Une eau minérale riche en nitrate

Brémond, F. (1877) Notice sur l’eau minérale nitrée du Prieuré d’Heudreville (Eure), suivie par Cloüet, J. Etude sur Heudreville et sa source minérale. V.Adrien Delahaye et Cie, éditeurs, place de l’Ecole-de-Médecine, Paris, 56 p.

(voir l’ouvrage ici)

De nos jours, les eaux minérales vantent leur pauvreté en nitrate. Au dix-neuvième siècle, c’était le contraire. Quand elle était riche en nitrate, une eau minérale était louée pour ses nombreuses propriétés bénéfiques.

Le docteur Félix Brémond, habitant du Lavandou (Var), fut, en son temps, un auteur prolixe. On lui doit différents ouvrages d’hygiène et d’histoire de la médecine, notamment: «L’acide salicylique à l’Académie», 1877; «Rabelais médecin», 1879; «Dictionnaire de médecine et d’hygiène de famille», 1883; «Hygiène usuelle étudiée d’après les actes de la vie normale», 1884; «Précis d’hygiène industrielle», 1893; «Les maladies de Paris», 1895; «Le saturnisme professionnel. Guerre à la céruse», 1901.

En 1877, il consacre un ouvrage à une eau minérale particulièrement riche en nitrate, l’eau du Prieuré d’Heudreville, dans le département de l’Eure. La source apparaît au fond d’un puits de 37 mètres de profondeur. Le puisement de l’eau est direct, au moyen d’un treuil maniant des paniers de 25 bouteilles. L’eau est «claire, limpide, d’un goût agréable, sans saveur prononcée». «L’analyse officielle faite au laboratoire de l’Académie» donne «les résultats suivants: Pour 1 litre: Azotates alcalins: 0 gr 303; Carbonate de chaux: 0 gr 320; Chlorure de sodium: 0 gr 139; Carbonate de magnésie: 0 gr 096; Sulfate de soude: 0 gr 030; Résidu insoluble et perte: 0 gr 016».

Cette eau minérale est riche en ions nitrate. Si le contre-ion est l’ion potassium, l’eau minérale contient 186 mg NO3- l-1; s’il est l’ion sodium, l’eau minérale contient 221 mg NO3- l-1. On peut supposer que l’eau contient quelque 200 mg NO3- l-1.

Soulignant ainsi la richesse en nitrate de l’eau minérale du Prieuré d’Heudreville, l’auteur en profite pour remonter jusqu’à Théophraste et Dioscoride. «Les médecins de tous les temps», écrit-il, «ont reconnu les services rendus à la thérapeutique par les azotates, qu’on appelait autrefois et qu’on appelle encore «nitrate» ou «sel de nitre». Théophraste, Dioscoride, Galien, Pline, Mesué, Malthiole et tous les savants qui ont écrit depuis les origines de la science jusqu’à la fin du seizième siècle s’accordent à dire que le nitre jouit de propriétés incontestables.»

Il cite ensuite des auteurs plus proches. En 1572, Antoine du Pinet recommande, par exemple, l’usage des nitrates pour le traitement des «trenchées du ventre», des «fièvres périodiques», des «ventosités», des «tintements» d’oreille, de l’hydropisie. En 1808, Alibert, signale que, grâce aux nitrates, «le pouls est plus lent et moins vif»; ils modèrent la «susceptibilité nerveuse». Orfila les décrit comme «rafraîchissant et diurétique»; il les recommande pour le traitement des gonorrhées, des «fièvres dites ardentes» et certaines affections rhumatismales. Hufeland les présente comme «un des meilleurs antifébriles».

«On n’en finirait pas», poursuit-il, «si l’on voulait passer en revue tout ce qui a été écrit en faveur des nitrates alcalins. Résumons l’opinion générale en disant que, administrés à doses modérées, ils présentent deux propriétés curatives importantes. D’une part, ils agissent sur la circulation en la ralentissant, sur le sang, en diminuant sa plasticité, en le rendant plus diffluent, ce qui les range parmi les médicaments contro-stimulants; d’autre part, en traversant les reins par lesquels ils sont éliminés, ils excitent ces organes quand ils sont paresseux, augmentent leur sécrétion et méritent de figurer à la tête des médicaments diurétiques.»

Enfin l’auteur signale «un grand nombre de préparations pharmaceutiques dont les nitrates alcalins forment la base»: la tisane antiphlogistique de Stoll, les poudres tempérantes de Chaussier et de Stahl, l’apozême de Swediaur, la potion de Fouquier, le vin nitré de l’Hôtel-Dieu, l’eau diurétique de Fuller, la liqueur antinéphrétique d’Adams, les pilules antilaiteuses de Dumas, etc. Il ajoute: «Il est permis de rappeler que, dans toutes, le médecin s’est proposé de produire artificiellement un résultat qui se trouve naturellement dans l’eau minérale d’Heudreville.»

