Mal perforant plantaire diabétique et oxyde nitrique NO

Kwesiga, M.P., Cook, E., Hannon, J., Wayward, S., Gwaltney, C., Rao, S. and Frost, M.C. (2018) Investigative study on nitric oxide production in human dermal fibroblast cells under normal and high glucose conditions. Medical Sciences 6, 99; doi:10.3390/medsci6040099

 

(voir l'abstract et le texte entier ici)

 

Le traitement de l’ulcération du pied diabétique, connue sou le nom de mal performant plantaire, n’a pas toujours l’efficacité souhaitée. Les fibroblastes du patient diabétique sont déficients. Ils se multiplient peu, trop lentement. La production de la matrice extracellulaire aidant à la migration des kératinocytes vers le lit de la plaie s’avère insuffisante [[…].their inability to proliferate and produce extracellular matrix that will aid in the migration of keratinocytes across the wound bed]. La guérison de l’ulcération diabétique est particulièrement longue à se produire.

 

En réalité, l’oxyde nitrique NO joue un rôle majeur dans la guérison. Si des études ont pu montrer que les fibroblastes sont des producteurs d’oxyde nitrique NO, on ignore encore la réelle dynamique de la production d’oxyde nitrique NO par les fibroblastes dans les diverses conditions physiologiques et pathologiques.

 

Les auteurs américains [Université technologique du Michigan] présentent une étude expérimentale consacrée à la production d’oxyde nitrique NO in vitro par les fibroblastes dermiques de sujets humains adultes.

 

L’étude, qui dure 24 heures, est effectuée en milieu:

- soit normoglucosé (5.5 mM),

- soit enrichi en glucose (25 mM).

 

Les cellules fibroblastiques sont:

- ou bien non stimulés,

- ou bien stimulés par interféron gamma (IFN-γ) et lipopolysaccharides bactériens (bacterial endotoxin lipopolysaccaride LPS).

 

Les résultats sont affichés dans le tableau ci-dessous, les nombres mentionnés étant évalués en moles/min.cm2 pour 105 cellules.

 

 

Milieu normoglucosé (5.5 mM)

Milieu enrichi en glucose (25 mM)

Sans stimulation

Libération d’oxyde nitrique NO à la 1ère heure

0.5 10-12

0.19 10-11

 

Libération d’oxyde nitrique NO à la 24ème heure

0.5 10-12

0.19 10-11

Avec stimulation par IFN-γ

Libération d’oxyde nitrique NO à la 1ère heure

0.94 10-11

0.35 10-11

 

Libération d’oxyde nitrique NO à la 24ème heure

0.6 10-11

0.81 10-12

Ainsi la production d’oxyde nitrique NO par les fibroblastes dermiques humains soumis à une stimulation par interféron gamma (IFN-γ) et lipopolysaccharides bactériens (LPS) est in vitro significativement plus importante en milieu normoglucosé qu’en milieu hyperglucosé [Our study showed that human dermal fibroblasts cells cultured in normal glucose conditions with stimulation show significant higher levels of NO compared to cells cultured in high glucose conditions with stimulation (p ˂ 0.05)].

 

Sachant qu’habituellement très longue, la guérison d’une ulcération de pied diabétique dure en moyenne 150 jours, les auteurs envisagent dans un texte complémentaire [voir ici] de mettre au point des pansements imprégnés de nitrite NO2-, susceptibles de libérer localement de l’oxyde nitrique NO et ainsi, peut-être, de ramener le temps de cicatrisation de 150 à 21 jours.

 

Commentaire du blog

 

• La cicatrisation de l’ulcération du pied diabétique en 21 jours, telle qu’elle est envisagée ci-dessus, n’est qu’un objectif. Pour le moment, les auteurs ne l’ont observée chez aucun patient.

 

• Si l’oxyde nitrique NO joue un rôle majeur dans la cicatrisation de l’ulcération diabétique, c’est sans doute, principalement, par l’intermédiaire de son effet anti-infectieux. On sait que, provenant des nitrites NO2- acidifiés, l’oxyde nitrique NO réagit avec des formes activées de l’oxygène, tel le superoxyde O2-, donnant lieu à la formation d’un bactéricide extrêmement puissant, l’ion peroxynitrite ONOO-.

 

• Lorsqu’un animal lèche sa plaie, il déverse une salive contenant 108 germes ml-1. Au lieu de s’infecter, la plaie de l’animal cicatrise rapidement. Le mécanisme: Nitrites salivaires → Oxyde nitrique NO → Ion peroxynitrite ONOO- en constitue l’explication.

 

• En 2010, un auteur américain, J.V. Boykin, s’était intéressé au lien entre le taux de NOx dans le liquide de suintement de l’ulcération diabétique et la qualité de sa cicatrisation [Cf. rubrique du 15 mars 2010].

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Bain de bouche, brossage de langue, tension artérielle

Tribble, G.D., Angelov, N., Weltman, R., Wang, B.-H., Eswaran, S.V., Gay, I.C., Parthasarathy, K., Dao, D.-H.V., Richardson, K.N., Ismail, N.M., Sharina, I.G., Hyde, E.R., Ajami, N.J., Petrosino, J.F. and Bryan, N.S. (2019) Frequency of tongue cleaning impacts the human tongue microbiome composition and enterosalivary circulation of nitrate. Frontiers in Cellular and Infection Microbiology. doi:10.3389/fcimb.2019.00039

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Le rôle que joue la flore bactérienne buccale dans le cycle entéro-salivaire des nitrates, plus précisément dans la transformation des nitrates NO3- salivaires en nitrites NO2- salivaires, est reconnu. Mais les mécanismes exacts de la symbiose entre l’homme et ses microbes buccaux constituent un champ de recherche en grande partie inexploré [Although there is compelling evidence supporting the role of the tongue microbiome in the enterosalivary nitrate-nitrite-NO pathway, this remains a relatively unexplored area of human-microbial mutualism and many important questions must be addressed].

Les auteurs américains [Houston, Texas] étudient les effets respectifs d’un bain de bouche antiseptique et du brossage de la langue sur le microbiome buccal (la flore bactérienne buccale) et la tension artérielle systolique.

27 sujets, 10 hommes et 17 femmes, âgés de 20 à plus de 50 ans, en bonne santé, non hypertendus, indemnes de toute pathologie buccale, sont recrutés au sein de l’Ecole dentaire de Houston [Houston School of Dentistry].

Pendant l’étude, les sujets continuent, sans les modifier, leurs habitudes hygiéniques buccales. Les rythmes du brossage des dents et du brossage de la langue ne sont pas changés. Ainsi 13 sujets recourent au brossage de la langue une fois par jour, 10 autres y recourent deux fois par jour, voire davantage.

