Nitrates alimentaires et hypertension artérielle sous traitement

Broxterman, R.M., Yaylor La Salle, D., Zhao, J., Reese, V.R., Richardson, R.S. and Trinity, J.D. (2019) The influence of dietary inorganic nitrate on blood pressure and vascular function in hypertension: prospective implications for adjunctive treatment. Journal of Applied Physiology. Sous presse

(voir l'abstract ici)

Les auteurs américains [Salt Lake City, Utah] cherchent à déterminer si l’effet hypotenseur des nitrates alimentaires ainsi que l’amélioration de la fonction vasculaire qu’ils entraînent dépendent ou non du degré d’hypertension préalable et s’ils sont affectés ou non par les médications anti-hypertensives.

Ils comparent:

- 13 patients hypertendus (âge moyen 53 ans) soumis à un traitement anti-hypertenseur (groupe A)

- à 14 patients hypertendus (âge moyen 49 ans) non soumis à un traitement anti-hypertenseur (groupe B).

Les patients des groupes A et B reçoivent:

- soit 3 jours d’un régime apportant, avec un jus de betterave riche en nitrate, 544 mg de nitrate NO3- (sous-groupe Nitrate),

- soit 3 jours d’un régime apportant, avec un jus de betterave déplété en nitrate, 0.4 mg de nitrate NO3- (sous-groupe Placebo).

Chez les patients du groupe A,

- la concentration plasmatique moyenne en nitrite NO2- est plus élevée dans le sous-groupe Nitrate que dans le sous-groupe Placebo: respectivement 15.7 versus 14.2 μg NO2- l-1 (p˂0.05).

- il n’existe pas de différence significative pour les tensions artérielles et les données explorant la fonction vasculaire entre les deux sous-groupes Nitrate et Placebo.

Chez les patients du groupe B,

- la concentration plasmatique moyenne en nitrite NO2- est plus élevée dans le sous-groupe Nitrate que dans le sous-groupe Placebo: respectivement 15.6 versus 16.6 μg NO2- l-1 (p˂0.01).

- les tensions artérielles systoliques, diastoliques et moyennes sont, en moyenne, plus faibles dans le sous-groupe Nitrate que dans le sous-groupe Placebo: respectivement 136 versus 141, 84 versus 88 et 101 versus 106 mm Hg (p˂0.05).

- la fonction vasculaire explorée par la mesure de la conductance vasculaire lors de mouvements passifs de jambe [single passive leg movement assessment of vascular function] et par la mesure de la vasodilatation médiée par le flux [flow-mediated dilation] en regard de l’artère brachiale s’avère de meilleure qualité dans le sous-groupe Nitrate que dans le sous-groupe Placebo (p˂0.05).

Ainsi, les effets bénéfiques de la supplémentation en nitrate NO3- sur la tension artérielle et la fonction vasculaire, qui s’observent chez les patients hypertendus non traités par des médications anti-hypertensives, ne concernent pas, semble-t-il, les patients hypertendus lorsqu’ils sont déjà soumis à un traitement médicamenteux anti-hypertenseur [The beneficial effects of nitrate supplementation on blood pressure and vascular function were only present in patients with hypertension not taking antihypertensive medication and not in patients with hypertension taking antihypertensive medications].

Il semble aussi que l’efficacité avec laquelle la supplémentation en nitrate NO3- améliore la tension artérielle et la fonction vasculaire soit liée au degré d’hypertension et de dysfonction vasculaire préalables [The current findings demonstrate that the efficacy of nitrate supplementation to improve blood pressure and vascular function in patients with hypertension appears to be dependent on the degree of blood pressure elevation and vascular dysfunction].

Commentaire du blog

L’étude américaine a concerné, notons-le, des sujets dont l’hypertension artérielle est, dans l’ensemble, modeste.

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Nitrates et nitrites dans les aliments de différents pays

Kalaycioglu, Z. and Erim, F.B. (2019) Nitrate and nitrites in foods: worldwide regional distribution in view of their risks and benefits. Journal of Agricultural and Food Chemistry 67, 7205-7222

(voir l'abstract ici)

Faisant appel à des articles relevés par le Science Citation Index [SCI] parus entre 2008 et 2018, les auteurs turcs [Département de Chimie, Université Technique d’Istanbul, Turquie] retranscrivent les teneurs en nitrate NO3- et en nitrite NO2- des viandes, légumes et petits pots pour bébés, telles qu’elles sont mentionnées dans 45 études de la décennie dans de nombreux pays.