Commentaire du blog

Il n’est pas question de se baser sur ces données du 19ème siècle pour affirmer l’innocuité des nitrates alimentaires, ni pour affirmer leurs propriétés bénéfiques.

Cet ouvrage est, par contre, fort intéressant sur le plan historique. Il nous montre l’état des connaissances, il y a 134 ans.

On remarquera que de nombreuses préparations pharmaceutiques à base de nitrate étaient alors disponibles.

On remarquera aussi que, dès cette époque, l’action bénéfique cardiovasculaire des nitrates commence à être perçue [Le pouls est «moins vif», la circulation est «ralentie», la «plasticité» du sang «diminuée»].

La disgrâce des nitrates qui caractérise le 20ème siècle est destinée à prendre fin. Elle cessera lorsque les autorités sanitaires auront admis que ni le grief carcinologique ni le grief méthémoglobinémique qu’elles ont arbitrairement énoncés il y a plus d’un demi-siècle ne sont scientifiquement fondés.

Quelques précisions biographiques

  • Théophraste (v.371-v.287 av. J.-C.), philosophe grec, fondateur de la science botanique, connu pour ses «Caractères».
  • Dioscoride (1er s.), médecin grec (Anazarbe, Cilicie).
  • Galien (131-200) médecin grec, médecin personnel de Marc-Aurèle [Cf. rubrique du 25 février 2011].
  • Pline l’Ancien (23/24-79), écrivain latin, auteur d’une Histoire naturelle en 37 volumes.
  • Mésué l’Ancien ou Jahja ben Maseweih (777-857), médecin arabe de Bagdad, chrétien nestorien, médecin personnel du calife Mamoun et de ses successeurs.
  • Matthiole, ou plutôt Mattioli (1500-1577), médecin et botaniste italien. A écrit un commentaire de Dioscoride, maintes fois réédité.
  • Antoine du Pinet, sieur de Noroy (16ème s.), géographe, défenseur de l’Eglise réformée, auteur d’une Historia plantarum (1561).
  • Alibert (1768-1837) médecin personnel de Louis XVIII et de Charles X.
  • Orfila (1787-1853), médecin et chimiste français, pionnier de la toxicologie.
  • Hufeland (1762- 1836), médecin personnel du roi de Prusse, Frédéric III, de Goethe, de Schiller.
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Nitrate, nitrite, NO et resténose

Cooke, J.P. and Ghebremariam Y.T. (2011) Dietary nitrate, nitric oxide, and restenosis. The Journal of Clinical Investigation 121, 1258-1260

(voir l'abstract ici)

Les auteurs du Stanford Cardiovascular Institute [Californie, USA] analysent un article paru dans le même numéro du Journal of Clinical Investigation: «Alef, M.J. et al. (2011) Nitrite-generated NO circumvents dysregulated arginine/NOS signaling to protect against intimal hyperplasia in Sprague-Dawley rats. Journal of Clinical Investigation 121, 1646-1656».

On sait qu’une agression de la paroi vasculaire, celle, par exemple, que provoque la pose d’un ballonnet d’angioplastie, dénude l’endothélium vasculaire et endommage à la fois la membrane limitante élastique interne et les cellules musculaires lisses vasculaires. L’arginase est activée. Convertie en ornithine et en urée, commençant à manquer, la L-arginine devient un facteur limitant pour la production locale d’oxyde nitrique NO.

Pour tenter de corriger le déficit de biosynthèse en NO faisant suite à l’agression vasculaire, Alef et coll. administrent avant celle-ci, à des rats, du nitrite de sodium par voie orale. L’hyperplasie myointimale se trouve réduite de 50 à 80 %. La synthèse de NO par les vaisseaux endommagés est décuplée, sans que l’effet ne soit atténué par un inhibiteur de la NO synthase comme le N-nitro-L-arginine methyl ester, ou L-NAME. Comme ils observent, par ailleurs, que l’allopurinol, antagoniste de la xanthine oxydoréductase [XOR], exerce un effet inhibiteur sur l’action antiproliférative du nitrite de sodium in vitro et empêche, in vivo, l’action thérapeutique des nitrites ingérés sur l’artère carotide agressée, Alef et coll. émettent l’idée que, dans la paroi vasculaire endommagée, les ions nitrite apportés par l’alimentation puissent être directement convertis en oxyde nitrique NO, sous l’effet de la xanthine oxydoréductase [XOR].

Dans l’organisme, comme on le sait, la transformation de l’ion nitrite NO2- en NO a lieu constamment dans le milieu acide de l’estomac, après déglutition de la salive. Elle pourrait également avoir lieu directement dans la paroi vasculaire, lorsque la production endothéliale du NO par la voie de la NO synthase endothéliale devient déficiente. Il s’agirait d’un intéressant mécanisme de lutte contre la resténose, un mécanisme de lutte que la consommation de nitrates et de nitrites alimentaires aurait la capacité de stimuler [The current study indicates that a similar process occurs in the vessel wall, where NO2- is also converted to NO. The conversion of nitrite to NO by the enzyme XOR […] could replace or augment endothelial production of NO and thereby inhibit processes known to contribute to atherosclerosis, restenosis, and vascular inflammation].

