinale exige de recourir à des endoscopies et biopsies itératives, moyens d’investigation relativement invasifs.

Dans le cadre de la transplantation d’intestin grêle, les auteurs désirent savoir si les mesures des taux plasmatiques de nitrates et de nitrites (NOx) apportent ou non au clinicien des indications non invasives sur l’état du fragment transplanté.

Entre mars 2003 et octobre 2006, ils effectuent, chez 27 patients, 120 contrôles endoscopiques et biopsiques couplés à des mesures des taux plasmatiques de NOx.

Les taux plasmatiques moyens de NOx sont de:

- 41 μM [20-142 μM] en cas d’aspect macroscopique et histologique normal,

- 67 μM [44-162 μM] en cas de très discrets signes de rejet,

- 114 μM [37-255 μM] en cas de signes de rejet modérés,

- et 40 μM [23-57 μM] en cas de rejet sévère.

Les taux plasmatiques moyens de NOx sont également élevés en cas d’entérite non spécifique: 81 μM [24-388 μM].

Ainsi, les taux plasmatiques de NOx ont tendance à s’élever au moment de l’apparition des premiers signes histologiques de rejet. Mais ils ne sont pas réellement augmentés lorsque le rejet est sévère, peut-être parce que le rejet sévère implique une disparition complète de la surface muqueuse.

En définitive, bien qu’une certaine corrélation existe entre les taux plasmatiques de NOx et les signes histologiques de rejet de transplantation intestinale, le lien n’est pas suffisamment net pour qu’en pratique, chez un patient particulier, la mesure du taux plasmatique de NOx constitue une aide utile et fiable au dépistage et à l’évaluation de l’importance du rejet [Measurement of serum NOx levels does not represent an ideal noninvasive marker of pathology after small bowell transplantation. We found serum NOx levels to be significantly associated with small bowel pathology after transplant, although not specifically enough with rejection to be relied on for clinical discrimination].  

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Nitrates et nitrites dans les eaux nigérianes

Nduka, J.K., Orisakwe, O.E. and Ezenweke, L.O. (2010) Nitrate and nitrite levels of potable water supply in Warri, Nigeria: a public concern. Journal of Environment Health 72, 28-31.

(voir l'article ici)

Warri est la plus grande ville de l’Etat de Delta, sur le delta du Niger, au Nigeria. Entourée de forêt tropicale et de régions marécageuses, connue pour ses raffineries et une activité économique liée au pétrole, elle compte plus de cinq cent mille habitants.

Les auteurs nigérians mesurent les taux de nitrate NO3- et de nitrite NO2- dans 30 prélèvements effectués dans la région de Warri, 10 venant d’eaux superficielles (eaux de rivières), 10 de puits peu profonds (16 à 45 mètres), 10 de sondages profonds (150 à 200 mètres). Une moitié des prélèvements est effectuée en zone commerciale,  l’autre moitié en zone industrielle.

Compris entre 0,40 et 8,36 mg NO3- par litre, les taux de nitrate sont modérés. Compris entre 0,02 et 1,34 mg NO2- par litre, les taux de nitrite sont évalués, en moyenne, à

- 0,05 mg NO2- par litre dans les eaux des forages profonds,

- 0,40 mg NO2- par litre dans les eaux des puits et

- 0,51 mg NO2- par litre dans les eaux superficielles.

Dans l’ensemble, les taux de nitrate et de nitrite sont plutôt un peu plus élevés dans les eaux des zones commerciales que dans celles des zones industrielles. Incidemment, en fin d’article, les auteurs font état d’une forte mortalité des nourrissons dans le pays [With no public educators, high infant mortality and poverty in Nigeria accentuate the importance of more epidemiological investigation of the health of the Niger Delta people of Nigeria].