Les teneurs en nitrate NO3- et en nitrite NO2- des viandes sont obtenues à partir d’articles provenant d’Italie, des Etats-Unis, de Belgique, de Turquie, de Finlande, du Soudan, de Corée, de Pologne, de Thaïlande, de France, de Chine, de Suède, d’Iran et d’Egypte

Les teneurs en nitrate NO3- et en nitrite NO2- des légumes sont obtenues à partir d’articles provenant de Thaïlande, de France, de Chine, de Belgique, de Suède, de Roumanie, d’Espagne, de Turquie, du Portugal, d’Italie, d’Iran, d’Egypte, de Slovénie, de Chypre, d’Estonie, de Tunisie, de Pologne, des Etats-Unis et du Chili.

Les teneurs en nitrate NO3- et en nitrite NO2- des petits pots pour bébés sont obtenues à partir d’articles provenant du Portugal, du Brésil, d’Italie et des îles Fidji.

Les auteurs se contentent de fournir les données recueillies et de les inscrire au sein de trois volumineux tableaux.

Dans leur conclusion, ils relatent  le rôle bénéfique cardiovasculaire des nitrates et des nitrites, sur lequel les travaux des dernières années ont bien mis l’accent [There is a persuasive argument regarding the relation between nitrate and nitrite intake and positive health outcomes such as cardioprotective effects over the past few years]. Ils suggèrent en conséquence que les doses journalières admissibles [DJA] édictées depuis les années 1960 par les agences sanitaires, nationales ou internationales, concernant notamment les nitrates des légumes, soient réétudiées et réévaluées [On the basis of collected data, vegetable-based nitrate and/or nitrite intakes can be re-evaluated]. Il convient, en effet, de réinterpréter les risques et bénéfiques de leur consommation [It seems that the role of theses two ions in our diet is important now from a different point of view. In this review, the nitrate and nitrite contents of food products from different countries are displayed globally in order to reinterpret the risks/benefits of our consumption quotation].

Commentaire du blog

Rappelons que seuls les ions nitrite NO2- peuvent être toxiques, et ils ne le sont que chez le nouveau-né âgé de moins de 6 mois. A cet âge, la méthémoglobine réductase n’est pas encore pleinement fonctionnelle. L’ingestion de nitrite NO2- peut être à l’origine d’une méthémoglobinémie.

Chez l'adulte et l'enfant âgé de plus de 6 mois, les ions nitrate NO3- sont sans aucun danger.

Il est vrai que, dans un milieu bactériologiquement contaminé contenant plus de 106  germes ml-1, les ions nitrate NO3- peuvent être transformés, partiellement ou totalement, en ions nitrite NO2-. L'ingestion par un nouveau-né âgé de moins de 6 mois d'un biberon préparé avec du lait en poudre et une eau de puits "sordide" contenant des nitrates et, de plus, fortement bactériologiquement contaminée pourrait donner lieu à un apport d'ions nitrite NO2-. Elle pourrait lui faire courir un risque de méthémoglobinémie. De même, à cet âge, la consommation d'un petit pot pour bébé ouvert puis laissé plus de 6 heures à température ambiante pourrait, pour des raisons identiques, exposer au même risque.

Le seul danger des nitrates alimentaires concerne ainsi le tout jeune âge, et d'une manière indirecte. Il se rapporte à l'ingestion d'une eau de puits sordide ou à celle d'un petit pot pour bébé ouvert puis laissé trop longtemps à température ambiante.

Les effets bénéfiques des nitrates alimentaires sont, par contre, très nombreux [Cf. RUBRIQUES PAR THEMES et RUBRIQUES PAR THEMES 2]. Leurs effets bénéfiques cardiovasculaires sont majeurs.

Les normes et doses journalières admissibles édictées à l’égard des nitrates alimentaires par les administrations devront être réévaluées.

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Nitrate et cancer colorectal

Espejo-Herrera, N., Gracia-Lavedan, E., Boldo, E., Aragones, N., Pérez-Gomez, B., Pollan, M., Molina, A.J., Fernandez, T., Martin, V., La Vecchia, C., Bosetti, C., Tavani, A., Polesel, J., Serraino, D., Gomez Acebo, I., Altzibar, J.M., Ardanaz, E., Burgui, R., Pisa, F., Fernandez-Tardon, G., Tardon, A., Peiro, R., Navarro, C., Castano-Vinyals, G., Moreno, V., Righi, E., Aggazzotti, G., Basagana, X., Nieuwenhuijsen, M., Kogevinas, M. and Villanueva, C.M. (2016) Colorectal cancer risk and nitrate exposure through drinking water and diet. International Journal of Cancer 139, 334-346

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Dans cet article paru en 2016, les auteurs, espagnols et italiens, présentent une étude cas-contrôles effectuée entre les années 2008 et 2013. Leur but est d’évaluer le risque de cancer rectocolique, rectal et colique, éventuellement être lié aux apports alimentaires en nitrate NO3- provenant de l’eau de boisson et de la nourriture solide.