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Graisse viscérale, source d’oxyde nitrique?

Fujita, K., Wada, K., Nozaki, Y., Yoneda, M., Endo, H., Takahashi, H., Kirikoshi, H., Inamori, M., Kobayashi, N., Kubota, K., Saito, S. and Nakajima, A. (2011) Serum nitric oxide metabolite as a biomarker of visceral fat accumulation: Clinical significance of measurement for nitrate/nitrite. Medical Science Monitor 17, CR123-CR131.

(voir l'abstract ici)

Mesurée au scanner au niveau ombilical, une surface de tissu adipeux intra-abdominal supérieure à 100 cm2 est considérée comme un critère diagnostique d’obésité abdominale. L’obésité abdominale est associée à un risque augmenté de diabète de type 2, de dyslipidémie et de maladie cardiovasculaire.

Cette mesure par scanner ne pouvant être répétée trop souvent en raison des radiations émises, les auteurs japonais [Division de Gastroentérologie, Yokohama] recherchent un autre moyen, indirect, d’appréciation de l’accumulation centrale des graisses.

Leur étude porte sur 80 sujets hospitalisés au Yokohama City University Hospital entre 2006 et 2009. Il s’agit de 38 hommes âgés de plus de 20 ans et de 42 femmes d’âge post-ménopausique. Ces hommes et ces femmes sont atteints de diabète, d’hyperlipidémie et d’hypertension, respectivement, dans 26, 24 et 23 % des cas.

Evalué à 24.6, l’indice moyen de masse corporelle des sujets étudiés est inférieur aux limites de 25 et de 30, considérées habituellement comme les limites respectives de l’embonpoint et de l’obésité. Par contre, vérifiée au scanner, leur surface de tissu adipeux intra-abdominal s’échelonne entre 15 et 200 cm2, avec une moyenne de 155 cm2.

Se répartissant, selon les sujets, entre 0 et 120 µMol, les concentrations sériques en NOx (nitrate+nitrite) apparaissent corrélées à la surface de tissu adipeux intra-abdominal [Serum NO metabolites are significantly related to visceral fat accumulation]. Les auteurs suggèrent que, chez l’homme, la graisse viscérale puisse constituer une importante source d’oxyde nitrique NO [These results indicate that visceral fat might be an important source of NO in humans]. En conséquence, à leurs yeux, la surveillance régulière, chez un sujet, de ses concentrations sériques en NOx serait en mesure d’apporter des indications sur l’évolution de la surface de tissu adipeux intra-abdominal [The monitoring of serum NO metabolite levels may be a simple, safe, convenient and reliable biomarker for the evaluation of visceral fat accumulation in clinical diagnostic screening].

Commentaire du blog

Par définition, on sait que le syndrome métabolique regroupe la présence de plusieurs anomalies cliniques et métaboliques: obésité abdominale, hypertriglycéridémie, taux bas de HDL-cholestérol, intolérance au glucose, diabète de type 2 et hypertension. La prévalence de cette entité augmente avec l’âge. Elle prédispose à la survenue de complications cardiovasculaires.

Chez la souris déficiente en NO synthase, l’administration chronique de nitrate diminue les taux circulants de triglycérides, corrige la tendance prédiabétique, fait baisser le poids corporel, diminue l’accumulation de graisse viscérale [rubrique du 2 novembre 2010].

Si elle est vérifiée par des études à venir, l’augmentation des taux sériques des métabolites du NO (NOx, i.e. nitrate + nitrite) observée par les auteurs japonais est à considérer, non comme une cause, mais comme une conséquence de l’obésité abdominale.

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Nitrate urinaire en début d’atteinte rénale

Mian, A.I., Du, Y., Garg, H.K., Caviness, C., Goldstein, S.L. and Bryan, N.S. (2011) Urinary nitrate might be an early biomarker for pediatric acute kidney injury in the emergency department. Pediatric Research 70, 203-207

(voir l'abstract ici)

L’oxyde nitrique NO joue un rôle important en physiologie rénale. On conçoit que des perturbations de son métabolisme puissent accompagner les atteintes des fonctions rénales.

Chez l’enfant, les pédiatres ont décrit des stades d’insuffisance rénale aiguë basés sur la clearance de la créatinine. Selon les «pediatric RIFLE criteria» [RIFLE pour «Risk, Injury, Failure, Loss of function, and End stage renal disease»], les jeunes patients appartiennent ainsi au groupe «Risk» si la clearance de la créatinine a baissé de 25 à 50 %, au groupe «Injury» si la clearance de la créatinine a baissé de 50 à 75 %, au groupe «Failure» si la clearance de la créatinine a baissé de plus de 75 %.