Pendant 7 jours, deux fois par jour, une fois le matin, une fois le soir, ils procèdent à un rinçage de bouche durant 30 secondes avec 15 ml d’un produit antiseptique contenant 0.12 % de gluconate de chlorhexidine. La tension artérielle systolique de repos est vérifiée à J0, J7, J10 et J14.

La réponse tensionnelle systolique à la chlorhexidine apparaît «bimodale» [bimodal response].

- Chez 9 sujets, on constate une augmentation de la tension artérielle systolique supérieure à 5 mm Hg.

- Chez 4 autres, on observe, au contraire, une baisse de la tension artérielle systolique supérieure à 5 mm Hg

[[…] 13 subjects had changes in blood pressure > 5mm Hg in response to chlorhexidine; 9 subjects had an increase in resting blood pressure after treatment with chlorhexidine, while four had a decrease].

Aucune habitude hygiénique buccale (rythme du brossage des dents, brosse à dent électrique ou manuelle, utilisation d’un fil dentaire, fréquence des visites chez le dentiste, etc.) ne semble retentir sur la réponse tensionnelle systolique à la chlorhexidine, son importance ou son type, sauf l’une d’entre elles: la fréquence du brossage de la langue [No significant correlation were found for any demographic or oral hygiene data, except for tongue cleaning frequency]. Ainsi:

- chez les sujets qui ne se brossent la langue qu’une fois par jour et chez ceux qui ne pratiquent pas de brossage de langue, les bains de bouche à la chlorhexidine ont tendance, après 7 jours d’application, à diminuer la tension artérielle systolique.

- et chez ceux qui se brossent la langue deux fois par jour, voire davantage, les bains de bouche à la chlorhexidine ont tendance, au contraire, après 7 jours d’application, à augmenter la tension artérielle systolique

 [Subjects who cleaned their tongue twice or more per day as part of their normal oral hygiene were more likely to have an increase in systolic blood pressure during use of chlorhexidine for 1 week. Subjects who did not clean their tongue on a daily basis were more likely to have a decrease in systolic blood pressure].

Chez 6 sujets, les auteurs se livrent à une expérience complémentaire. Après un seul rinçage pendant 30 secondes de la cavité buccale avec une solution contenant 2% de chlorhexidine, ils observent, lors de prélèvements bactériens effectués au tiers postérieur de de la langue toutes les heures pendant les huit heures suivantes:

- 1) d’abord, à la sixième heure, une diminution du nombre des unités formant colonies [UFC], lequel est divisé par 10, puis, dans un deuxième temps, entre la sixième et la huitième heures, une nouvelle augmentation des UFC. Elles deviennent alors aussi nombreuses qu’avant l’utilisation de la chlorhexidine,

- 2) et, également entre la sixième et la huitième heures, un enrichissement significatif en bactéries nitratoréductrices.

[Chlorhexidine caused a significant reduction in bacterial viability, but this effect was only a 10-fold reduction, detectable 6h after treatment. The dynamics of recovery from chlorhexidine exposure are notable, in that there was a rapid recovery in viable counts between 6 and 8h, which corresponded with a significant increase in nitrate reduction to nitrite in the tongue samples].

Commentaire du blog

• Si elles sont intéressantes, ces constatations ne sont pas toutes faciles à expliquer.

• Quoi qu’il en soit, on remarque que le travail n’a porté que sur un nombre restreint de sujets. Il conviendrait qu’à l’avenir d’autres études similaires soient effectuées sur un nombre plus important de participants, de manière à vérifier si ces premiers résultats se confirment.

• Il arrive que le brossage de la langue soit recommandé pour lutter contre l’halitose, ou mauvaise haleine. En fait, le grattage n’ôte que le biofilm situé à la surface de la langue, les bactéries se reconstituant rapidement. A l’égard du brossage de la langue, les dentistes et stomatologistes expriment habituellement une réelle réticence.

• Lors de leur expérience complémentaire chez 6 sujets, les auteurs texans ont effectué les prélèvements bactériens, non dans la partie antérieure de la face supérieure de la langue (où a lieu le brossage) mais à la partie postérieure. C’est effectivement sur ce site postérieur que se trouve la réserve bactérienne. Les glandes de Von Ebner déversent leur sécrétion au fond de sillons interpapillaires situés au tiers postérieur de la langue. Libérant des bicarbonates, elles contribuent ainsi à augmenter le pH local. Les bactéries nitratoréductrices et productrices de nitrite qui siègent en abondance dans ces sillons sont, de la sorte, protégées de toute acidification du milieu, même transitoire. N’étant pas acidifiés, les nitrites salivaires présents dans les sillons ne peuvent être transformés en oxyde nitrique NO et peroxynitrite. La sécurité des micro-organismes nitratoréducteurs qui y siègent ne peut être menacée. On comprend dès lors qu’ils réapparaissent dans la cavité buccale 6 à 8 heures après rinçage à la chlorhexidine.

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Nitrate, nitrite, cancer de l’estomac. Méta-analyse

Zhang, F.X., Miao, Y., Ruan, J.G., Meng; S.P., Dong, J.D., Yin, H., Huang, Y., Chen, F.R., Wang, Z.C. and Lai, Y.F. (2019) Association between nitrite and nitrate intake and risk of gastric cancer. A systematic review and meta-analysis. Medical Science Monitor 25, 1788-1799

(voir l'abstract et le texte entier ici)

A partir de trois bases de données: [PubMed (NCBI), EMBASE (Elsevier), Bibliothèque Cochrane], les auteurs chinois [Service de gastro-entérologie; hôpital général de Yinchuan, région autonome de Ningxia] procèdent à une méta-analyse, le but étant de vérifier s’il existe ou non un lien entre les apports alimentaires en nitrate NO3- ou en nitrite NO2- et le cancer de l’estomac.

Ils recueillent 18 études cas-contrôles et 6 études prospectives de cohorte, réunissant un total de 800321 participants. Dans chaque étude, en fonction de l’importance des apports, ils séparent les sujets en trois groupes: 1) apports les plus élevés 2) apports modérés 3) apports les plus faibles.

Ils constatent,

• pour les nitrates,

- que les sujets ayant les apports en nitrate NO3- les plus élevés ont un risque réduit de développer un cancer de l’estomac [Odds ratio: 0.81; P = 0.021];

- les sujets dont les apports en nitrate NO3- sont modérés ont également un risque réduit de développer un cancer de l’estomac [Odds ratio: 0.86; P = 0.036], la réduction du risque étant cependant un peu moindre.