Ils comparent 1869 patients atteints de cancer rectocolique à 3550 sujets témoins.

Chez les sujets participant à l’étude, les apports quotidiens en nitrate NO3- provenant de l’eau de boisson sont compris entre 3.4 et 19.7 mg, tandis que les apports quotidiens en nitrate NO3- provenant des légumes est, en moyenne, de 102 mg (de 31.5 à 172.5 mg).

Les auteurs constatent que la fréquence du cancer colorectal est plus marquée chez les sujets tributaires d’une eau de boisson apportant quotidiennement plus de 10 mg de nitrate NO3- que chez ceux dont l’eau de boisson en apporte quotidiennement moins de 5 [Odd ratio: 1.49] [Odd ratio (95% CIs) of colorectal cancer was 1.4 (1.24, 1.78) for > 10 versus < 5 mg/day, overall]. L’association entre les nitrates de l’eau de boisson et le risque de cancer colorectal s’observe ainsi, font-ils remarquer, pour des teneurs en nitrate inférieures à la concentration maximale admissible [CMA] édictée par les autorités administratives européennes et fixée à 50 mg NO3- l-1 [Results of this large cas-control study suggest a positive association between colorectal cancer and long-term exposure ot nitrate in drinking water, at levels below 50 mg/l of NO3-, particularly in subgroups of the population such as men and subjects with high red meat intake. The association slightly differed for colon and rectal cancer].

Par contre, un tableau [Table 4] (sur lequel les auteurs insistent moins) montre que, dans la même étude, la fréquence du cancer colorectal est moins marquée chez les sujets dont la consommation de légumes apporte quotidiennement plus de 118 mg de nitrate NO3- que chez ceux dont la consommation de légumes en apporte quotidiennement moins de 68, l’odd ratio étant alors de 0.83

Commentaire du blog

On sait que les apports alimentaires en nitrate NO3- proviennent habituellement pour 80% des légumes.

Qu’ils soient fournis par l’eau de boisson, les légumes ou les viandes, les nitrates alimentaires NO3- suivent tous ensuite le même cycle entéro-salivaire, qui les fait passer successivement dans la cavité buccale, l’œsophage, l’estomac, le duodénum, la circulation sanguine, la salive et à nouveau la cavité buccale, où, stagnant, ils sont alors partiellement transformés en nitrites NO2- (faibles précurseurs de nitrosamines). Ainsi, il ne paraît guère possible que les ions nitrate NO3- provenant de l’eau de boisson et les ions nitrate NO3- provenant des légumes aient des effets opposés à l’égard du risque d’apparition du cancer colorectal.

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Nitrates alimentaires et fonction musculaire. Revue

Coggan, A.R. and Peterson, L.R. (2018) Dietary nitrate enhances the contractile properties of human skeletal muscle. Exercise and Sport Sciences Reviews 46, 254-261

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Les auteurs américains [Université Purdue, Indianapolis, Indiana; Université Washington, Saint-Louis, Missouri] recensent 12 études publiées entre 2013 et 2018, consacrées aux effets, chez l’homme, des apports alimentaires en nitrate NO3- sur les propriétés contractiles musculaires.

De ces études, il ressort que l’ingestion aiguë ou chronique de nitrate NO3- (ou également de nitrite NO2-) augmente significativement, chez l’homme, les propriétés contractiles musculaires. L’effet porte spécialement sur les fibres musculaires à contraction rapide. La puissance musculaire se trouve renforcée [Numerous recent studies, both by ourselves and by others, have demonstrated that acute or chronic NO3- (or NO2-) ingestion significantly enhances the contractile properties of human skeletal muscle, especially speed and hence power].

Ces effets, chez l’homme, des nitrates NO3- ingérés sur les propriétés contractiles musculaires se vérifient dans différents contextes. On les constate chez:

- les sujets jeunes,

- les sujets âgés,

- les sujets non entraînés,

- les athlètes entraînés,

- les patients atteints d’insuffisance cardiaque.