Commentaire du blog C

ontrairement à l’étude indienne de Shaji au Kerala, relatée dans notre blog du 23 février 2010, cette étude nigériane ne fournit pas de données sur l’état bactériologique des eaux prélevées. Certes, les teneurs en nitrate des eaux nigérianes restent faibles; elles sont bien inférieures à la concentration maximale édictée pour l’eau de boisson par les Organisations internationales (45 ou 50 mg NO3- l-1). Mais des nitrites y sont détectés, et ce principalement dans les eaux de puits et les eaux superficielles; il est donc à craindre que celles-ci ne soient réellement l’objet de contaminations bactériennes. D’où, dès lors, avec elles, un double risque pour le nourrisson: méthémoglobinémie, diarrhée infectieuse.

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Annonce d’un numéro spécial de “Cardiovascular Research”

No authors listed (2010) Announcement. Review focus on inorganic nitrate and nitrate in cardiovascular health and disease. Cardiovascular Research 85, NP.

(Voir le texte de l'annonce ici)

Dans notre rubrique du 9 novembre 2009, nous annoncions la parution prochaine, en mars 2011, aux éditions Lavoisier, d’un ouvrage consacré aux nitrates et aux nitrites en physiologie et en pathologie humaines. Il aura pour auteurs les professeurs Nathan Bryan (Houston, USA) et Joseph Loscalzo (Boston, USA).

Journal attitré de la «Société Européenne de Cardiologie», la revue «Cardiovascular Research» publie occasionnellement des numéros spéciaux, qui lui permettent, sur un sujet particulier, de rassembler articles de synthèse et articles originaux.

La revue vient d’annoncer la parution en février 2011 d’un numéro spécial consacré à la place des ions nitrate et des ions nitrite en physiologie et pathologie cardiovasculaires.

Elle précise que les ions nitrate et nitrite constituent, dans l’organisme, un important réservoir d’oxyde nitrique NO, en lequel ils sont rapidement convertis de diverses manières. Ces micronutriments [«micronutrients»] sont importants pour la santé cardiovasculaire. Le but du «special focus» qu’elle nous annonce sera de faire le point sur la biologie des nitrates et des nitrites dans le système cardiovasculaire et de fournir des indications pour de futurs axes de recherche.

Les principaux thèmes abordés seront:

1 Les ions nitrite, les ions nitrate et la consommation tissulaire en oxygène,

2 La régulation de l’état de choc par les ions nitrite,

3 Les effets hème-dépendants des ions nitrite sur le flux sanguin,

4 Le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire par les nitrites,

5 La régulation de la pression artérielle par les nitrites,

6 Les effets cardioprotecteurs des ions nitrite durant l’exercice physique,

7 Les ions nitrite et les maladies vasculaires périphériques.

Commentaire du blog

Tout comme l’ouvrage de N. Bryan et J. Loscalzo, ce numéro spécial  de «Cardiovascular Research», prévu en février 2011, est très attendu. La science des nitrates et des nitrites progresse à grands pas.

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NO et carcinome de la cavité buccale

Patel, J.B., Shah, F.D., Shukla, S.N., Shah, P.M. and Patel, P.S. (2009) Role of nitric oxide and antioxidant enzymes in the pathogenesis of oral cancer. Journal of Cancer Research and Therapeutics 5, 247-253.

(voir l'abstract et le texte entier ici)

En raison de leur forte incidence dans ce pays, les cancers de la cavité buccale sont considérés, en Inde, comme un véritable fléau. Qu’il soit chiqué ou fumé, le tabac constitue un important facteur étiologique.

Appartenant au Gujarat Cancer and Research Institute d’Ahmedabad (Inde), les auteurs s’intéressent au rôle que l’oxyde nitrique NO serait susceptible de jouer dans la pathogénie d’une telle affection néoplasique. Pour leur étude, ils dosent ainsi les taux plasmatiques de NO3 + NO2 (NOx) chez:

- 126 patients atteints de carcinome de la cavité buccale (carcinome épidermoïde, ou carcinome à cellules squameuses, histologiquement prouvé),

- 15 patients atteints de lésions orales précancéreuses,

- et 90 volontaires sains appariés par âge et par sexe, 60 étant exposés au tabac, 30 ne l’étant pas.