[We noted that high (OR, 0.81; 95%CI, 0.68-0.97; P = 0.021) or moderate (OR, 0.86; 95%CI, 0.75-0.99, P = 0.036) nitrate intakes were associated with a reduced risk of gastric cancer].

• pour les nitrites,

- que les sujets qui ont les apports en nitrite NO2- les plus élevés ont un risque accru de développer un cancer de l’estomac [Odds ratio: 1.27; P = 0.022];

- les sujets dont les apports en nitrite NO2- sont modérés ont également un risque accru de développer un cancer de l’estomac [Odds ratio: 1.12; P = 0.037], l’accroissement du risque étant un peu moindre.

[The highest (OR, 1.27; 95%CI, 1.03-1.55; P = 0.022) or moderate (OR, 1.12; 95%CI, 1.01-1.26; P = 0.037) nitrite intake were associated with a higher risk of gastric cancer].

Les auteurs chinois admettent qu’à l’égard de leur méta-analyse certaines réserves peuvent être formulées [We were aware of several limitations of this meta-analysis]. Par exemple, les quantités de nitrate NO3- ou de nitrite NO2- ingérées par les sujets des différents groupes (apports les plus élevés – apports modérés – apports les plus faibles) ne sont pas réellement précisées. Elles diffèrent d’une étude à l’autre [The cutoff values of nitrite and nitrate intakes differed among the included studies, which could have affected the comparability between exposure and control]

Commentaire du blog

On sait qu’en 2006, affirmant qu’il ne pouvait se prononcer sur la carcinogénicité des nitrates NO3- indépendamment de facteurs nutritionnels associés, le groupe de travail du Centre International de Recherche sur le Cancer [CIRC] a fait savoir que son avis porterait sur les «nitrates […] ingérés, quand l’ingestion se fait dans des conditions permettant une nitrosation endogène». A son avis, ainsi, l’ingestion de nitrate NO3- peut  être classée comme «probablement carcinogène chez l’homme (groupe 2A)». [As the cancer hazard from nitrate […] ingestion could not be determined without considering these other factors, the Working Group defined the agent not as “ingested nitrate […]”, but as “ingested nitrate […] under conditions that result in endogenous nitrosation”, which was categorized as probably carcinogenic to humans (Group 2A)].

Cette position du Centre International sur le Cancer [CIRC], reposant sur des bases discutables, a été très critiquée, notamment par N. Bryan et coll., 2012. Un rapport du World Cancer Research Fund [WCRF, Londres, Royaume-Uni] a, d’ailleurs, montré en 2015 que la consommation de légumes (brocoli, chou, chou-fleur, épinards, carotte, laitue, tomate, poireau) pourvoyeurs de nitrate NO3-, a pour effet, non d’augmenter, mais de diminuer le risque des cancers, non seulement de l’estomac, mais également de la cavité buccale, du pharynx et de l’œsophage [rubrique du 25 octobre 2016].

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Nitrate, sous-produits de la chloration de l’eau, cancers du côlon et du rectum

Jones, R.R., DellaValle, C.T., Weyer, P.J., Robien, K., Cantor, K.P., Krasner, S., Freeman, L.E.B. and Ward, M.H. (2019) Ingested nitrate, disinfection by-products, and risk of colon and rectal cancers in the Iowa Women’s Health Study cohort. Environmental International 126, 242-251

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Les études de Chen et coll., 1987, Morales-Suarez-Varella et coll., 1995, Roos et coll., 2003, Chiu et coll., 2010 [rubrique du 04 06 2010], n’ont pas réussi à montrer un lien entre la teneur en nitrate NO3- de l’eau de boisson et l’incidence du cancer du côlon. L’étude de Chang et coll., 2010, n’a pas montré de lien entre la teneur en nitrate NO3- de l’eau de boisson et l’incidence du cancer du rectum [rubrique du 19 10 2010]. L’étude de DellaValle et coll., 2014 n’a pas montré non plus de lien entre les apports alimentaires en nitrate NO3- (eau exclue) et l’incidence du cancer colorectal [rubrique du 16 03 2014].

Une étude plus récente, celle de Schullehner et coll., 2018, a, certes, noté un lien entre la teneur en nitrate de l’eau de boisson et l’incidence du cancer colorectal, le risque étant censé apparaître lorsque la teneur en nitrate NO3- de l’eau de boisson dépassait 3.87 mg NO3- l-1. Le taux limite signalé par les auteurs danois est, en réalité, très faible, nettement inférieur à la concentration maximale admissible [CMA] édictée par l’Union européenne: 50 mg NO3- l-1[rubrique du 05 05 2018]

Par ailleurs, lorsqu’il est ajouté à l’eau pour désinfection et après son contact avec certains composés organiques, le chlore peut donner lieu à la formation de divers sous-produits, en particulier à celle des trihalogénométhanes [THM] et des acides halogénoacétiques [AHA]. Quelques travaux ont cherché à établir un lien entre de tels sous-produits et l’incidence des cancers du côlon et du rectum. Ils ne sont pas parvenu à le confirmer [Disinfection by-products (DBPs] commonly found in chlorinated drinking water, including trihalomethanes (THMs) and haloacetic acids (HAAs) – the predominant by-products – have been evaluated in relation to colorectal cancer in a small number of epidemiological studies. Most investigations of colorectal cancer have shown null or differing patterns of association for colon and rectum separately, or heterogeneity in risks between men and women].

Les auteurs américains [Rockville, Maryland; Iowa City, Iowa; Washington, district de Columbia; La Verne, Californie] se servent d’une importante cohorte prospective de femmes d’âge post-ménopausique, la «Iowa Women’s Health Study [IWHS] cohort», pour évaluer l’influence isolée ou conjointe des nitrates et des sous-produits de désinfection chlorée sur l’incidence des cancers du côlon et du rectum.

A partir de 15910 femmes tributaires de l’eau d’adduction publique pendant plus de 10 ans, le registre de l’Iowa, the «State Health Registry [SHR]», comptabilise, entre 1986 et 2010, 624 cancers du côlon et 158 cancers du rectum. Les apports en nitrate NO3- sont évalués par une version modifiée du questionnaire alimentaire de Harvard [A modified version of the Harvard food frequency questionnaire [FFQ]…]. Les apports en sous-produits de la chloration de l’eau sont estimés par des experts, en fonction des modalités de traitement des eaux publiques [Annual disinfection by-products concentrations (μg/l) before promulgation of total trihalomethane regulations in the 1980s were estimated by experts on known characteristics of the public water supplies, including treatment practices and water source, and current and historical disinfection by-product measurements].