Les mécanismes en cause sont encore inconnus [The precise mechanisms responsible for this NO3--induced increase in human muscle contractility are still unknown].

Les auteurs américains émettent cependant des hypothèses.

Par l’intermédiaire du cycle entéro-salivaire des nitrates, les ions nitrate NO3- ingérés sont convertis en ions nitrite NO2- salivaires, ces derniers l’étant ensuite en oxyde nitrique NO. L’augmentation de la biodisponibilité en oxyde nitrique NO pourrait dès lors avoir plusieurs conséquences, entre autres:

• une nitrosylation des récepteurs de la ryanodine RyR, l’une des classes de canaux calciques, insérée dans la membrane du réticulum sarcoplasmique. L’ouverture des canaux calciques en résultant contribuerait à la libération des ions calcium Ca2+ [[…] Nitrosylation of the sarcoendoplasmic reticulum RyR […] increases Ca2+ release by «locking» this channel in the open configuration].

• Une activation de la guanylate cyclase. La formation, à partir du guanosine triphosphate, de la guanosine-monophosphate cyclique [GMPc] se trouve accrue. Dès lors, une stimulation de l’activité de la protéine kinase G, GMPc-dépendante, induirait une accentuation de la phosphorylation des chaînes légères régulatrices de la myosine, une plus grande sensibilité au calcium des protéines contractiles, et ainsi une meilleure fonction contractile musculaire [The increase in NO also results in activation of soluble guanyl cyclase and hence in an increase in cyclic guanosine monophosphate [cGMP]. This increase in cyclic guanosine monophosphate [cGMP] stimulates protein kinase G activity, which in turn enhances regulatory light chain phosphorylation and hence Ca2+ sensitivity, thus improving muscle contractile function].

Les auteurs souhaitent que de futurs travaux se penchent sur ces hypothèses. Une meilleure connaissance dans ce domaine pourrait avoir d’heureuses répercussions. Elle permettrait par exemple, par l’intermédiaire des supplémentations alimentaires en nitrate NO3-, d’améliorer la fonction musculaire tant des sujets sains que des patients [Additional research will be needed to test this hypothesis and to determine the practical and clinical benefits of using NO3- supplementation to augment muscle function in healthy and diseased population].

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Nitrate de l’eau de boisson et cancer en Iran.

Moradnia, M., Poursadeghiyan, M., Mahvi, A.H. and Panahi Fard, M. (2019) The relation of cancer risk with nitrate exposure in drinking water in Iran. Iran Journal of Public Health 48, 362-364

(voir le texte entier ici)

Dans une lettre à la rédaction de l’Iran Journal of Public Health, les auteurs iraniens [Université des sciences sociales et de réadaptation de Téhéran; Universités des sciences médicales de Téhéran, d’Ispahan, de Ahwaz] abordent la question des liens existant potentiellement, dans leur pays, entre la teneur en nitrate NO3- de l’eau de boisson et le risque d’apparition des cancers.

Ils portent leur attention sur 5 des 31 provinces d’Iran, à savoir la province de Téhéran, le Khorassan-e Razavi au nord-est du pays, le Khouzistan au sud-ouest, le Pars également au sud-ouest, enfin l’Ardabil sur la côte ouest de la mer Caspienne. Les populations respectives sont de 12 million, 6 millions, 4 millions et demi, 4 millions et demi et 1 million deux cent mille habitants.

• Dans la province de Téhéran, la concentration moyenne de nitrate NO3- dans l’eau de boisson dépasse la concentration maximale admissible fixée depuis 1984 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à 45 mg NO3- l-1. Elle est, en moyenne, de 87 mg NO3- l-1. La prévalence du cancer, et notamment du cancer gastrique, est connue pour être élevée dans la zone urbaine de la capitale [The Tehran metropolitan area […]  had high rates of cancer (especially gastric cancer)].

• Dans le Khouzistan, où la concentration moyenne de l’eau de boisson en nitrate NO3- est de 59 mg NO3- l-1, la prévalence de cancer gastrique non cardial est forte [The prevalence of non-cardia cancer in Khuzestan, southwest of Iran was reported high]

• A Chiraz, au centre de la province de Pars, où la concentration moyenne de l’eau de boisson en nitrate NO3- est de 72 mg NO3- l-1, l’incidence du cancer a fortement augmenté entre 1998 et 2005 [It is found that the rate increased of cancer cases in Shiraz (center of Fars Province) from 18% to 81% from 1998 to 2005].