Chez les mêmes patients et témoins, ils mesurent par spectrophotométrie les taux érythrocytaires de superoxyde dismutase (SOD) et de catalase. Ces enzymes sont considérées comme anti-oxydantes: la superoxyde dismutase (SOD) catalyse la dismutation du superoxyde O2.- en oxygène O2 et peroxyde d’hydrogène H2O2, tandis que la catalase catalyse la dismutation du peroxyde d’hydrogène H2O2 en O2 et H2O.

Les auteurs constatent que, chez les sujets sains, les taux plasmatiques moyens en NO3 + NO2 (NOx) ne sont pas modifiés par les habitudes tabagiques: ils restent autour de 15 μM, que les sujets sains chiquent ou fument ou qu’ils s’abstiennent de toute exposition au tabac. Ces taux sont, par contre, plus que doublés chez les patients qui développent une pathologie orale précancéreuse (38 μM) ou chez ceux qui souffrent d’un carcinome épidermoïde de la cavité buccale (31 μM).

Chez les patients souffrant d’un carcinome épidermoïde de la cavité buccale, les taux érythrocytaires de superoxyde dismutase sont diminués (2100 U/gmHb versus 2450 U/gmHb chez les témoins non exposés au tabac); ceux de la catalase ne sont pas modifiés.

Comme ils mettent en évidence une augmentation des taux plasmatiques des métabolites du NO et une baisse des taux érythrocytaires de superoxyde dismutase, les auteurs considèrent que les résultats de leur étude rendent plausible l’hypothèse d’un rôle du NO et des enzymes anti-oxydantes dans la pathogénie des cancers de la cavité buccale [In conclusion, the results form the present study illustrate a potential involvement of nitric oxide and antioxidant enzymes in the pathogenesis of oral cancer as evident from enhanced nitric oxide products with deranged antioxidant defense system].

Commentaire du blog

L’interprétation des résultats de l’étude doit être prudente. Il est toujours difficile de distinguer les modifications biologiques qui sont la cause d’une pathologie considérée de celles qui n’en sont que la conséquence.

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Oxyde nitrique et ulcération diabétique

Boykin, J.V. (2010) Wound nitric oxide bioactivity. A promising diagnostic indicator for diabetic foot ulcer management. Journal of Wound, Ostomy and Continence Nursing 37, 25-32.

(voir l'abstract ici)

Les Etats-Unis comptent 20 millions de diabétiques.

On estime que 15% d’entre eux, c’est-à-dire 3 millions de sujets, seront, dans les années à l’avenir, confrontés à l’apparition d’ulcérations des membres inférieurs, en premier lieu à celle d’un mal perforant plantaire. Aux USA, chaque année, sur les 100 000 amputations des membres inférieurs que l’on réalise dans un contexte non traumatique, plus de la moitié (de 45 à 83%) sont consécutives à des ulcérations diabétiques. J.V. Boykin (Richmond, Virginie, USA) rapporte, dans cet article, un travail préliminaire, déjà présenté à Toronto (Canada) au 3ème Congrès de la WUWHS (World Union of Wound Healing Societies), en juin 2008.

Chez trois groupes de cinq sujets (groupe 1: diabétiques de type I/II avec ulcérations ayant bien répondu à un traitement de 20 semaines par PDGF [Platelet-Derived Growth Factor] recombinant; groupe 2: diabétiques de type I/II avec ulcérations ayant insuffisamment répondu à ce même traitement; groupe 3: sujets sains, non diabétiques et indemnes d’ulcérations des membres inférieurs), l’auteur dose les taux de nitrates/nitrites (NO3-/NO2-) ou NOx, dans les urines ainsi que dans le plasma. Les sujets sont d’abord soumis à douze heures de jeûne; les vingt-quatre heures suivantes, ils gardent le lit et reçoivent un régime pauvre en nitrates. Les dosages sont effectués à J1 et J2.