Pour leur étude, les auteurs américains [Houston, Texas; Cincinnati, Ohio] recrutent des enfants de moins de 19 ans qui, hospitalisés en service d’urgence, ont bénéficié, à titre de routine, d’une analyse urinaire et d’un dosage de créatininémie. Sont, de plus, évaluées les concentrations urinaires en nitrite NO2- et en nitrate NO3-.

252 patients (âge moyen 12 ans) entrent dans l’étude. Selon les critères «pRIFLE», ils se répartissent en trois groupes: a) 234 enfants n’ont pas d’atteinte rénale; b) 12 sont dans le groupe «Risk»; c) 6 sont dans le groupe «Injury».

Dans les trois groupes respectifs, les concentrations urinaires moyennes en nitrite NO2- sont respectivement de 2.8, 3.2 et 4.6 μg l-1. Elles sont faibles; on ne note pas, entre elles, de différence significative.

Dans les trois groupes respectifs, les concentrations urinaires moyennes en nitrate NO3- sont respectivement de 34, 24 et 12 mg l-1, tandis que les rapports: concentration urinaire en nitrate (en mg) / concentration urinaire en créatinine (en mg) sont respectivement de 0.72, 0.63 et 0.39. En cas d’atteinte rénale aiguë chez l’enfant, on voit ainsi que la concentration urinaire en nitrate baisse significativement du groupe 1, normal, au groupe «Risk», et du groupe «Risk» au groupe «Injury».

Parmi les 18 patients entrant dans les groupes «Risk» et «Injury», 9, soit 50 %, ont une créatininémie inférieure à 10 mg l-1. Pour les auteurs, il serait donc possible que, chez l’enfant, une baisse de la concentration urinaire en nitrate soit un témoin précoce d’atteinte de la fonction rénale, avant que le taux de la créatininémie n’ait même été significativement modifié.

La baisse de la concentration urinaire en nitrate en début d’atteinte rénale pourrait être le reflet d’une diminution de la production endothéliale d’oxyde nitrique NO. D’autres études sont nécessaires. Comme l’admettent les auteurs, leur travail n’est pas exempt de limites, comme, par exemple, le petit nombre de patients des groupes «Risk» et «Injury» inclus dans l’analyse. Mais si les études à venir confirment une telle baisse des concentrations urinaires en nitrate en début d’atteinte rénale, des implications thérapeutiques ciblant le NO pourront alors être envisagées, tant à titre curatif qu’à titre préventif [Thus, diminished urinary nitrate in patients with early acute kidney injury (AKI) may reflect diminished endothelial production of NO and suggests targeting the NO pathway as a means to treat or prevent the development of AKI].

Commentaire du blog

Une remarque: quelles que soient les concentrations urinaires en nitrate, les concentrations urinaires en nitrite ne peuvent que rester basses tant qu’aucune prolifération bactérienne n’est enregistrée, tant que le nombre de bactéries dans les urines ne dépasse pas le seuil de 106 germes ml-1 [Cf. rubrique du 7 mai 2010].

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Supplémentation en bétaïne et NOx

Bloomer, R.J., Farney, T.M., Trepanowski, J.F., McCarthy, C.G. and Canale, R.E. (2011) Effect of betaine supplementation on plasma nitrate/nitrite in exercise-trained men. Journal of the International Society of Sports Nutrition 8:5

(voir l'article entier ici)

La bétaïne, [aussi connue sous le nom chimique de «2-(Trimethylammonio) ethanoic acid, hydroxide, inner salt»] est isolée de la betterave sucrière. Elle sert d’additif nutritif, pour l’alimentation de la volaille, ou encore pour celle d’animaux aquatiques. Plusieurs études ont montré que, chez l’homme, son ingestion est susceptible d’améliorer les performances physiques à l’effort. L’effet a été observé chez des garçons collégiens après ingestion de 2.5 grammes par jour de poudre de bétaïne pendant 14 ou 15 jours [Lee et coll., 2010; Hoffman et coll., 2009].

On sait qu’une amélioration des performances physiques à l’effort peut également être enregistrée après une ingestion de nitrates, soit sous forme de nitrate de sodium, soit sous forme de jus de betterave [Cf. les rubriques du 04 décembre 2009, des 15 juin, 7 septembre, 15, 22 et 29 octobre 2010, des 05, 09 et 17 mars et 09 et 17 mai 2011].

Les auteurs [University of Memphis, Tennessee, USA] se demandent ainsi légitimement si cet effet favorable de la bétaïne ne pourrait pas se produire par le biais d’une augmentation de la synthèse endogène des ions nitrate et/ou nitrite.

Chez des hommes entraînés aux exercices physiques, ils proposent l’ingestion de bétaïne selon trois modalités:

- une seule ingestion de 1.25 et de 5.00 grammes de bétaïne

- administration régulière de 2.5 grammes de bétaïne par jour pendant 14 jours

- administration régulière de 6 grammes de bétaïne par jour pendant 7 jours, suivie d’une ingestion unique de 6 grammes.