• La province d’Ardabil, où la concentration moyenne de l’eau de boisson en nitrate NO3- est de 58 mg NO3- l-1, a la plus forte incidence en cancer gastrique d’Iran [Ardabil, a northwestern province, had the highest incidence of gastric cancer in Iran].

Les auteurs iraniens concluent qu’en Iran, une association significative existe entre la prévalence du cancer et l’exposition à des concentrations de nitrate NO3- dans l’eau de boisson relativement élevées et supérieures aux limites règlementaires internationales [There was a significant association between cancer prevalence and exposing to impermissible level of nitrate in drinking water].

Commentaire du blog

La méthodologie statistique est manifestement défaillante. Les 26 autres provinces iraniennes sont passées sous silence. Et pour les provinces iraniennes retenues, le flou des données récoltées ne permet pas de préciser les valeurs-p.

Ainsi, entre l’exposition à des concentrations en nitrate NO3- dans l’eau de boisson (si elles sont supérieures à la concentration maximale admissible de l’OMS) et la prévalence de tel ou tel cancer aucune association significative ni aucun lien de cause à effet ne sont ici démontrés.

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Nitrate, inflammation, fonction immunitaire, santé cardiovasculaire

Raubenheimer, K., Bondonno, C., Blekkenhorst, L., Wagner, K.H., Peake, J.M. and Neubauer, O. (2019) Effects of dietary nitrate on inflammation and immune function, and implications for cardiovascular health. Nutrition Reviews. Sous presse

(voir l'abstract ici)

 

De diverses études expérimentales, il ressort que l’oxyde nitrique NO généré par voie endogène sous l’action enzymatique de la NO synthase endothéliale est pourvu d’un effet anti-inflammatoire. Il prévient l’activation et l’adhésion leucocytaires, réduit la perméabilité vasculaire et la transmigration leucocytaire, inhibe l’expression des protéines d’adhésion cellulaire. Le mécanisme par lequel l’oxyde nitrique NO module l’interaction leucocyte-cellule endothéliale n’est cependant pas parfaitement connu.

Au cours des dernières années, un certain nombre de travaux ont cherché à déterminer dans quelle mesure, cette fois par l’intermédiaire de la voie nitrate-nitrite-NO, les apports alimentaires en nitrate NO3- ou en nitrite NO2- pouvaient moduler l’inflammation vasculaire et l’homéostasie immunitaire.

Dans une revue de synthèse, les auteurs australiens [Universités de Joondalup et Perth, Australie occidentale] et autrichiens [Université de Vienne, Autriche] recensent 21 études consacrées, dans une perspective cardiovasculaire, aux effets sur l’inflammation et la fonction immunitaire des apports alimentaires en végétaux riches en nitrate NO3- ou d’autres apports alimentaires en nitrate NO3- et nitrite NO2-. On dénombre 13 études expérimentales chez l’animal (souris et rats) et 8 études chez l’homme.

Dans l’ensemble, les études expérimentales effectuées chez l’animal suggèrent que les apports en nitrate NO3- et en nitrite NO2- modulent l’inflammation et font évoluer le statut de l’inflammation vers un profil davantage anti-inflammatoire [Taken together, the results from the animal studies suggest that dietary nitrate and nitrite modulate inflammation and shift the inflammatory status toward a more anti-inflammatory profile].

Chez l’homme, la supplémentation alimentaire en nitrate NO3- ou en nitrite NO2- pourrait exercer des effets bénéfiques sur les marqueurs solubles de l’inflammation, notamment chez les patients à risque cardiovasculaire ou encore chez ceux dont le taux de protéine C réactive est élevé. Il est possible qu’existe aussi un seuil au-delà duquel l’effet anti-inflammatoire des nitrates NO3- se manifeste, mais à supposer qu’il existe il n’est pas encore quantitativement précisé [There is evidence to suggest potentially beneficial effects of nitrate on inflammatory markers, particularly in individuals at risk or with elevated levels of inflammatory markers such as CRP. Importantly, there may be a (currently unknown) threshold for inflammation above or below which dietary nitrate may provide benefit].

Les auteurs concluent en considérant que les bénéfices cardiovasculaires des apports alimentaires en nitrate NO3- peuvent provenir, au moins en partie, de la modulation  exercée, par l’intermédiaire de la voie Nitrate-Nitrite-Oxyde nitrique NO, sur l’inflammation vasculaire et l’homéostasie immunitaire [Emerging data suggest that the benefits of dietary nitrate on the cardiovascular system are partially exerted through modulation of immune and inflammatory aspects]. D’autres études chez l’animal restent cependant nécessaires afin de mieux comprendre les mécanismes moléculaires et cellulaires mis en jeu [Further animal studies are needed to advance the understanding of the underlying molecular and cellular mechanisms].