• Comme l’indiquent les deux tableaux ci-dessous, les auteurs américains ne trouvent aucun lien statistique significatif entre les ingestions de nitrate NO3-, provenant de l’eau d’adduction publique ou de l’alimentation en général, et les risques d’apparition du cancer du côlon et du cancer du rectum.

Concentration moyenne de l’eau en NO3- (mg l-1)

Hazard ratio [HR]

Cancer du côlon

Hazard ratio [HR]

Cancer du rectum

≤ 1.6

1.0 (Ref.)

1.0 (Ref.)

1.6 – 2.2

1.13

0.48

2.2- 5.9

1.32

0.86

5.9 – 15.6

0.98

0.94

> 15.6

0.97

0.64

 

Apports alimentaires moyens en nitrate  (mg NO3- j-1)

Hazard ratio [HR]

Cancer du côlon

Hazard ratio [HR]

Cancer du rectum

≤ 43

1.0 (Ref.)

1.0 (Ref.)

43 – 61

0.98

1.03

61 – 85

0.97

0.91

> 85

1.11

1.27

• Des liens sont, par contre, possibles entre les ingestions de trihalogénométhanes [THM] ou d’acides halogénoacétiques [AHA] et les incidences des deux cancers du côlon et du rectum [Colon cancer risks were non-significantly associated with the average total trihalomethane (TTHM) levels > 17.7 μg/L and were elevated for any duration of exposure >1/2-Maximum Contaminant Level. Rectal cancer risks were associated with the highest TTHM levels but not with years >1/2-Maximum Contaminant Level. Bromodichloromethane and trichloroacetic acid levels were also associated with risk of rectal cancer].

• Quand l’attention se porte sur les risques d’apparition des cancers du côlon et du rectum, les auteurs américains ne détectent finalement aucune interaction entre les ions nitrate NO3- et les trihalogénométhanes [We found no evidence of interaction between total trihalomethane (TTHM) and NO3-N on the risk of either cancer].

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Légumes chypriotes

Kyriacou, M.C., Soteriou, G.A., Colla, G. and Rouphael, Y. (2019) The occurrence of nitrate and nitrite in Mediterranean fresh salad vegetables and its modulation by preharvest practices and postharvest conditions. Food Chemistry 285, 468-477

(voir l'abstract ici)

Par chromatographie en phase liquide de haute performance, les auteurs, chypriotes [Nicosie] et italiens [Université de la Tuscia, Viterbe; université de Naples-Frédéric II] mesurent les teneurs en nitrate NO3- et en nitrite NO2- de 11 types de légume différents provenant d’étals de magasins chypriotes. 698 échantillons sont prélevés. Prélèvements et mesures sont effectués soit durant le semestre d’été, du 1er avril au 30 septembre, soit durant le semestre d’hiver, du 1er octobre au 31 mars.

Les résultats des teneurs moyennes en nitrate en mg NO3- kg-1 de poids frais sont les suivants:

 

Eté (1er avril – 30 septembre)

Hiver (1er octobre – 31 mars)

Chou

1017

251

Feuille de céleri

1433

1611

Tige de céleri

334

1159

Coriandre

2523

1747

Fenouil

3015

1903

Bettes

2780

2844

Laitue

843

1144

Pourpier

1533

1897

Persil

3240

2867

Roquette

3819

3974

Epinards

2463

1409

Les teneurs maximales enregistrées ont concerné l’été la roquette et les épinards, l’hiver la roquette, avec des concentrations respectives de 6946, 5767 et 8279 mg NO3- kg-1 de poids frais.

Certaines valeurs observées dans la roquette et les épinards dépassent ainsi la concentration maximale règlementaire établie par la Commission des Communautés européennes [A market survey […] revealed […] nitrate levels in excess of permitted values, as set by European Commission Regulation 1881/2006 (and subsequent amendments, for rocket and spinach]. Pour les auteurs chypriotes et italiens, ces taux importants de nitrate observés dans la roquette et les épinards peuvent être consécutifs à un excès de fertilisation azotée, dépassant 200 kg d’azote par hectare [Violation of current nitrate limits is likely when total N exceeds 200 kg ha-1].

Les concentrations en nitrite NO2- de ces végétaux sont, par contre, ou nulles ou faibles. Un taux important de nitrite a cependant été constaté sur un prélèvement de chou, l’hiver: 352 mg NO2- kg-1 de poids frais.

Commentaire du blog

• Les teneurs en nitrate NO3- des légumes chypriotes ici rapportées sont à considérer avec un certain recul. N’étant pas connue, l’heure de la récolte du végétal n’est pas mentionnée.

On sait que la lumière solaire influence fortement la teneur en nitrate des légumes. Des expériences britanniques ont montré qu’au cours des vingt-quatre heures, le taux de nitrate dans les feuilles fraîches d’épinards subit d’importantes fluctuations en raison des variations de l’intensité lumineuse. La nuit, la photosynthèse cesse. Les nitrates s’accumulent dans le tissu foliaire; leur taux augmente. Le matin, la photosynthèse reprend; les nitrates sont métabolisés dans les feuilles; leur taux diminue. Il a ainsi été noté qu’en août le taux de nitrates dans les feuilles fraîches d’épinards peut diminuer de moitié entre 8 heures et 15 heures avant d’augmenter à nouveau, progressivement et significativement, tout au long de la nuit suivante (Emmett and Son Ltd, 1998).

• La concentration maximale règlementaire en nitrate NO3- pour la laitue, les épinards et la roquette, édictée par la Commission des Communautés européennes, est dénuée de base scientifique. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer:

- les concentrations moyennes en nitrate relevées dans les légumes de cette étude: souvent entre 1000 et 3000 mg NO3- kg-1 de poids frais,

- les concentrations maximales réglementaires en nitrate, selon la Commission des Communautés européennes (2006):

- pour la laitue, 3000 mg NO3- kg-1 de poids frais l’été, 4000 mg NO3- kg-1 de poids frais l’hiver,

- pour l’épinard, 3500 mg NO3- kg-1 de poids frais,

- pour la roquette, 6000-7000 mg NO3- kg-1 de poids frais.

- et la concentration maximale en nitrate de l’eau de boisson, toujours maintenue par le Conseil des Communautés européennes à 50 mg NO3- l-1, ou 50 mg NO3- kg-1.

Les considérations à l’origine de ces normes sont de nature administrative; elles ne sont pas scientifiques.