Ils mesurent les taux plasmatiques en nitrate/nitrite [NOx],

- chez les premiers, avant puis 30, 60, 90 et 120 minutes après les ingestions de 1.25 et 5.00 grammes de bétaïne

- chez les seconds, avant puis après les 14 jours de supplémentation en bétaïne

- chez les troisièmes, avant puis après les 7 jours de supplémentation en bétaïne, ainsi que 30 et 60 minutes après l’ingestion unique de 6 grammes de bétaïne.

A l’occasion de toutes ces vérifications, aucune modification des taux plasmatiques en nitrate/nitrite n’est enregistrée.

Ces résultats sont en contradiction avec ceux d’Iqbal et coll. (2005; 2006), portant sur des sujets, certes en bonne santé, mais non particulièrement entraînés.

De leur étude les auteurs de Memphis déduisent que l’administration aiguë ou chronique de bétaïne à des hommes à la fois en bonne santé et entraînés n’a pas de répercussion sur leurs taux plasmatiques en nitrate et nitrite. Si elle est confirmée, l’amélioration des performances physiques faisant suite aux supplémentations en bétaïne devrait ainsi, chez les sujets entraînés, faire appel à des mécanismes autres qu’une formation accrue d’ions nitrate et/ou nitrite [These findings suggest that others mechanisms aside from increasing circulating nitric oxide are likely responsible for any performance enhancing effect of betaine supplementation]

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Inhalation d’oxyde nitrique et drépanocytose

Gladwin, M.T., Kato, G.J., Weiner, D., Onyekwere, O. C., Dampier, C., Hsu, L., Hagar, R.W., Howard, T., Nuss, R., Okam, M.M., Tremonti, C.K., Berman, B., Villela, A., Krishnamurti, L., Lanzkron, S., Castro, O., Gordeuk, V.R., Coles, W.A., Peters-Lawrence, M., Nichols, J., Hall, M.K., Hildesheim, M., Blackwelder, W.C., Baldassarre, J., Casella, J.F. for the DeNOVO investigators (2011)  Nitric oxide for inhalation in the acute treatment of sickle cell pain crisis. A randomized controlled trial. Journal of the American Medical Association 305, 893-902.

(voir l'abstract ici)

Les crises vaso-occlusives de la drépanocytose sont consécutives à une occlusion des petits vaisseaux sanguins. Touchant, selon les cas, telle ou telle partie du corps (os, abdomen, rein, etc.), elles peuvent être très douloureuses.

Les auteurs présentent les résultats d’une étude multicentrique, prospective et randomisée, effectuée en double aveugle contre placebo, concernant 150 patients ayant souffert, entre octobre 2004 et décembre 2008, d’une crise vaso-occlusive douloureuse de drépanocytose.

Ils cherchent à savoir si une inhalation d’oxyde nitrique apportant, par exemple, 80 ppm de NO au cours des 4 premières heures et 40 ppm lors des 4 heures suivantes a un effet perceptible sur la symptomatologie douloureuse. Plusieurs critères sont retenus pour apprécier le temps de résolution de la crise douloureuse.

Les résultats enregistrés sont, en fait, dans l’ensemble, négatifs. Aux doses utilisées, l’inhalation d’oxyde nitrique ne raccourcit nullement la durée de la crise douloureuse vaso-occlusive. Celle-ci dure, en moyenne, 73.0 heures chez les patients traités par l’inhalation d’oxyde nitrique et 65.5 heures chez ceux qui reçoivent une inhalation placebo d’azote.

Au deuxième jour, l’inhalation d’oxyde nitrique augmente légèrement le taux moyen des nitrates plasmatiques: 3.77 mg NO3- l-1 versus 1.38 mg NO3- l-1, sans avoir, par ailleurs, de retentissement significatif sur le taux moyen des nitrites plasmatiques: 13.8 µg NO2- l-1 versus 11.0 µg NO2- l-1. Chez les patients recevant l’inhalation d’oxyde nitrique, le taux de méthémoglobine s’élève discrètement à 2.3 %, en moyenne, à la quatrième heure, versus 0.8 %, sans jamais dépasser les 5 %.

Les auteurs cherchent à savoir pour quelles raisons les inhalations d’oxyde nitrique administrées à leurs patients n’ont pas eu l’effet clinique escompté. Ils se demandent si le manque d’effet clinique ne pourrait pas être consécutif à une absence d’augmentation des taux plasmatiques en nitrite [The lack of any observable effect of nitric oxide in this trial may be the result of a lack of systemic generation of nitrite], cette absence d’augmentation des taux plasmatiques en nitrite étant, elle-même, liée au mode d’administration de l’oxyde nitrique [The absence of increase in nitrite could be due to our mode of nitric oxide administration]. Ou alors, autre hypothèse, les modifications tissulaires responsables de la symptomatologie douloureuse ne sont déjà plus réversibles lorsque le phénomène vaso-occlusif est devenu douloureux.