Les taux urinaires en NOx sont moins élevés chez les patients du groupe 2 («non-répondeurs») que chez les patients du groupe 1 («répondeurs») et les sujets témoins du groupe 3; les résultats sont équivalents dans les groupes 1 et 3.

Les taux plasmatiques en NOx des patients du groupe 1 («répondeurs») sont plus élevés que ceux des patients du groupe 2 («non-répondeurs»), plus élevés aussi que ceux des sujets témoins du groupe 3.

Dans une autre partie de l’étude, cette fois prospective, l’auteur dose les taux de NOx dans le liquide de suintement des ulcérations diabétiques (wound fluid) pendant les douze semaines d’un traitement consistant en des applications de DermagraftR (substitut dermique d’origine humaine). Comparant 6 sujets «répondeurs» à 6 sujets «non répondeurs», il observe que, pendant les deux premières semaines, les taux de NOx dans les liquides prélevés sont plus élevés chez les premiers («répondeurs») que chez les seconds («non-répondeurs»): en moyenne et respectivement 13 et 4 μmol/L.

Si de tels résultats sont confirmés par les recherches ultérieures [If validated by additional research], l’auteur envisage la possibilité qu’à l’avenir les mesures des taux de nitrate ou de NOx dans le liquide de suintement des ulcérations diabétiques puissent servir de test, permettant ainsi de procéder à des ajustements thérapeutiques. Il imagine qu’elles puissent être associées aux prélèvements bactériologiques, ou encore à une évaluation de la production locale en métalloprotéinases matricielles (MMPs).

Commentaire du blog

Malgré son intérêt, ce travail doit être accueilli avec prudence.

L’auteur ne fournit pas les chiffres des taux urinaires et plasmatiques de sa première enquête. Les nombres de sujets rentrant dans ses deux études, rétrospective et prospective, sont faibles. On peut s’interroger sur les modalités des mesures du NOx dans le «wound fluid» et les liens éventuels des résultats avec les circonstances bactériologiques locales.  

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Nitrates des eaux de rivière. Surveillance sur le long terme

Burt, T.P., Howden, N.J.K., Worrall and Whelan, M.J. (2010) Long-term monitoring of river water nitrate: how much data do we need? Journal of Environmental Monitoring 12, 71-79.

(voir l'abstract ici)

Les auteurs anglais de cet article sont hydrogéologistes et chimistes de l’environnement.

Ils recommandent la surveillance du taux des nitrates dans les rivières du Royaume-Uni en raison de leurs éventuelles répercussions sur l’environnement et la santé humaine. [Increased inputs of nitrogen to land […] may have contributed to eutrophication in some receiving water bodies with consequent increased occurrence of algal blooms, reduced dissolved oxygen levels and loss of habitat. Nitrate is also allegedly toxic to humans, although the evidence for this is controversial].

Pour certaines rivières du Royaume-Uni, les courbes d’enregistrement des taux de nitrates s’échelonnent sur quatre-vingts ans, de 1928 à 2008. Il apparaît que, dans les rivières Thames (Tamise), Lee, Essex Stour et Bedford Ouse, les taux de nitrate ont progressivement et irrégulièrement augmenté de 1928 jusqu’en 1978; évalués aux alentours de 10 mg NO3- par litre en 1928, ils finissent par atteindre une moyenne approximative de 35 mg NO3- par litre en 1978; au long des trente années suivantes, de 1978 à 2008, la tendance est, par contre, à la stabilisation, voire même à la baisse, avec une moyenne approximative de 33 mg NO3- par litre en 2008.

Les enregistrements de la rivière Dorset Frome s’échelonnent sur quarante-cinq ans, de 1963 à 2008.