• Quand elles sont mesurables, les concentrations de nitrite NO2- observées dans des échantillons de légumes sont uniquement le témoin d’une conservation défectueuse. Lorsque, dans un milieu, le nombre de bactéries dépasse le seuil de 106 germes ml-1, les ions nitrate NO3- peuvent, alors, être transformés en ions nitrite NO2-.

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Ingestion de nitrate et hypotension post-exercice

de Lima Bezerra, A.D., Costa, E.C., Pacheco, D.A., Souza, D.C., Farias-Junior, L.F., Ritti-Dia, R.M., Grigolo, G.B., de Bittencourt Junior, P.I.H., Krause, M. and Fayh, A.P.T. (2019) Effect of Acute Dietary Nitrate Supplementation on the Post-Exercise Ambulatory Blood Pressure in Obese Males: A Randomized, Controlled, Crossover Trial. Journal of Sports Science and Medicine 18, 118-127

(voir l'abstract et  le texte entier ici)

Comme l’indique le Collège Américain de Cardiologie, l’activité physique régulière réduit, respectivement et en moyenne, les tensions artérielles systolique et diastolique de 4 à 5 et de 2 à 4 mm Hg. Et une activité physique unique est également capable de réduire la tension artérielle, au moins pendant plusieurs heures. Le phénomène est connu sous le nom d’«hypotension post-exercice» [According to the American College of Cardiology, regular physical exercise reduces systolic blood pressure and diastolic blood pressure by 4-5 mmHg and 2-4 mmHg, respectively. In fact, even a single bout of exercise can induce short-term reductions on blood pressure, a phenomenon called post-exercise hypotension].

Les auteurs brésiliens [Natal, Sao Paulo, Porto Alegre] vérifient si une supplémentation alimentaire en nitrate NO3-, sous forme de jus de betterave, exerce, ou non, chez l’homme jeune, obèse, non hypertendu, quelque influence sur l’hypotension post-exercice.

Pour une étude randomisée et en cross over, ils recrutent 14 hommes non hypertendus, âgés de 20 à 30 ans et obèses. Leur indice de masse corporelle est compris entre 30 et 40 kg/m2.

Trois sessions sont organisées:

- 1) La session BJE [Beetroot juice with exercise]. Les sujets ingèrent 200 ml d’un jus de betterave riche en nitrate, apportant 800 mg de nitrate NO3-. Une heure plus tard, ils effectuent sur tapis roulant un exercice de moyenne intensité pendant 40 minutes.

- 2) La session FSE [Fruit soda with exercise]. Les sujets ingèrent 200 ml d’une boisson pauvre en nitrate. Une heure plus tard, ils effectuent le même exercice sur tapis roulant.

- 3) La session CON [Control]. Les sujets ingèrent 200 ml d’une eau pauvre en nitrate sans, par la suite, effectuer d’exercice.

La concentration plasmatique en NOx [Nitrate NO3- + Nitrite NO2-] est mesurée avant l’ingestion, juste avant l’exercice, juste après l’exercice, puis encore une heure plus tard. Les tensions artérielles systolique et diastolique sont enregistrées en ambulatoire durant les vingt-quatre heures qui suivent l’exercice.

Comme prévu, la concentration plasmatique en NOx s’élève significativement une heure après l’ingestion dans le groupe BJE. Elle passe, en moyenne, de 9.9 à 47.0 μM, et elle reste encore élevée une heure après l’exercice: en moyenne, 54.7 μM. Elle n’est pas modifiée dans les deux autres groupes [The plasma NOx concentration increased significantly after ingestion of beetroot juice (from 9.9 ± 8.4 μM to 47.0 ± 16.9 μM, p < 0.001) and remained elevated until 1 hour post-intervention (54.7 ± 10.1 μM, p < 0.001), while it did not change in FSE and CON groups].

Fait notable, pendant la période allant d’une heure à six heures après l’exercice, les tensions artérielles systoliques sont, en moyenne:

- dans le groupe BJE (ayant ingéré 800 mg de nitrate NO3- sous forme de jus de betterave et effectué un exercice sur tapis roulant) de 119.7 mm Hg

- dans le groupe FSE (ayant ingéré une boisson fruitée sans nitrate et effectué le même exercice) de 123.5 mm Hg

- dans le groupe CON contrôle (ayant ingéré de l’eau et n’ayant pas effectué d’exercice) de 125.1 mm Hg.

Ainsi, l’ingestion de 800 mg de nitrate NO3- suivi d’un exercice a, une à six heures plus tard:

- par rapport à l’ingestion d’une eau sans nitrate non suivie d’exercice, diminué, en moyenne, la tension artérielle systolique de 5.3 mm Hg,

- par rapport à l’ingestion d’une boisson sans nitrate suivie du même exercice, diminué, en moyenne, la tension artérielle systolique de 3.8 mm Hg

[The BJE session decreased ambulatory systolic blood pressure in 5.3 mmHg (p = 0.025) in the period of 1-6 h after the BJE session compared to the CON session and reduction of 3.8 mmHg (p = 0.05) compared to the FSE session].

On n’enregistre, par contre, aucune modification significative de la tension artérielle diastolique.

En conclusion, les auteurs brésiliens estiment que, grâce à sa richesse en ions nitrate NO3-, le jus de betterave peut avoir, chez le sujet obèse ou à risque cardiovasculaire, un réel intérêt thérapeutique, car il tend à accroître l’hypotension post-exercice [Inorganic nitrate may have important therapeutic applications to decrease the blood pressure response to exercise when individuals have cardiovascular risk. Beetroot may be a co-adjuvant to increase post-exercise blood pressure response].

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N°700, Nitrate, Nag Hammadi, évangiles apocryphes

La 700ème rubrique du blog «Nitrates et Santé – Le blog des nitrates» constitue l’occasion d’élargir les perspectives et d’aborder un lien, insoupçonné, peut-être étrange, entre l’ion nitrate NO3- et l’archéologie du vingtième siècle.

En décembre 1945, environ un an et demi avant la découverte dans le désert de Judée des fameux manuscrits de la mer Morte, se produisit un autre évènement archéologique d’une égale importance. En Haute-Egypte, à quelque 450 kilomètres au sud du Caire et 60 kilomètres au nord de Louxor et de la Vallée des Rois, des fellahs du petit village d’al-Qasr se rendaient vers le massif du Djebel el Tarif, lui-même situé à une vingtaine de kilomètres d’une ville nommée Nag Hammadi. Le massif descend à pic vers la vallée du Nil, héberge de nombreuses grottes, abrite d’anciens tombeaux. La région est connue pour contenir des vestiges de monastères fondés par saint Pacôme au quatrième siècle.