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Le Neo40 Daily fait baisser les triglycérides

Zand, J., Lanza, F., Garg, H.K. and Bryan, N.S. (2011) All-natural nitrite and nitrate containing dietary supplement promotes nitric oxide production and reduces triglycerides in humans. Nutrition Research 31, 262-269.

(voir l'abstract ici)

Le Laboratoire américain Neogenis [Neogenis Laboratories, Inc] a mis au point un supplément alimentaire tout à fait original, disponible depuis août 2010 aux Etats-Unis et dénommé Neo40 DailyR. Se présentant sous forme de tablettes [lozenges], il est préparé à partir d’extraits de betterave et de baies d’aubépine [Hawthorn berry]. La betterave apporte de fortes quantités de nitrate. La baie d’aubépine se singularise, par contre, par une activité de nitrite réductase particulièrement marquée [voir documentation sur Neo40 Daily ici].

A 30 patients de plus de 40 ans, ayant un taux de triglycérides élevé (triglycérides sériques > 1.5 g l-1), présentant, en outre, parmi les suivants, deux autres facteurs de risque cardiovasculaire: hypertension, obésité, diabète, intoxication tabagique, vie sédentaire, antécédents familiaux de cardiopathie, les auteurs américains [Houston, Texas, USA] prescrivent, pendant 30 jours consécutifs, soit 2 tablettes par jour de Neo40 DailyR (23 patients), soit 2 tablettes d’un placebo (7 patients).

Le trentième jour, la concentration plasmatique en nitrates à jeun est en moyenne de 1.2 mg NO3- l-1 dans le groupe placebo, de 4.3 mg NO3- l-1 chez les sujets qui ont reçu une supplémentation par Neo40 DailyR.

Alors que, chez ces sujets, le taux sérique des triglycérides à jeun est, en moyenne, de 2.32 g l-1 à J 0, avant le test, il est, en moyenne, au trentième jour de supplémentation par Neo40 DailyR, de 1.68 g l-1. Nette, la baisse de la triglycéridémie est statistiquement significative.

Chez les sujets qui prennent deux tablettes par jour de Neo40 DailyR, la tension artérielle systolique baisse en moyenne de 7 mm Hg, la tension artérielle diastolique de 2 mm Hg, sans atteindre, cependant, le degré de significativité.

A juste titre, les auteurs font remarquer que, non seulement, une déficience de production endothéliale en oxyde nitrique NO, dite encore dysfonction endothéliale, est associée aux principaux facteurs de risque cardiovasculaire que sont l’hyperlipidémie, le diabète, l’hypertension, l’intoxication tabagique et la sévérité de l’athérosclérose, mais aussi qu’elle prédispose nettement le sujet à une progression ultérieure néfaste de la maladie athérosclérotique [Experimental and clinical studies provide evidence that defects of endothelial NO functions, referred to endothelial dysfunction, is not only associated with all major cardiovascular risk factors such as hyperlipidemia, diabetes, hypertension, smoking, and severity of atherosclerosis but also has a profound predictive value for future atherosclerotic disease progression].

Dans le but de restaurer l’homéostasie en oxyde nitrique, on a, précédemment, préconisé des supplémentations en L-arginine ou des traitements par les nitrates organiques, telle la trinitrine. Les supplémentations en L-arginine se sont montrées inefficaces; il se trouve, en effet, que chez ces sujets, la voie métabolique L arginine-NO est dysfonctionnelle. Les traitements par les nitrates organiques, telle la trinitrine, ne semblent pas, à la longue, dénués d’effets toxiques.

On voit que, chez l’homme, la mise au point de stratégies qui seraient capables de restaurer l’homéostasie en NO sans exercer d’effets indésirables revêtirait une importance considérable. Outre qu’elles soulageraient les budgets de santé, de telle stratégies seraient surtout susceptibles de sauver des millions de vie de par le monde [Developing such strategies or technologies to restore and replete NO availability […] is of paramount importance and could potentially save millions of lives worldwide and lessen the burden on the health care system].

Commentaire du blog

La composition de ces tablettes de Neo40 DailyR n’est pas fournie avec précision, sans doute parce qu’un brevet est en cours [patent pending technology].

L’adjonction d’extraits de baie d’aubépine est censée améliorer la réduction, dans l’organisme, de l’ion nitrite NO2- en oxyde nitrique NO. Il serait, cependant, intéressant de comparer les effets de tablettes de Neo40 DailyR avec ceux de tablettes qui ne comporteraient que des extraits de betterave. La comparaison des effets des deux types de supplémentation permettrait alors de déterminer avec plus de précision le réel intérêt de l’adjonction des extraits de baie d’aubépine.

Apparemment, la prise régulière de deux tablettes par jour de Neo40 DailyR permet de maintenir un taux plasmatique de base en nitrates de 4 mg NO3- l-1 au lieu des 1 mg NO3- l-1 habituels. S’il est vrai qu’on se rapproche quelque peu du taux plasmatique de base du sujet tibétain vivant à 4200 mètres d’altitude, lequel est, en moyenne, rappelons-le, de 14.5 mg NO3- l-1 [Erzurum et coll.2007; rubrique du 30 octobre 2009], on en reste encore éloigné.