L’évolution est différente. Alors qu’ils avoisinent les 9 mg NO3- par litre en 1963, les taux moyens de nitrate augmentent peu à peu, et régulièrement, pour s’approcher des 25 mg NO3- par litre en 2008. Les auteurs font remarquer qu’au Royaume-Uni les liens sont assez forts entre les conditions agraires sur les bassins versants et les modifications des taux de nitrate dans les eaux de rivières correspondantes, moyennant cependant un long décalage de temps.

Ils préconisent donc qu’au Royaume-Uni l’on continue régulièrement à recueillir les enregistrements des taux de nitrate dans les rivières pour lesquelles des données anciennes sont déjà disponibles, de manière à toujours bénéficier, à leur sujet, d’une surveillance sur le long terme et à toujours pouvoir faire les déductions appropriées.

Commentaire du blog L

a conclusion des auteurs apparaît pertinente.

Par contre, leurs présupposés sont sujets à caution.

On se rappelle l’important travail de Schindler et coll. publié en 2008 (rubrique du 15 décembre 2009). Comme il est maintenant fermement établi, la diminution des apports azotés ne concourt aucunement à réduire l’eutrophisation d’une eau  douce stagnante.

Quant à la toxicité des nitrates, les auteurs expriment leur doute; ils emploient l’adverbe «allegedly». Comme le montrent les articles les plus récents analysés dans notre blog, le doute qu’ils expriment à ce sujet est scientifiquement justifié. On pourra cependant regretter qu’ils aient omis de mentionner, à l’inverse, les effets favorables exercés par ces mêmes ions NO3- sur la santé, maintenant bien connus.

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Rat, NO et transformation colonnaire de l’oesophage

Endo, H., Iijima, K., Asanuma, K., Ara, N., Ito, H., Asano, N., Uno, K., Koike, T., Imatani, A. and Shimosegawa, T. (2010) Exogenous luminal nitric oxide exposure accelerates columnar transformation of rat esophagus. International Journal of Cancer 127, 2009-2019

(voir l'abstract ici)

Œuvrant dans la division de gastro-entérologie de Sendai, cette équipe japonaise, dont notre rubrique du 22 janvier 2010 eu l’occasion de rapporter un précédent travail, publie une nouvelle étude consacrée au rôle que l’oxyde nitrique NO est susceptible, chez le rat, de jouer dans l’apparition de lésions inflammatoires du bas œsophage.

En 2007, Zhang et coll. (Xi’an, Shaanxi, Chine) ont mis au point un modèle chirurgical, applicable au rat, destiné à provoquer un double reflux chronique vers le bas œsophage: un reflux acide provenant de l’estomac, un reflux biliaire provenant du duodénum. L’intervention chirurgicale comprend, à 5 mm l’une de l’autre, deux anastomoses, l’une oeso-jéjunale, l’autre gastro-jéjunale. En raison d’un double reflux permanent, la muqueuse bas oesophagienne du rat est chroniquement agressée. Sur le bas œsophage de l’animal ainsi opéré, métaplasies et adénocarcinomes apparaissent avec une forte prévalence: à la 20ème semaine post-opératoire, les métaplasies et les adénocarcinomes s’observent respectivement dans 78 et 50% des cas.

L’équipe japonaise de Sendai choisit d’utiliser ce modèle animal en se focalisant sur les 8 premières semaines post-opératoires. Les auteurs comparent l’évolution des aspects macroscopique et histologique du bas œsophage en fonction des apports alimentaires. Si à l’alimentation standard sont ajoutés soit du nitrite de sodium, soit de l’acide ascorbique seuls, la muqueuse du bas œsophage n’apparaît pas plus inflammatoire que dans la série témoin. Si, par contre, à l’alimentation standard sont ajoutés conjointement 0,05% de nitrite de sodium et 1,0% d’acide ascorbique, la prévalence des lésions inflammatoires macroscopiques et histologiques détectées augmente et  dépasse celle de la série témoin.