Le but des fellahs n’était nullement archéologique. Ils venaient simplement chercher du sabakh, un fertilisant nitraté présent dans les roches du massif, afin de le ramener dans des sacoches à dos de chameau. Soudain, entrés dans une grotte, ils aperçurent, dans un recoin, une ancienne jarre scellée, en terre cuite. Elle mesurait un mètre environ de hauteur, et était recouverte d’un bol en guise de couvercle.

Espérant trouver de l’or ou des bijoux, l’un des deux fellahs [son nom était Muhammad Ali] fracassa la jarre avec une pioche. S’en échappèrent en réalité, non de l’or, mais 12 cahiers, ou codices, de manuscrits sur papyrus, exceptionnellement bien conservés, la sécheresse bien connue du climat de Haute-Egypte en étant la cause. A l’exception du Codex XII, les codices avaient gardé leur reliure d’origine en cuir. Le cuir était fait soit de peau de chèvre, soit de peau de mouton. Les codices étaient constitués de feuillets écrits des deux côtés, pliés et reliés. Les pages avaient 23 à 30 centimètres de hauteur, 12 à 18 cm de largeur. Elles étaient écrites en onciale.

La moisson s’avéra extrêmement riche. L’ensemble comptait 1156 pages, réparties elles-mêmes en 52 traités. Il s’agissait de traductions coptes datant du milieu du 4ème siècle, tirées de textes plus anciens, rédigés sans doute lors des 2ème et 3ème siècles par des penseurs gnostiques.

Ces textes sont maintenant qualifiés d’«apocryphes». Ils sont le plus souvent placés sous l’autorité d’apôtres de Jésus, dépositaires, selon les auteurs, d’un enseignement secret. L’attribution était, en réalité, purement fictive. Citons:

-  l’Evangile selon Thomas,

- l’Evangile selon Philippe,

- l’Apocalypse de Paul,

- les Première et Deuxième Apocalypses de Jacques,

- la Lettre de Pierre à Philippe,

- les Actes de Pierre et des Douze Apôtres,

- et le Livre des Secrets de Jean.

Certains des traités sont influencés par la gnose d’origine juive, d’autres par la gnose d’origine grecque et le néo-platonisme. En tout état de cause, ils n’étaient, à l’époque, nullement destinés au grand public; ils s’adressaient à des initiés, qu’on jugeait capables d’entendre un enseignement ésotérique.

De nos jours, l’essentiel des apocryphes chrétiens sont présentés au lecteur français dans deux tomes de La Pléiade. On distingue d’ailleurs deux sources:

- les fonds des bibliothèques monastiques [mont Athos en Grèce, monastère Sainte-Catherine du Sinaï, monastère Blanc, près de Sohag, en Haute-Egypte],

- et les découvertes archéologiques qui se sont succédé à partir de la seconde moitié du 19ème siècle. La mise au jour, en 1945, de la bibliothèque gnostique de Nag Hammadi, aujourd’hui conservée au musée copte du Caire, en constitue, sans doute, l’élément le plus marquant.

Certes, le lien entre les nitrates et la découverte des manuscrits de Nag Hammadi peut être considéré comme tenu. Mais, peut-on le faire remarquer ? si, en 1945, les paysans égyptiens d’al-Qasr n’avaient pas été attirés par les fertilisants nitratés des roches du Djebel el Tarif, la jarre en terre cuite et ses cinquante-deux traités gnostiques n’auraient pas, alors, été découverts. Tout un pan de l’histoire religieuse de l’Orient méditerranéen serait resté, plus longtemps, voire même à jamais, méconnu.

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Jus de betterave et course à pied

de Castro, T.F., de Assis Manoel F., Figueiredo, D.H., Figueiredo, D.H. and Machado, F.A. (2019) Effects of chronic beetroot juice supplementation on maximum oxygen uptake, velocity associated with maximum oxygen uptake, and peak velocity in recreational runners: a double-blinded, randomized and crossover study. European Journal of Applied Physiology. In press.

(voir l'abstract ici)

Les auteurs brésiliens [Université de Maringa, Etat du Parana] présentent une étude randomisée, en double aveugle et cross over portant sur 13 jeunes sportifs, âgés en moyenne de 28 ans, adeptes pour le loisir de la course à pied […recreational runners].

Des tests physiques sont réalisés sur tapis roulant à la suite de deux types de supplémentation alimentaire:

- soit 3 jours de supplémentation par un jus de betterave riche en nitrate apportant 520 mg de nitrate NO3- j-1 (groupe BRJ ou «beetroot juice»),

- soit 3 jours de supplémentation par un jus de betterave déplété en nitrate n’apportant que 0.62 mg de nitrate NO3- j-1 (groupe PLA ou placebo).

(le dernier apport en jus de betterave ayant lieu 2 heures avant le test physique)

A l’occasion de ces tests physiques, les auteurs brésiliens mesurent:

- la consommation maximale d’oxygène: VO2max,

- la vitesse à VO2max: vVO2max,

- la vitesse maximale: Vpeak,

- la fréquence cardiaque maximale: HRmax,

- le niveau maximal de perception de l’effort: RPEmax, (selon l’échelle de Borg),

- les concentrations plasmatiques en glucose avant et après le test physique: Glucpre, Glucpost,

- la lactatémie maximale.

La fréquence cardiaque maximale HRmax, le niveau maximal de perception de l’effort: RPEmax (selon l’échelle de Borg), les concentrations plasmatiques en glucose avant et après le test physique: Glucpre, Glucpost, de même que la lactatémie maximale, ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes, à savoir:

-  le groupe BRJ, ou «beetroot juice», des sujets soumis quotidiennement, pendant 3 jours, à une supplémentation de 520 mg de nitrate NO3-

- et le groupe PLA, ou placebo, des sujets soumis quotidiennement, pendant la même durée, à la supplémentation minime de 0.62 mg de nitrate NO3-.

Par contre, chez les sujets du groupe BRJ soumis, pendant 3 jours, à une supplémentation de 520 mg de nitrate NO3- par jour, la consommation maximale d’oxygène: VO2max, la vitesse à VO2max: vVO2max et la vitesse maximale: Vpeak apparaissent significativement supérieures à ce qu’elles sont chez les sujets du groupe PLA, ou placebo, ceux qui n'ont reçu, pendant la même durée, qu’une supplémentation quotidienne de 0.62 mg de nitrate NO3-.