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Supplémentation en nitrate et en citrulline chez le sujet âgé

Le Roux-Mallouf, T., Pelen, F., Vallejo, A., Halimaoui, I., Doutreleau, S. and Verges, S. (2019) Effect of chronic nitrate and citrulline supplementation on vascular function and exercise performance in older individuals. Aging 2019 11, 3315-3322

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Une augmentation de la biodisponibilité en oxyde nitrique NO est connue pour améliorer les performances physiques et sportives et la fonction vasculaire [Increased nitric oxide (NO) bioavailability may improve exercise performance and vascular function]. Les auteurs français [Centre de Recherche INSERM de l’Université Grenoble-Alpes; Service de Médecine du Sport de l’Hôpital Michallon de Grenoble] cherchent à savoir si une population particulière, les sujets âgés, chez lesquels la biodisponibilité en oxyde nitrique NO est diminuée, peut tirer bénéfice d’une supplémentation orale au long cours par les précurseurs de l’oxyde nitrique NO.

Ils présentent une étude randomisée en double aveugle chez 24 sujets en bonne santé (12 hommes, âge moyen: 64 ans; 12 femmes, âge moyen: 62 ans).

Pendant un mois, à titre de supplémentation alimentaire, les sujets ingèrent chaque jour:

- soit une boisson (N+C) à base d’extrait de salade et de citrulline, contenant 520 mg de nitrate NO3- et 6g de citrulline [C6H13N3O3],

- soit une boisson placebo (PLA), à base de décoction de queue de cerise, de couleur et de goût similaires.

• Les auteurs français constatent qu’après un mois, la supplémentation (N+C) de précurseurs d’oxyde nitrique NO fait baisser les tensions artérielles systolique et diastolique au repos, sans atteindre, cependant, la significativité statistique. Par contre, elle fait baisser significativement la tension artérielle moyenne, de 3.3 mm Hg en moyenne [The N+C group showed a significantly greater reduction in mean blood pressure compared to PLA (p = 0.047)].

• Après un mois de supplémentation, les modifications des vitesses de l’onde de pouls carotido-fémorale ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes [PRE-POST changes in pulse wave velocity did not differ significantly between groups (all p > 0.05)].

• Après un mois, la supplémentation (N+C) de précurseurs d’oxyde nitrique NO réduit significativement le rythme cardiaque et la consommation d’oxygène lors de l’effort submaximal de pédalage sur cyclo-ergomètre ; de même elle augmente significativement la puissance maximale, d’en moyenne 5.2 %. Par contre, elle n’a pas d’effet significatif sur un test d’extension isométrique, intermittente et progressive, au genou [N+C supplementation reduced heart rate and oxygen consumption during submaximal cycling and increased maximal power output by 5.2% (p < 0.05), but had no effect on knee extension exercise performance].

L’étude confirme que, chez le sujet âgé, une supplémentation alimentaire prolongée en précurseurs d’oxyde nitrique NO exerce des effets favorables sur la tension artérielle et les performances physiques. Ils peuvent être importants à prendre en compte dans le cadre de la prévention du vieillissement et de ses risques cardiovasculaires [This study suggests that chronic supplementation of nitric oxide synthase-dependent and independent NO production pathways in older adults had positive effects on blood pressure and whole body exercise performance which are important health-related physiological outcomes especially regarding ageing and cardiovascular risks].

Commentaire du blog

Le blog «Nitrates et santé – Le blog des nitrates» salue cette étude française consacrée aux effets des nitrates sur la santé.

Depuis le mois d’octobre 2009, notre blog a présenté 719 rubriques. Parmi ces 719 rubriques, notre pays n’est à l’origine que de:

- 4 travaux de synthèse ou récapitulatifs,

- 1 étude effectuée chez l’animal,

- et, si l’on comptabilise celle-ci, 5 études effectuées chez l’homme.

On le voit, la moisson n’est guère abondante. Dans le domaine scientifique des liens entre les nitrates inorganiques NO3- et la santé, la France a pris du retard. Souhaitons qu’à l’avenir elle le rattrape.