Ainsi, à la quatrième semaine, alors qu’elles ne s’observent que chez 10% des rats opérés témoins recevant une alimentation standard, des modifications histologiques oesophagiennes comportant un épithélium colonnaire et des cellules cylindriques («goblet cells») s’observent chez 45% des rats qui, opérés, reçoivent conjointement, outre l’alimentation standard, du nitrite de sodium et de l’acide ascorbique. Les modifications histologiques de type dysplasique sont strictement absentes dans les deux groupes.

Comme l’intervention de Zhang et l’administration conjointe de nitrite de sodium et d’acide ascorbique favorisent fortement la libération d’oxyde nitrique dans le bas œsophage, les auteurs en déduisent que, dans ce modèle, la libération de NO pourrait jouer un rôle dans la pathogénie de la transformation colonnaire de l’œsophage.

Dans la mesure où les lésions observées chez le rat sont histologiquement similaires à celles de l’oesophage dit de Barrett chez l’homme, des études complémentaires sont requises chez ce dernier [Further studies in human are warranted].

Commentaire du blog

Pour le moment, il serait prématuré de procéder à des déductions concernant la pathologie humaine.

L’opération de Zhang à laquelle sont soumis les animaux est délabrante. Dans l’expérience rapportée par les auteurs, à poids corporel égal, les ingestions quotidiennes en ions nitrite des rats sont 500 à 700 fois plus importantes que la Dose Journalière Admissible (DJA) édictée en 1995 pour l’homme par le Comité d’experts sur les Additifs Alimentaires de l’OMS/FAO (JECFA): 0.07 mg NO2- /kg de poids [voir notre rubrique du 5 janvier 2010]. De même, dans cette expérience, à poids corporel égal, les ingestions en acide ascorbique des rats sont plusieurs centaines de fois plus importantes que les apports physiologiques humains.

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Nitroindométacine: nouveau CINOD

Bhandari, S.V., Parikh, J.K., Bothara, K.G., Chitre, T.S., Lokwani, D.K., Devale, T.L., Modhave, N.S., Pawar, V.S. and Panda, S. (2010) Design, synthesis, and evaluation of anti-inflammatory, analgesic, ulcerogenicity, and nitric oxide releasing studies of novel indomethacin analogs as non-ulcerogenic derivatives. Journal of Enzyme Inhibition and Medicinal Chemistry 25, 520-530. (

voir l'abstract ici)

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques, tels le kétoprofène, le naproxène, l’indométacine, peuvent être à l’origine d’effets indésirables gastro-intestinaux, notamment d’ulcérations ou d’hémorragies digestives, potentiellement sévères.

On sait, par ailleurs, que la libération intragastrique d’oxyde nitrique NO renforce les mécanismes de défense locaux. Elle provoque, entre autres, une vasodilatation de la microcirculation locale, qui accroît les capacités de résistance de la muqueuse gastrique aux différentes agressions auxquelles elle ne cesse d’être soumise.

On comprend ainsi que la recherche actuelle se porte vers la mise au point de nouvelles molécules anti-inflammatoires libératrices de NO, que l’on dénomme CINODs ((Inhibiteurs de Cyclooxygénase Donneurs d’Oxyde Nitrique). Les principaux essais cliniques à notre disposition concernent jusqu’à présent la nitroaspirine, le nitrokétoprofène et le nitronaproxène (Naproxcinod).

Les travaux que les auteurs indiens (Collège de Pharmacie de Poona, Etat du Maharashtra) relatent ici portent sur diverses variantes de la nitroindométacine.

Ayant mis au point six dérivés de la nitroindométacine, ils les testent in vivo sur des souris et des rats.

La molécule la plus performante est le «composé 7c», dont la formule, complexe, s’écrit ainsi: 2-(5-(5-(3-hydroxyphenyl)-2-oxo-ethylthio)-1,3,4-oxadiazole-2-yl)-2-phenyl-1H-indol-1-yl)-2-oxoethyl nitrate.