Si les résultats de cette étude se confirment, nous disposerons d’une nouvelle méthode de lutte contre l’hypertriglycéridémie. Elle s’adressera à la majorité des sujets atteints par ce type de dyslipidémie, ceux dont le taux sérique de triglycérides, compris entre 1.5 et 5 g l-1, n’est que modérément augmenté.

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NOx sérique et cancer oesogastrique

Kishikawa, H., Nishida, J., Ichikawa, H., Kaida, S., Matsukubo, T., Miura, S., Morishita, T. and Hibi, T. (2011) Serum nitrate/nitrite concentration correlates with gastric juice nitrate/nitrite: a possible marker for mutagenesis of the proximal stomach. Nutrition 84, 62-69.

(voir l'abstract ici)

On sait qu’au cours du cycle entérosalivaire des nitrates, les nitrates plasmatiques sont activement sécrétés dans la salive. Il apparaît donc tout à fait légitime de supposer qu’une corrélation positive puisse unir les concentrations des nitrates et nitrites [NOx] dans le sérum et dans le liquide gastrique. C’est ce que les auteurs japonais cherchent ici à vérifier.

Chez 176 patients qui, après 12 heures de jeûne, sont l’objet d’une fibroscopie gastrique, les auteurs procèdent à une mesure conjointe des taux de NOx dans le sérum et dans le liquide gastrique. Quel que soit le pH gastrique, ils observent une corrélation positive entre les taux de NOx dans le sérum et les taux de NOx dans liquide gastrique, tout en faisant remarquer que, dans leur étude, le coefficient de corrélation, entre les deux variables, reste relativement faible [(the) relatively low correlation coefficient of serum and gastric juice nitrate/nitrite concentration in this study].

Comme les concentrations intragastriques de NOx et de NO évoluent proportionnellement, et que certaines hypothèses pathogéniques ont pu faire jouer un rôle au NO dans la pathogénie des cancers de la jonction oesogastrique, les auteurs proposent, dans leur conclusion, que le dosage des nitrates et nitrites [NOx] dans le sérum devienne un marqueur adapté au dépistage des cancers gastriques proximaux [In conclusion, it might possible to use serum nitrate/nitrite concentration as a biological marker for mutagenesis at the proximal stomach that has not been detected noninvasively by appropriate serum markers].

Commentaire du blog

La conclusion des auteurs, exprimée dans le titre, n’est pas recevable.

Pour étayer leur hypothèse, il aurait fallu qu’ils sélectionnent des patients atteints de cancer gastrique proximal, ou de cancer de la jonction œsogastrique, et qu’ils montrent qu’effectivement, chez de tels patients, les taux sériques de nitrate et de nitrite [NOx] à jeun sont statistiquement supérieurs à ce qu’ils sont chez les sujets témoins. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Puis il aurait fallu qu’ils expliquent à partir de quel taux sérique de NOx à jeun un risque de développement d’un cancer de la jonction oesogastrique apparaît réellement. La notion de seuil manque dans l’article. Par ailleurs, on le sait, le taux sérique de nitrate augmente après le repas, restant élevé dans les minutes et les heures qui le suivent. Douze heures après le repas, le taux sérique de nitrate est, depuis longtemps, revenu à sa valeur de base. Après douze heures de jeûne, le taux sérique de nitrate est ainsi indépendant des apports alimentaires. Il ne reflète que la synthèse endogène des nitrates par la voie de la L-arginine, ou voie de la NO synthase.

On sait que cette synthèse endogène des nitrates est particulièrement forte lors des activités sportives et lors des séjours en haute altitude. Les Tibétains, vivant à 4200 mètres d’altitude, ont, en permanence, des taux sériques de nitrate 10 fois supérieurs à ceux des sujets qui vivent au bord de la mer (Erzurum et coll., 2007) [Cf. rubrique du 30 octobre 2009]. Si l’hypothèse des auteurs était exacte, il faudrait déconseiller un sport professionnel comme le cyclisme, ou le séjour prolongé en altitude, en raison du risque carcinologique. A l’inverse, si le sport professionnel et le séjour en altitude ne sont pas sources de cancer, l’hypothèse des auteurs peut être considérée comme erronée.

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NO synthase endothéliale et néphropathie diabétique

Arya, A., Yadav, H.N. and Sharma, P.L. (2011) Involvement of vascular endothelial nitric oxide synthase in development of experimental diabetic nephropathy in rats. Molecular and Cellular Biochemistry 354, 57- 66

(voir l'abstract ici)

Chez le rat diabétique, la production rénale d’oxyde nitrique NO serait diminuée [Prabhakar et coll., 2007], tandis que chez la souris diabétique, un déficit en NO synthase endothéliale accélèrerait le développement de la néphropathie [Zhao et coll., 2006].