Ainsi dans le groupe BRJ, VO2max, vVO2max et Vpeak sont significativement plus élevés [VO2max was higher following BRJ vs PLA (46.6 ± 6.4 vs 45.1 ± 5.8 ml kg-1 min-1; P = 0.022), as well as vVO2max (14.5 ± 0.8 vs 13.9 ± 1.0 km h-1 P = 0.024) and Vpeak (15.5 ± 1.1 vs 15.2 ± 1.2 km h-1 P = 0.038)]

L’amélioration, après trois jours de supplémentation en jus de betterave, de ces trois variables VO2max, vVO2max et Vpeak, laisserait entrevoir de meilleures performances physiques d’endurance. Les auteurs brésiliens invitent les sportifs faisant de la course à pied pour leur loisir à ajouter du jus de betterave à leur régime de base [Since these are important variables for the prediction, monitoring, and prescription of endurance training, recreational runners may benefit from the effects of beetroot juice if they add this supplement to their dietary routine].

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Régime méditerranéen versus régime végan

Rogerson, D., Maças, D., Milner, M., Liu, Y. and Klonizakis, M. (2018) Contrasting effects of short-term Mediterranean and vegan diets on microvascular function and cholesterol in younger adults: a comparative pilot study. Nutrients 10, 1897; doi:10.3390/nu10121897

(voir l'abstract et le texte entier ici)

Les auteurs britanniques [Sheffield, Comté du Yorkshire, Royaume-Uni] cherchent à savoir si, après quatre semaines de suivi, un régime méditerranéen et un régime végan exercent, ou non, les mêmes effets, entre autres sur la fonction microvasculaire, la concentration du sérum en cholestérol total et le poids corporel.

Ils recrutent 24 sujets [18 femmes, 6 hommes,], volontaires, d’âge compris entre 18 et 35 ans. Pendant 4 semaines, 12 d’entre eux [10 femmes, 2 hommes] suivent un régime méditerranéen, les 12 autres [8 femmes, 4 hommes] un régime végan.

De nombreuses données biologiques, dont la conductance vasculaire cutanée [CVC], la concentration sérique en cholestérol total et le poids corporel, sont mesurées aux jours J1 et J28. De même, les renseignements obtenus par des interrogatoires aux jours J1 et J28 permettent d’évaluer les quantités de macro- et micro-nutriments consommés par les sujets des deux groupes.

Si l’on se réfère aux quantités de légumes et de fruits consommés par les sujets des deux groupes, on obtient les chiffres moyens suivants, en g j-1:

 

Régime méditerranéen Visite 1

Régime méditerranéen Visite 2

Régime végan

Visite 1

Régime végan

Visite 2

Légumes

165

263

132

279

Fruits

18

188

121

401

Les auteurs constatent:

- chez les sujets ayant suivi le régime méditerranéen, une amélioration significative de la conductance vasculaire cutanée, mesurée par fluxmétrie laser doppler [Dietary changes reflected improvements in plateau raw cutaneous vascular conductance in the Mediterranean Diet group (p=0.05)],

- chez les sujets ayant suivi le régime végan, une diminution significative à la fois de la concentration sérique en cholestérol total et du poids corporel [Dietary changes reflected […] a reduction in total cholesterol (p=0.045) and weight loss (p=0.047) in the Vegan Diet group].

Ainsi, selon les auteurs britanniques, les deux régimes, le régime méditerranéen comme le régime végan, seraient en mesure d’exercer des effets bénéfiques cardiovasculaires. L’effet bénéfique cardiovasculaire du régime méditerranéen serait, peut-être, plus prononcé que celui du régime vegan, le premier pouvant contenir plus de légumes riches en nitrate NO3-. D’où, alors, une meilleure biodisponibilité en oxyde nitrique NO et un plus fort effet vasodilatateur [Although both diets might offer cardiovascular diseases risk-reduction benefits, evidence for the Mediterranean Diet appeared to be stronger due to changes in vasodilatory ability and NO bioavailability].

Les auteurs britanniques sont conscients des limites méthodologiques de leur étude. Ils signalent le manque de randomisation, le faible échantillonnage, la répartition inégale des sexes des participants, la courte durée des régimes. Ils considèrent que leur étude n’est qu’une étude pilote, destinée principalement à encourager la mise en œuvre d’autres recherches dans ce domaine.

Commentaire du blog

Dans cette étude, la quantité moyenne de légumes consommée globalement par les sujets soumis au régime méditerranéen ne semble, en réalité, pas plus importante que celle  consommée par les sujets soumis au régime végan. Il aurait été intéressant de connaître les réelles quantités globales de nitrate NO3- ingérée quotidiennement par les sujets des deux groupes.

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Substances entravant l’action anti-hypertensive des ions nitrate et nitrite

Oliveira-Paula, G.H., Pinheiro, L.C. and Tanus-Santos, J.E. (2019) Mechanisms impairing blood pressure responses to nitrite and nitrate. Nitric Oxide 85, 35-43

(voir l'abstract ici)

Affection multifactorielle, l’hypertension artérielle est associée à une diminution de la synthèse endogène en oxyde nitrique NO, ainsi qu’à une diminution de sa biodisponibilité [Hypertension is a multifactorial disease associated with impaired nitric oxide (NO) production and bioavailability]. L’action anti-hypertensive des ions nitrate NO3- et nitrite NO2- ne fait plus de doute [There is no doubt that nitrite and nitrate exert antihypertensive effects].

Après avoir rappelé l’existence du cycle entéro-salivaire des nitrates, les auteurs brésiliens [Université de Sao Paulo] passent en revue les différents agents pouvant atténuer l’action anti-hypertensive des ions nitrate NO3- et nitrite NO2-, et expliquent les mécanismes mis en jeu.

Les différents facteurs en cause sont les suivants:

- légumes riches en glucosinolates,

- consommation de tabac,

- bains de bouche antiseptiques,

- inhibiteurs de la pompe à protons,

- acide ascorbique à forte dose,

- inhibiteurs de la xanthine oxydase.

Légumes riches en glucosinolates

Autrefois dénommés thioglucosides, les glucosinolates associent un glucose à un groupe sulfate. Certains légumes, tels le chou, le chou-fleur et le brocoli, en sont assez riches. La myrosinase dont ils sont également pourvus a pour propriété de convertir durant la mastication les glucosinolates en thiocyanates. Les thiocyanates exercent alors vraisemblablement dans la cavité buccale une action inhibitrice à l’égard de la conversion des ions nitrate NO3- en ions nitrite NO2-, ce qui pourrait contribuer à atténuer l’action anti-hypertensive des apports alimentaires en nitrate NO3- [This mechanism is associated with impaired conversion of nitrate into nitrite in the oral cavity, thus attenuating the blood pressure  responses to nitrate]

Consommation de tabac

La fumée de cigarette contient des ions cyanure CN-. A la suite de réactions de transsulfuration catalysées par deux systèmes enzymatiques, la thiosulfate sulfotransférase [TST] et la 3-mercapto-pyruvate sulfurtransférase [MST], les ions cyanure sont transformés en ions thiocyanate SCN-. Il se pourrait que les ions thiocyanate SCN- dérivés de la fumée de cigarette diminuent la sécrétion active de nitrate par la glande salivaire. D’où une moindre formation de nitrite dans la cavité buccale et un moindre effet anti-hypertenseur de la consommation alimentaire en nitrate NO3- [It has been suggested that nitrate uptake by salivary glands is blunted by cigarette smoking-derived SCN-, resulting in decreased nitrate levels available to be reduced to nitrite, thereby precluding the hypotensive responses to nitrate].