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Nitrate et réponses vasculaires

Burleigh, M., Liddle, L., Muggeridge, D.J., Monaghan, C., Sculthorpe, N., Butcher, J., Henriquez, F. and Easton, C. (2019) Dietary nitrate supplementation alters the oral microbiome but does not improve the vascular responses to an acute nitrate dose. Nitric Oxide 89, 54-63

(voir l'abstract ici)

Sous forme de nourriture, solide ou liquide, l’ingestion de nitrate NO3- alimentaire augmente transitoirement la biodisponibilité en oxyde nitrique NO. Après leur cycle entéro-salivaire, les ions nitrate NO3- salivaires sont réduits en ions nitrite NO2- salivaires par les enzymes nitrato-réductrices des bactéries de la flore buccale [Nitrate (NO3-) contained in food and beverages can transiently increase nitric oxide (NO) availability following a stepwise reduction to nitrite (NO2-) by commensal bacteria in the oral cavity].

Les auteurs écossais [Université de l’Ecosse de l’Ouest, Blantyre; University of the Highlands and Islands, Inverness; Université calédonienne de Glasgow, Glasgow] cherchent à savoir si une ingestion régulière de nitrates alimentaires peut influencer

- la flore bactérienne buccale,

- l’aptitude de ces bactéries salivaires à réduire les ions nitrate NO3- en ions nitrite NO2-,

- et, de ce fait, les réponses d’ordre vasculaire à une ingestion unique de nitrate NO3-.

Ils recrutent 11 hommes sains et volontaires, âgés en moyenne de 30 ans. Ceux-ci ingèrent chaque jour et pendant 7 jours, de manière randomisée et en cross over, le wash-out étant de 4 semaines:

- soit 70 ml d’un jus de betterave riche en nitrate, apportant 384 mg de nitrate NO3-,

- soit 70 ml d’un jus de betterave déplété en nitrate.

• Au 7ème jour, comme prévu, les concentrations plasmatiques et salivaires en nitrate NO3- et en nitrite NO2- sont significativement élevées par rapport aux taux de départ dans le premier bras de l‘étude, et non dans le second.

• De même, la supplémentation de sept jours en nitrate NO3- augmente significativement le pH salivaire, lequel passe en moyenne de 7.13 à 7.39 (p=0.043).

• Elle modifie aussi l’abondance relative de certaines bactéries salivaires. En moyenne, l’abondance des Neisseria passe de 2 à 9% (p < 0.001), celle des Prevotella de 34 à 23% (p = 0.001), celle des Actinomyces de 1 à 0.5%

Lorsqu’on compare les résultats à J8 par rapport à ceux à J0, malgré les modifications d’ordre bactériologique, on ne constate pas de répercussion particulière des 7 jours de supplémentation en nitrate sur les réponses à une ingestion unique de 140 ml d’un jus de betterave riche en nitrate, apportant 768 mg de nitrate NO3-.

A J8, comparativement à J0 et suite à l’ingestion des 768 mg de nitrate NO3-, l’augmentation des concentrations salivaire et plasmatique en nitrite NO2-, la diminution de la tension artérielle systolique et l’augmentation de la vasodilatation flux-dépendante sont statistiquement similaires dans les deux groupes (7 jours préalables avec ingestion d’un jus de betterave riche en nitrate vs 7 jours préalables avec ingestion d’un jus de betterave déplété en nitrate) [Despite these alterations to the oral microbiota, an acute dose of NO3- increased salivary and plasma NO2-, reduced systolic blood pressure and increased the response to flow mediated dilation to a similar extent before and after 7 days of supplementation (p > 0.05)].

En conclusion, si une ingestion unique de nitrate NO3- améliore transitoirement la fonction vasculaire, la modification de la flore bactérienne buccale constatée après un apport chronique en nitrate ne modifie pas réellement l’effet vasculaire [Acute ingestion of NO3- results in transient improvements in vascular function but the dietary induced adaptation to the oral bacteria did not enhance these effects].

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Apport en nitrate et hypertension induite par le sel

Morris, R.C. Jr, Pravenec, M., Silhavy, J., DiCarlo, S.E. and Kurtz, T.W. (2019) Small Amounts of Inorganic Nitrate or Beetroot Provide Substantial Protection From Salt-Induced Increases in Blood Pressure. Hypertension 73 (5), 1042-1048

(voir l'abstract ici)

Il y a une quarantaine d’années, on a montré, chez le rat à tendance génétiquement hypertensive, que la consommation au long cours de chlorure de sodium NaCl accentuait la tendance hypertensive, alors que celle du chlorure de potassium KCl l’atténuait. Pour protéger l’animal des effets hypertensifs de l’adjonction de chlorure de sodium, il conviendrait d’ajouter le chlorure de potassium dans la nourriture à une concentration au moins équimolaire (~1:1) [Dahl et al (1972) found that a molar ratio of added dietary potassium to added dietary salt of ~1:1 was required for supplemental potassium to strongly protect against the pressor effects of a large increase in salt intake].