Comme le vérifient le test de l’œdème à la carragénine et le test des contractions abdominales après injection intrapéritonéale d’acide acétique (writhing test), cette molécule garde les propriétés anti-inflammatoires et antalgiques de l’indométacine. Comme le montrent les contrôles histologiques, elle est, de plus, parfaitement tolérée par l’estomac; aux doses orales utilisées (10, 20 et 50 mg/kg), elle n’est, en effet, à l’origine d’aucun effet ulcérogène.

Pour les auteurs, ces résultats sont encourageants [The outcome of the present research work is very promising]. Leurs prochaines investigations porteront sur le profil pharmacocinétique de ces dérivés nitrés de l’indométacine, ainsi que sur les modalités de libération du NO.

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Nitrates dans l’eau d’adduction publique et lymphome non-hodgkinien

Chang, C.-C., Tsai, S.-S., Wu, T.-N. and Yang, C.-Y. (2010) Nitrates in municipal drinking water and non-Hodgkin lymphoma: an ecological cancer case-control study in Taiwan. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part A, 73, 330-338.

(voir l'abstract ici)

Entre 1996 et 2006 sept études épidémiologiques se sont donné pour but de vérifier si un lien existe vraiment entre les teneurs en nitrates de l’eau d’adduction publique et le risque d’apparition du lymphome non-hodgkinien. Il s’agit de trois études de corrélation géographique, de trois études cas-contrôles, d’une étude de cohorte. Deux d’entre elles concluent ainsi à une association positive (Ward et coll., 1996 ; Gulis et coll., 2002); cinq concluent, à l’inverse, à l’absence de corrélation statistique (Law et coll., 1999 ; Freedman et coll., 2000 ; Weyer et coll., 2001 ; Cocco et coll., 2003 ;  Ward et coll., 2006).

Chang et coll. nous présentent un huitième travail. Effectuée à Taiwan, leur étude cas-contrôles compare les teneurs en nitrates de l’eau d’adduction publique fournie à 1716 patients décédés entre 2000 et 2006 de lymphome non-hodgkinien aux teneurs en nitrates de l’eau d’adduction publique fournie à 1716 témoins décédés durant la même période, appariés par sexe, année de naissance et année de décès.

Pendant cette période de six années, toutes les teneurs moyennes en nitrates de l’eau d’adduction publique fournie à chaque sujet taiwanais de l’un et l’autre groupe sont inférieures à 2,86 mg NO3- par litre. En moyenne et pour l’ensemble des patients décédés des suites d’un lymphome non-hodgkinien, les teneurs en nitrates de l’eau d’adduction publique sont de 1,99 mg NO3- par litre. En moyenne et pour l’ensemble des sujets témoins, ces mêmes teneurs sont de 1,82 mg NO3- par litre. La différence n’est pas significative [Data show that there was no statistically significant association between nitrate levels in drinking water and higher risk of death from non-Hodgkin lymphoma].

Les auteurs sont conscients des failles de leur travail [There is unfortunately no information available for assessing the dietary nitrate sources from vegetables and meat for individual study subjects in this investigation […] Future studies should increase the precision of the estimation of the individual’s intake of nitrate, through both food and water].

Commentaire du blog

Les réserves que les auteurs expriment dans leur discussion sont compréhensibles.

Dans leur étude, inférieures, en moyenne, à 2 mg NO3- par litre, les teneurs en nitrates de l’eau d’adduction publique sont extrêmement faibles.

Les apports en nitrates venant des légumes sont, de loin, plus importants. On se souviendra que les teneurs moyennes en nitrate de la laitue, des épinards, de la betterave dépassent volontiers 1000 mg NO3- par kilo (voir, par exemple, la teneur moyenne des épinards en nitrates aux Etats-Unis dans notre rubrique du 12 février 2010). Les activités physiques ou sportives concourent à augmenter considérablement la synthèse endogène des nitrates.

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