Les auteurs indiens [Département de Pharmacologie, Punjab] comparent, dans leur étude,

- des rats sains

-.et des rats rendus diabétiques par 2 semaines d’un régime riche en graisse, une injection intrapéritonéale de 35 mg/kg de streptozotocine, puis huit nouvelles semaines de régime riche en graisse.

-.Chez le rat sain, la glycémie, la créatininémie, l’urémie, la protéinurie, le pourcentage du poids des reins par rapport au poids du corps, le contenu total des reins en collagène et le taux sérique de nitrate et nitrite [NOx] sont respectivement, et en moyenne: 1.05 g l-1, 6.2 mg l-1, 192 mg l-1, 5.0 mg /24h, 0.8%, 2.7 mg/g et 11.5 µM.

- Chez le rat rendu diabétique, ces mêmes données sont, respectivement et en moyenne, de 3.63 g l-1, 16.7 mg l-1, 982 mg l-1, 83.5 mg/24h, 1.1%, 5.7 mg/g et 2.5 µM. Elles ont ainsi toutes augmenté, excepté le taux sérique de nitrate et nitrite [NOx] qui baisse fortement.

Si, au rat rendu diabétique, on donne à boire, pendant deux semaines, une eau fortement enrichie en nitrite de sodium et contenant 575 mg NO2- l-1, les mêmes données deviennent, respectivement et en moyenne, 3.44 g l-1, 7.9 mg l-1, 345mg l-1, 20.3 mg/24h, 0.9 %, 3.3 mg/g et 11.0 µM. Dans ces conditions, le taux sérique de nitrate et de nitrite [NOx] s’élève nettement, revenant à la normale, tandis qu’à l’inverse, la créatininémie, l’urémie et la protéinurie des 24 heures baissent significativement.

Ainsi, au cours du diabète expérimental du rat, il semble bien qu’une diminution de l’activité de la NO synthase endothéliale puisse diminuer le taux rénal en oxyde nitrique et favoriser le développement de la néphropathie diabétique [It may be concluded that a decrease in the renal level of nitric oxide, due to a decrease in the activity of vascular endothelial nitric oxide synthase, may be responsible for the development of nephropathy in high-fat diet and stretozotocin-induced diabetes in rats].

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Régime méditerranéen et infarctus du myocarde

Nadtochiy, S.M. and Redman, E.K. (2011) Mediterranean diet and cardioprotection: the role of nitrite, polyunsaturated fatty acids, and polyphenols. Nutrition 27, 733-744

(voir l'abstract ici)

Chaque année, aux Etats-Unis, à lui seul, l’infarctus du myocarde est responsable de 140 000 décès. La forte incidence dans le monde occidental de cette sévère affection cardiovasculaire s’explique, en partie, par des raisons alimentaires. Dans ces pays, le régime alimentaire est, en effet, souvent pauvre en légumes verts, en fruits, en poisson et  trop riche en graisses saturées. A l’inverse, comme le montrent un certain nombre d’études épidémiologiques, alors qu’il est riche en légumes verts, fruits, poisson et vin, le régime «méditerranéen» est à l’origine de réels effets bénéfiques cardioprotecteurs.

Suivi régulièrement, ce régime méditerranéen mène à une accumulation dans l’organisme de nitrate/nitrite/NO, d’acides gras polyinsaturés (oméga-3, -6 et -9) et de composés polyphénoliques tels la quercétine, le resvératrol ou la catéchine.  Les nitrates viennent principalement des légumes, les acides gras polyinsaturés des légumes et du poisson, les composés polyphénoliques du vin.

De nombreuses études ont déjà été consacrées aux mécanismes d’action des divers composants du régime méditerranéen. Les auteurs américains [Rochester, New York] font remarquer que diverses interactions les relient. Ainsi, la consommation de vin peut augmenter les concentrations sanguines d’acides gras polyinsaturés oméga-3, telles celles de l’acide docosahexaénoique (DHA) et de l’acide eicosapentaénoique (EPA), comme elle peut favoriser la réduction d’ions nitrite NO2- en NO dans l’estomac et la cavité buccale. Par ailleurs, la présence d’acides gras polyinsaturés augmente la synthèse d’oxyde nitrique NO dans la cellule endothéliale, tandis que l’interaction entre NO2-/NO, d’une part, et acide gras polyinsaturé, d’autre part, aboutit à la formation de lipides nitratés [nitrated lipids], connus aussi sous le nom de nitroalkènes. Comme les nitroalkènes ont pour effet de stimuler eux-mêmes la production de NO, via l’action enzymatique de la NO synthase, un phénomène de feedback positif en boucle [positive feedback loop] est en mesure de s’installer.

Les auteurs confirment ainsi, s’il en était besoin, les effets bénéfiques préventifs du régime méditerranéen à l’égard de l’infarctus du myocarde [Through the Mediterranean diet it may be possible […] to build up a strong endogenous protection in an effort to prevent myocardial infarction], et la place que jouent, dans cet effet bénéfique, les apports nitratés.

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