Les autorités médicales ont transmis la consigne. Au cours des dernières décennies cependant, peu de personnes s’y sont conformées et ont changé en conséquence leurs habitudes alimentaires. Si, pour contrecarrer les effets hypertensifs du chlorure de sodium, il était possible de proposer aux populations des consignes tout aussi efficaces mais plus faciles à suivre, l’avantage serait indéniable [During the past several decades, relatively few people have changed their eating habits sufficiently to reach the recommended dietary goals for salt and potassium. Thus, new strategies that reduce the risk of salt-induced hypertension without requiring major changes in dietary habits would be of considerable medical interest].

Les auteurs américains [Université de Californie, San Francisco] et tchèques [Académie des sciences de la République tchèque, Prague] présentent une étude expérimentale réalisée chez des rats de lignée Dahl sensibles au sel. Ils constatent que l’adjonction dans la nourriture de nitrate de sodium NaNO3 exerce un effet protecteur à l’égard de l’hypertension induite par le sel lorsque le rapport molaire nitrate NO3- ajouté/Na+ ajouté n’est que de ~1:170 [In the current studies in a widely used model of salt-induced hypertension, the Dahl salt-sensitive rat, we found that supplemental dietary sodium nitrate confers substantial protection from initiation of salt-induced hypertension when the molar ratio of added nitrate to added salt is only ~1:170].

Ils considèrent ainsi que, chez l’animal et sur une base molaire, l’effet anti-hypertenseur de l’apport alimentaire en nitrate NO3- se montre 100 fois plus puissant que celui de l’apport alimentaire en potassium K+ [The results suggest that on a molar basis and a weight basis, dietary nitrate may be ~100x more potent that dietary potassium with respect to providing substantial resistance to the pressor effects of increased salt intake].

Puisque les légumes verts et la betterave sont particulièrement riches en nitrate, les auteurs américains et tchèques suggèrent que l’adjonction à des produits salés de petites quantités de concentrés de légumes riches en nitrate soit un moyen finalement assez simple de réduire le risque d’installation d’une hypertension artérielle induite par le sel [Given that leafy green and root vegetables contain large amounts of inorganic nitrate, these findings raise the possibility that fortification of salty food products with small amounts of a nitrate-rich vegetable concentrate may provide a simple method for reducing isk for salt-induced hypertension].

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Apports en nitrate et risque cardio-rénal de la lithiothérapie

Mooney, J.J. (2019) Dietary nitrates may reduce cardiorenal side-effects of lithium therapy in older subjects. Journal of Psychiatric Research 114, 147-148

(voir la référence ici)

Dans une lettre à l’éditeur, l’auteur américain [Beth Israel Deaconess Medical Center, Boston, Massachusetts, USA] cite d’abord un travail multicentrique réalisé à partir de 12 sites internationaux [Tondo et coll. (2017)]: 312 patients âgés de 20 à 89 ans, atteints de troubles bipolaires, sont traités pendant une moyenne de 18 ans par le carbonate de lithium. On constate chez eux que la fonction glomérulaire rénale décline progressivement, le déclin étant de ~30% plus marqué que dans la population témoin.

L’auteur cite ensuite une quinzaine d’études réalisées au cours des dernières années attirant l’attention sur les effets favorables exercés par les nitrates NO3- alimentaires ou l’oxyde nitrique NO sur le système cardiovasculaire, la tension artérielle et la fonction endothéliale.

L’auteur américain suppose dès lors qu’une augmentation, sous forme de légumes, des apports quotidiens en nitrate NO3- pourrait favorablement réduire le risque cardio-rénal chez les patients atteints de troubles bipolaires traités au long cours par le carbonate de lithium [In summary, increases in dietary nitrate consumption may reduce pro-inflammatory and cardio-renal risks in middle-aged and elderly patients taking long-term lithium therapy for the treatment of bipolar disorders].

Commentaire du blog

L’auteur fait part de ce qui n’est encore qu’une intuition, ou qu’une hypothèse. Il reste, bien sûr, à mettre en œuvre des études sur le long terme véritablement consacrées au sujet.

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