Bains de bouche antiseptiques

La conversion des nitrates NO3- salivaires en nitrites NO2- salivaires dans la cavité buccale sous l’effet des bactéries nitrato-réductrices est diminuée, voire abolie, par certains bains de bouche antiseptiques. D’où une diminution de la concentration en nitrite NO2- salivaire et une diminution de l’effet anti-hypertenseur de la consommation alimentaire en nitrates NO3- [Once nitrate is taken up by the salivary glands, it is converted into nitrite by nitrate-reducing bacteria in the oral cavity. This process is abolished by antiseptic mouthwash, which destroys those bacteria, leading to decreases in nitrite concentrations and counteracting the blood pressure-lowering effects of nitrate]. L’effet cardiovasculaire des bains de bouche antiseptiques est démontré à la fois par des études cliniques et des études expérimentales [The relevance of this effect to the cardiovascular health has been shown both in clinical and experimental studies].

Inhibiteurs de la pompe à protons [IPP]

Dans le milieu acide de l’estomac, la protonation de l’ion nitrite NO2- d’origine salivaire donne lieu à la formation intragastrique d’acide nitreux HNO2, lequel se décompose ensuite en oxyde nitrique NO et trioxyde de diazote N2O3, lui-même  à l’origine de S-nitrosothiols RSNO. Les S-nitrosothiols semblent être capables de maintenir la bioactivité de l’oxyde nitrique NO.

Les inhibiteurs de la pompe à protons [IPP] diminuent la sécrétion acide de l’estomac. Chez le rat sujet à une hypertension expérimentale des études ont montré que l’oméprazole diminue l’activité hypotensive de l’administration orale de nitrite NO2-, sans réduire celle de son administration intraveineuse. Il en est de même dans une étude clinique avec l’ésoméprazole [InexiumR].

Au cours de plusieurs études, on a d’ailleurs constaté que l’utilisation régulière par l’homme des inhibiteurs de la pompe à protons [IPP] se trouve associée à une augmentation à la fois du risque cardiovasculaire et de la dysfonction endothéliale.

Fortes doses d’acide ascorbique

Il a été montré que de faibles doses d’acide ascorbique augmentent la production des S-nitrosothiols RSNO provenant de l’ingestion de nitrites NO2-. Augmentant sans doute les quantités d’oxyde nitrique NO formées dans la lumière gastrique, elles renforcent ainsi l’effet anti-hypertenseur des nitrites ingérés [It was recently reported that low doses of ascorbate increase the production of S-nitrosothiols promoted by oral treatment with nitrite and improve the anti-hypertensive responses to this anion., probably due to greater amounts of nitrite-derived NO formed in the gastric lumen […]].

Par contre, de hautes doses d’acide ascorbique ont l’effet inverse. Elles sont associées à une diminution significative, dans l’estomac, des S-nitrosothiols RSNO provenant des nitrites NO2-, réduisant ainsi leur effet anti-hypertenseur [High concentrations of ascorbate have been shown to destroy RSNO, which leads to impaired antihypertensive responses to nitrite].

Inhibiteurs de la xanthine oxydase

Les ions nitrite NO2- qui échappent à la réduction intra-gastrique parviennent, une fois absorbés, dans la circulation générale. Ils sont ensuite convertis par la xanthine oxydase XO (ou xanthine oxydo-réductase XOR) en oxyde nitrique NO.

La xanthine oxydase catalyse, en fait, différentes réactions biochimiques: 1) Hypoxanthine → xanthine puis xanthine → acide urique. 2) Oxygène O2 → superoxyde O2.- et peroxyde d’hydrogène H2O2. 3) NO2 → NO.

En raison du rôle important de la xanthine oxydase dans la dégradation des purines, les inhibiteurs de la xanthine oxydase sont largement utilisés pour traiter la goutte et l’hyperuricémie: citons, par exemple, l’allopurinol [ZyloricR] et le fébuxostat [AdenuricR].

Mais le rôle de la xanthine oxydase dans la réaction NO2 → NO fait craindre que l’utilisation thérapeutique des inhibiteurs de la xanthine oxydase ait aussi pour inconvénient d’amoindrir les effets bénéfiques des ions nitrate NO3- et nitrite NO2- ingérés. Des études chez l’animal le suggèrent. Il reste à le vérifier chez l’homme [Taken together, these findings suggest that it is possible that the wide use of xanthine oxidoreductase inhibitors such as allopurinol and febuxostat may suppress the beneficial effects of nitrite and nitrate. Clinical studies are necessary to examine this possibility].

Commentaire du blog

- Les données actuelles de la littérature concluent en des modalités d’action différentes de l’ion thiocyanate SCN- sur le cycle entérosalivaire des nitrates, selon qu’il provient des légumes riches en glycosinolates ou de la fumée de cigarette. Pour les auteurs brésiliens, les concentrations plasmatiques et salivaires en thiocyanate seraient nettement plus élevées à l’occasion de l’exposition au tabac que lors de la simple consommation de légumes riches en glycosinolates; ce pourrait être l’explication. D’autres études sur le sujet sont souhaitables.

- L’action anti-hypotensive, ou anti-anti-hypertensive, de la fumée de cigarette, de certains bains de bouche antiseptiques et des inhibiteurs de la pompe à protons [IPP], exercée par le biais d’un effet négatif sur le cycle entéro-salivaire des nitrates, est bien étayée par diverses études chez l’homme. Si elle est vraisemblable, l’action anti-anti-hypertensive, chez l’homme, des légumes riches en glucosinolates, de la vitamine C à forte dose et des inhibiteurs de la xanthine oxydase mérite d’être encore confirmée.

- Il serait intéressant de mieux connaître les doses et durées d’administration des différents produits cités à partir desquelles les effets indésirables, anti-hypotenseurs ou anti-anti-hypertenseurs, se manifestent.

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